« Si on n'aide pas les Africains à gagner de l'argent par
eux mêmes, dans vingt-cinq ans, sur un milliard, ils ne seront que 250
millions à partager notre niveau de vie. Les autres continueront à
colporter la misère et le sida. » (Michel
ROCARD, ex-premier
ministre, cité dans Michel Rocard, un certain
regret, de Sylvie
Santini, Stock 2005).
[Un projet stupide s'exprime
forcément par une phrase stupide. Que veut dire « aider quelqu'un à faire
quelque chose par soi-même » ? Ou quelqu'un fait quelque chose par
soi-même, et ce n'est pas la peine de l'aider, ou il faut l'aider à faire
quelque chose, et il ne le fait donc pas par lui-même. Mais faudrait-il
comprendre, derrière cet emberlificotage, l'idée, grand classique de la
pensée raciste, qu'il faut tout apprendre aux Africains, grands enfants ou
arriérés, y compris à pêcher pour qu'ils puissent manger un poisson. C'est
encore plus stupide. Que dire de l'objet « gagner de l'argent » ? Alors
qu'il faudrait seulement leur conseiller de garder l'argent. Pourquoi ne
pas dire en effet que tout l'argent tiré d'Afrique va dans les coffres de
l'Occident ? Comment ignorer que la course au « niveau de vie » est non seulement une illusion mais une calamité
pour la planète et que l'objectif doit être, pour nous aussi, non
l'accumulation des biens, mais la qualité de la vie, quitte à voir ce
qu'on appelle son « niveau » baisser ? Enfin, merci pour l'aimable
« colporter » ! Tout le chapitre Rocard
l'africain du livre de Sylvie Santini est du même calibre. Rocard va
sauver l'Afrique, avec deux sous donnés par Bolloré, qui se marre, en
subventionnant un « service de pesage à domicile de nourrissons sénégalais pour mamans désargentées ».
De qui se moque-t-on? Dans ce
chapitre, où on cite tous les amis français qui l'encouragent dans cette
noble entreprise, on trouve le nom d'un seul Africain, qui lui a été
présenté par son « passeur d'Afrique, Michel
Dubois ». Il s'agit de...Mobutu, lequel lui aurait dit :
« Toi, tu es un vrai Africain ! » Un avis d'expert en quelque sorte. C'est drôle mais
Rocard n'en a même pas profité pour lui demander qui l'avait aidé à gagner
de l'argent par lui même, pour rendre service ensuite aux Africains en
leur révélant la
recette.
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