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Les nouvelles censures : Dans les
coulisses de la manipulation de
l'information
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Présentation de
l'éditeur
De toute éternité, les
hommes de pouvoir ont contrôlé l'information.
Longtemps, ils ont censuré les vérités qui
mettaient en péril leur domination. Autrefois, on
bâillonnait le messager. Une méthode désormais
contre-productive. Dans un univers médiatique à
prolifération incontrôlée, la censure brutale
attire l'attention et multiplie l'impact de
l'information qu'on veut cacher. Aujourd'hui, le
vacarme médiatique est devenu le meilleur allié
des nouveaux censeurs. Des professionnels aguerris
ont pour mission de faire en sorte que le citoyen
n'entende pas ce qu'il est en train d'écouter. On
ne censure plu, on " gère la perception " du
public. Une véritable industrie est née, avec ses
stratèges : les spin doctors comme on les appelle
dans les pays anglo-saxons. Leur raison sociale :
nous vendre la vérité du plus fort. Les techniques
de manipulation de l'information quotidiennement
employées sous vos yeux sont multiples et
extraordinairement intelligentes. Elles
s'attaquent à toute la chaîne de l'information.
D'abord, cacher la vérité. Si la vérité apparaît,
contrôler les sources et faire pression sur les
médiateurs capables de la relayer, les menacer,
les terroriser, les séduire ; les acheter. Si la
vérité est diffusée par les médias, contrôler
l'impact sur l'opinion et tout mettre en ouvre
pour qu'elle ne soit pas entendue, et surtout
qu'elle ne crée par une émotion populaire. A
travers des exemples concrets, vécus, qu'il
raconte avec la verve d'un conteur talentueux,
Paul Moreira dresse un portrait saisissant de cet
univers de la désinformation. Que ce soit les
militaires (américains en Irak ou Français en Côte
d'Ivoire), les financiers et les industriels
(l'industrie pharmaceutique est une mine d'or dans
ce domaine), les politiques (les staffs de Georges
Bush et Nicolas Sarkozy sont de redoutables
experts), tous emploient les mêmes méthodes
fondées sur une conviction simple : le citoyen,
comme le consommateur, est manipulable pour peu
qu'on sache appuyer sur les bons boutons.
Biographie de
l'auteur Journaliste d'investigation dans
la presse écrite, à la radio et à la télévision où
il a créé et dirigé sur Canal + l'émission de
référence " 90 minutes ", Paul Moreira a été le
témoin privilégié (et parfois la victime) de ce
scandaleux et permanent dévoiement de la
démocratie.
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EXTRAITS DU CHAPITRE :
Massacres à Abidjan : anatomie d'un mensonge
d'Etat
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"En Côte d'Ivoire, pendant les émeutes
de novembre 2004, l'armée française a tiré à
balles réelles sur des manifestants civils. Des
caméras vidéos ont tout filmé. Pourtant, cette
bavure a été couverte par une immédiate et
étonnante amnésie. Une amnésie
audiovisuelle...(p.61)
"Vers 22h30, des milliers de
civils se mettent en marche. Ils doivent traverser
la lagune. Aller au-devant du dispositif militaire
français. Au bout du pont, il y a des chars.
Depuis le toit de son hôtel, notre équipe voit
plusieurs milliers d'Ivoiriens marchant à grands
pas. Apparemment des manifestants normaux...A tout
hasard, Laurent, le preneur de son, prend la
caméra et fait quelques images...Soudain un fracas
extraodinaire emplit la lagune. Des explosions. Le
cortège est attaqué par des hélicoptères de
combats français. Des tirs ricochent sur l'eau,
d'autres atterrissent devant les manifestants,
d'autres, semble-t-il, en plein milieu..."
(p.63)
"Dans les vingt-quatre heures qui
suivent, notre équipe se met sous la protection de
l'armée française. La BIMA est le point de
ralliement de familles d'expatriés terrorisées.
Elles racontent toutes la même histoire : leurs
maisons ont été saccagées par des émeutiers,
souvent sous leurs yeux. Ils ont entendu des tirs
dans la nuit. Un homme est blessé à l'oeil.
Bizarrement, malgré le niveau de violence décrit,
il n'y a pas de morts français. Pas de lynchage.
Comme si la foule s'était contenue. On parle tout
de même de trois cas de viol..." (p.64).
Le
massacre des manifestants ivoiriens à l'Hôtel
Ivoire par l'armée française : "A 15 heures,
les manifestants sont à moins de deux mètres des
blindés français. Certains jeunes s'amusent, par
défi, à aller toucher le canon des chars. Ils sont
acclamés. A la suite d'un mouvement de foule plus
important que la caméra ne parvient pas à capter,
l'ordre de tirer est donné. En une minute, les
soldats français brûlent 2000 cartouches. De
l'autre côté du dispositif, en surplomb d'un
bâtiment, les caméras de télévision ivoirienne
filment la scène. Des soldats, bien campés sur
leurs jambes, tirent en rafales. Certains
au-dessus des têtes, d'autres à tir tendu, le
fusil au niveau de la poitrine. Ils tirent sans
même la protection de leurs véhicules
blindés, qui sont rangés en rempart juste derrière
eux...Apparemment les soldats savent qu'ils ne
risquent pas de riposte. Quand les tirs cessent
les caméras ivoiriennes continuent d'enregistrer
: les victimes, la terreur, la chair entamée
par les balles, une main arrachée, les os brisés
par le métal. "Qu'est-ce qu'on a fait à la France?",
hurle un homme. Une image choque particulièrement
: un corps sans tête. La boîte crânienne a explosé
et la cervelle s'est répandue autour d'elle. Ca ne
peut pas être une balle de fusil d'assaut FAMAS.
Le calibre - est trop mince. Un seul type de
munitions est capable de faire autant de dégât :
la 12,7 millimètres. De celles qui équipent
certains fusils de
snipers...(p.67).
"Beaucoup plus tard nous
découvrirons que toutes les rédactions nationales
(françaises, ndlr) avaient eu très vite en
leur possession les images explicitées de la télé
ivoirienne. Que les journalistes français présents
sur place avaient bel et bien enquêté....Dans les
directions de l'information du service public, on
ne diffuse rien, "par sens des responsabilités". A
la notable exception de la chaîne info i-télé, les
rédactions font le choix délibéré de ne pas
montrer ces images..."(p.68). | |

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