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PRESSAFRIQUE MORT D'UN TYRAN, LA FRANCAFRIQUE COMPATISSANTE, COUP D'ETAT MILITAIRE TOGOLAIS Le dictateur doyen de la françafrique, Etienne Gnassingbé Eyadéma, est décédé le samedi cinq février à 05h00 GMT alors qu'il était évacué du pays pour recevoir des soins. Comme à son accoutumé, l'état français par l'intermédiaire de son plus haut représentant a exprimé toute sa compassion envers ce criminel contre son peuple. Tandis que l'Union Africaine dénonçait dès samedi (1), par l'intermédiaire d'Alpha Omar Konaré, le coup d'état des militaires togolais qui ont porté au pouvoir son fils Faure Eyadéma à l'encontre des règles constitutionnelles, le président Jacques Chirac dans un concert de louanges françafricanophiles habituelles déclarait regretter la disparition "d'un ami de la France qui était un ami personnel" selon un communiqué de l'Elysée(2). Le régime Eyadéma tournant au népotisme, deux heures à peine après l'officialisation de la mort de celui qui dirigeait le pays depuis 1967, l'armée a confié le pouvoir à l'un de ses fils, Faure Gnassingbé Eyadéma, actuel ministre de l'Equipement et des Mines. Pourtant la procédure de succession constitutionnelle prévoit un intérim du président de l'Assemblée nationale et l'organisation d'une élection présidentielle dans les deux mois. Il a fallu attendre le lendemain pour que le Quai d'Orsay à la suite de la communauté européenne appelle au "respect de la Constitution togolaise" qui prévoit une transition assurée par le président de l'Assemblée nationale tandis que les forces militaires françaises dans la région se tiennent en alerte et veillent à la stabilité du pays où vivent de nombreux ressortissants. Espérons que cette fois-ci la France ne se fera pas l'alliée et la marraine d'un régime honni de tous. Retour sur 38 ans de pouvoir totalitaire au Togo sous l'oeil bienveillant de la Françafrique. Eyadéma est parvenu au pouvoir par un putsch le 13 janvier 1963, en assassinant le président Sylvanus Olympio élu démocratiquement. Des militaires franco-togolais rentrés de la guerre d'Algérie font un putsch au cours duquel l'un d'entre eux, le sergent Eyadéma, assassine Sylvanus Olympio. Ce que reconnaîtra publiquement le sanglant Eyadéma dans l'hebdomadaire Paris-Match (3). Issu de l'armée coloniale française, il fut porté au pouvoir et chapeauté par les hommes de Foccart, notamment des officiers du SDECE (4, 5, 6). Presque inculte en 1967, Etienne EYADEMA n'eut de cesse de mettre en pratique les leçons et les conseils que lui avaient prodigués de Gaulle (7) devenant un gouverneur à "peau noire" d'une néo-colonie française. L'économie du pays est mise en coupe réglée par le dictateur et sa clique au service de son clan et des acteurs françafricains de l'ancienne métropole. Sur les 4 millions de togolais, plus de 3 millions- soit 3 togolais sur 4- vivent en deçà du seuil de pauvreté, plus de 3 sur 4 est au chômage. Plus de 200.000 personnes sont atteintes du sida, soit environ 5.98% de la population. Les services publics sont délabrés, la justice asservie, les médias inféodés ou brimés(7). M. Eyadéma s'est opposé au processus de démocratisation pour se maintenir en place dans un climat de répression et de terreur. Suite aux élections présidentielles truquées de 1993 et 1998, le Chef d'Etat de la nouvelle démocrature togolo-française s'était engagé à respecter la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais le Parlement a supprimé cette disposition afin d'ouvrir la voie au dictateur pour le scrutin de 2003. Il est réélu une nouvelle fois en 2003 grâce à l'éviction de l'élu des Togolais le fils de Sylvanus : Gilchrist Olympio et avec les bénédictions françaises alors que la communauté européenne refuse d'avaliser le truquage manifeste des élections(8). Gilchrist Olympio vit en exil depuis une tentative d'assassinat contre lui en 1992. Selon la FIDH (9), dans son rapport Togo : L'arbitraire comme norme et 37 ans de dictature le bilan de la situation des droits de l'Homme au Togo serait alarmant : "torture systématique dans les commissariats en toute impunité, justice aux ordres du pouvoir, prisons surpeuplées, opposants et presse sous étroite surveillance, élections tronquées. La violence est omniprésente au Togo, érigée en véritable système de gouvernement". Au lendemain d'un coup d'état militaire, il ne tient plus qu'à l'état français de soutenir sans ambiguïté l'effort démocratique de son ancienne colonie afin de justifier de sa réputation souvent usurpée de patrie des droits de l'homme. La France a les moyens logistiques, politiques et diplomatiques de faciliter la constitution d'un état de droit, d'une démocratie dans son actuelle néo-colonie du Togo et de rompre ainsi avec ses vieilles traditions coloniales faites du plus grand mépris vis à vis des peuples d'Afrique francophone (Burkina Faso, Cameroun, Congo, Rwanda, Tchad, Togo...). |
| REFERENCES 1.AFP 05.02.05 L'Union Africaine dénonce un coup d'état militaire 2. REPUBLIC OF TOGO. 06.02.05 Jacques Chirac : "Eyadéma était un ami de la France" 3. PARIS-MATCH, n°720 du 26 janvier 1963 4. François-Xavier VERSCHAVE, Le plus long scandale de la République , Chapitre 2 : Trop indépendant Olympio, p.109-126, Ed. Stock, 1998 5. NOUVEL AFRIQUE-ASIE, Septembre 1998 Eyadéma-Olympio : le dernier rendez-vous . 6. PRESSAFRIQUE La Face cachee dela politique africaine de la France 7. LE TOGOLAIS.COM 05.02.05 Togo: Le président Gnassingbé Eyadéma est décédé 8. SURVIE 10.06.03 TOGO : Touche pas à mon despote ! (suite) Eyadéma dictateur à vie, Chirac complice 9. FIDH 07.06.2004 Togo : L'arbitraire comme norme et 37 ans de dictature PRESSAFRIQUE 05.02.05 |