| QUAND SCHNEIDERMANN
INVOQUE LES PARTICULARISMES AFRICAINS ET CHANTE "NEGROLOGIE" |
Des
reporters et un génocide par Daniel
Schneidermann
LIBERATION,
vendredi
09 avril 2004
http://www.liberation.fr/page.php?Article=195051
EXTRAIT :
« Alors, faute de
comprendre, les médias français se rattachent à ce qu'ils savent faire : trouver
des coupables. La faute à qui ? Encore mieux : la faute à la France ? Les
ministres français ont-ils «armé la main des bourreaux» ? Les quelques dizaines
de soldats français présents auraient-ils pu éviter les massacres ? Invectives,
éditoriaux, révélations : on se trouve là en terrain de connaissance. Il arrive
souvent que la tonalité des médias d'un pays donné épouse les intérêts de sa
diplomatie (on en connaît les mécanismes, dîners à l'ambassade, briefings «off »
du ministre, intérêt supérieur du pays). Mais le Rwanda en offre un
contre-exemple flagrant. Voici quelques semaines, révélé par le Monde, un
rapport du juge Bruguière faisant peser sur l'équipe actuellement au pouvoir à
Kigali la responsabilité du déclenchement du génocide passait pratiquement
inaperçu dans les médias français. A l'inverse, le jour de l'anniversaire, un
reporter du Figaro, Patrick de Saint-Exupéry, qui vient de publier un livre
mettant en cause les autorités françaises (l'Inavouable, éditions les Arènes),
est présent sur toutes les chaînes.
En
contrepoint, les mots inattendus d'un autre reporter, Stephen Smith (le Monde).
Il connaît l'Afrique aussi bien qu'Hatzfeld et Saint-Exupéry. Mais lui évoque le
«péché d'orgueil» qui consiste à chercher «les clés de la tragédie rwandaise
partout sauf au "pays des Mille Collines"». Troublante formule, parce qu'on y
pressent quelque chose de juste. Oui, il y a du péché d'orgueil à ne nous
intéresser qu'à nous-mêmes. Comme si les Africains eux-mêmes étaient incapables,
seuls, d'une si mystérieuse monstruosité.
Comme si une tragédie noire n'était
journalistiquement vendable «qu'à condition qu'il y ait des Français, Belges,
Américains ou Casques bleus de l'ONU, coupables de ne pas avoir entravé les bras
armés de machettes». Péché d'orgueil peut-être, mais aussi aveu d'impuissance à
comprendre comment, aujourd'hui, à la sortie de la messe, peuvent cohabiter
Fulgence et son curé. »
Voilà
un article qui commençait bien : Schneidermann parle de l'indécent Jean
Hatzfeld, qui s'est bien acoquiné des génocidaires à force de les côtoyer : nos
joyeux larrons sirotent des bières ensembles. Entre deux pintes, Hatzfeld
demande à un rescapé pourquoi il ne discute pas avec les assassins de sa
famille.
Et puis tout bascule : autre thème, rien à voir. le traitement des
médias français par rapport au génocide : il se pose en défenseur d'un Stephen
Smith esseulé, sous -médiatisé. On croit rêver. Tous ceux qui se battent depuis
10 ans pour que la vérité fasse surface, et qui enfin voient les vitrines
médiatiques de la françafrique se craqueler, n'en reviendraient pas.
"Patrick de Saint-Exupéry, (...) est présent sur toutes les chaînes."
(sic)
Pour finir, il sous-entend qu'accuser la France, c'est faire
preuve de racisme anti-africain:
"Oui,
il y a du péché d'orgueil à ne nous intéresser qu'à nous-mêmes. Comme si les
Africains eux-mêmes étaient incapables, seuls, d'une si mystérieuse
monstruosité. "
Sans aucun argument
bien entendu, pour étayer sa critique de Saint-Exupéry. Lamentable, qui plus est
de la part d'un observateur des médias. L'arroseur arrosé par plus
arroseur.