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PRESSAFRIQUE 12.03.05 
MASCARADE ELECTORALE EN CENTRAFRIQUE 

- Posture médiatique et limites du politique
- Centrafrique : une histoire françafricaine  
-
Centrafrique : des élections en trompe l'oeil

A la veille des élections présidentielles devant avoir lieu en Centrafrique, la plupart des médias hexagonaux parlent déja d'une élection démocratique mais il n'en sera rien. Comme à son accoutumé la françafrique, dans un de ses joyaux déchirés par la guerre civile, s'apprête à légitimer un dictateur venu au pouvoir par un coup d'état. Après le Cameroun en octobre 2004 et bientôt le Togo en avril 2005  voici venu le temps du Centrafrique.

Posture médiatique et limites du politique
Les médias hexagonaux auront bon adopter, comme à l'accoutumé, une posture culturaliste en estimant que ces coups d'état sont des maux endémiques au Centrafrique, encore une fois ce n'est que propagande la plupart furent soutenus par la France dans une optique néocoloniale. Le processus consiste à porter au pouvoir un dictateur - souvent inculte  et made in France (comme Eyadéma, Bokassa, Déby, Bongo....) - de manière à régenter les intérêts français dans le pré-carré. Ce sont les fameux  "gouverneurs à peau noire" de nos néo-colonies (Tchad, Centrafrique, Cameroun, Gabon, Togo, Congo,...). Cette politique africaine de la France s'accompagne d'un discours politique méprisant à l'égard des Africains légitimant de telles pratiques coloniales :  "les Africains sont naturellement joyeux", "ils ne sont pas mûrs pour la démocratie", " vous savez dans ces pays là un génocide..." ou bien  "si on ne les aide pas à s'aider par eux-mêmes seulement deux cent millions auront notre niveau de vie tandis que la majorité colportera le sida et la misère" (lire
le florilège d'ethnomanies). A y regarder de plus près, ce sont bien les pratiques néocoloniales françaises qui plongent ces peuples dans la misère en soutenant des dictatures maquillées ensuite en démocratures et en instituant comme régent du pré-carré des crapules dont les armées se fondent sur un pouvoir clanique dans la plus pure tradition coloniale. Ces dictateurs-amis de la France et amis personnels des présidents français- sont pour la plupart des criminels contre l'humanité qui laminent l'opposition politique et servent les intérêts mercantiles de la métropole par des accords léonins. Or les médias français, assujettis pour bon nombre au lobby militaro-industriel (80% de l'édition française étant détenue par des marchands d'armes), ne sont pas en mesure de penser  cette face cachée de la politique africaine de la France et reprennent en écho le fameux discours néocolonial à l'égard des peuples africains. Dans le meilleur des cas ils veulent bien reconnaître ces pratiques françafricaines comme relevant du passé, dans le pire ils distillent un racisme de bon aloi qui n'est pas sans affecter notre conception de la multiculturalité française et la façon dont nous traitons et codifions nos "sauvageons" et leur intégration républicaine dans l'espace politico-médiatico-culturel (lire la fabrique). L'histoire métropolitaine et néocoloniale s'influençant réciproquement au point que la façon dont nous traitons les minorités françaises d'origine africaine emprunte beaucoup aux représentations coloniales et néocoloniales. Quant au système monarchique de la Vème république, il ne permet quasiment aucun contrôle parlementaire de la politique africaine de la France. En d'autres termes les citoyens français n'ont pas la possibilité d'être informé par le politique et de connaître les tenants et les aboutissants de la politique menée  en leur nom avec leurs impôts en Afrique dans la plus grande opacité. Faits exceptionnels la Mission d'Information Parlementaire Française sur le rôle de la France concernant le génocide au  Rwanda qu'elle avait qualifié de manière scandaleuse (au regard des faits recensés et documentés) de simple "erreur d'évaluation", avait préconisé un meilleur contrôle du pouvoir exécutif par le parlement.  Dix ans plus tard il n'en est rien et l'on constate qu'un président peut décider seul (c'est à dire sans contrôle démocratique) des représailles a effectuer en Côte d'Ivoire, que l'armée française peut réprimer dans le sang une manifestation sans qu'il n'y ait la moindre commission d'enquête à l'Assemblée Nationale. Une omerta française dans la plus pure tradition coloniale qui affecte l'ensemble de la société civile et politique. Ainsi les crimes contre l'humanité au sein du pré-carré, légitimés par les présidents français successifs - véritable maréchaux des armées  (encore seuls détenteurs de l'exécutif et chef des états majors) - sont passés sous silence dans l'ancienne métropole par des médias à la botte colportant un discours quasiment raciste sous couvert d'un relativisme culturel à l'égard de ceux auxquels nous devons tant (économiquement par l'accaparementde la rente des matières premières et des marchés particulièrement juteux obtenus à vil prix pour nos multinationales : Bolloré, Bouygues, Total, Pechiney, Areva... ; culturellement et géopolitiquement par le rayonnement international que procurent les voix des gouverneurs néocoloniaux au conseil de sécurité de l'ONU, véritable levier de la géopolitique française). On a coutume de dire que la France n'est grande que lorsqu'elle monte sur les épaules de l'Afrique francophone mais c'est au prix du plus profond mépris adressé aux francophones d'Afrique. Passé sous silence  donc : le massacre à caractère génocidaire des Bamilékés au Cameroun par l'armée française, la politique de sécession menée par le tandem De Gaulle-Foccart au Nigéria qui fera des millions de morts au Biafra, le soutien et la légitimation d'un génocide au Rwanda  au coeur de l'exécutif  français, la guerre civile au Congo en 1997-1999 soutenue par Elf, l'Etat-major et l'Elysée, le soutien inconditionnel à des potentats françafricains et le trucage des élections africaines made in France.

Centrafrique : une histoire françafricaine.  
Dès la pseudo-indépendance de l'ex Oubangui-Chari, la France a continué à faire la pluie et le beau temps en son temple centrafricain. On y retrouve le même mode opératoire que dans les autres néo-colonies françaises (Tchad, Cameroun, Togo, Gabon,...). A la veille de l'indépendance, Barthélemy Boganda, son principal artisan, meurt dans un accident d'avion à ce jour inexpliqué. David Dacko est alors porté au pouvoir par les riches planteurs français pour évincer le représentant du peuple Abel Goumba successeur de Boganda hostile aux intérêts français. Toujours conseillé par les militaires français, il interdit le parti de l'opposition de feu Boganda et de Goumba pourtant seuls à avoir été élu par le peuple puis interdit le multipartisme pour consacrer la politique du parti unique (mode opératoire retrouvé constamment dans les néocolonies françaises jusque dans les années 80). Lorsqu'en 1964 Dacko finit par reconnaître la Chine populaire en appelant à une étroite collaboration entre Bangui et Pékin c'en est trop pour l'ancienne puissance coloniale qui le remplace par le tout jeune et inexpérimenté jean-Bedel Bokassa. A l'instar de ce qui s'est passé au Togo, un dictateur plutôt rustre sans grande éducation faisant partie de l'armée coloniale française est placé à la tête de l'état centrafricain. Bokassa est adoubé par le bras droit de De Gaulle, le bien nommé Foccart, en ses termes « Après tout Bokassa était un militaire très francophile ».
Jean-Bedel  Bokassa est l'homme de la situation, formé dans l'armée française, ancien de l'Indochine il sera toujours présent pour servir les intérêts français. Et l'on parlera du Centrafrique comme d'un haut-lieu de la Françafrique distillant ses richesses minières (diamants, or, bois) à son clan et aux parrains françafricains. Le Centrafrique devient un haut-lieu de réjouissance pour invités prestigieux de l'ex métropole : surprise-party, safari-party et cadeautage en tout genre. Puis le dictateur françafricain, devenant trop encombrant de par sa déraison mais aussi en raison de ses tentations d'éloignement de la tutélaire métropole, est débarqué par Paris.  

En 1979, La France lance l'opération « Barracuda », l'armée française prend Bangui, ramenant dans ses bagages le président David Dacko. Sous le règne de Dacko, la France renforce ses positions en Centrafrique et y place une force militaire d'occupation de près de 1500 hommes pouvant irradier dans toute la région et faire contre-poids aux appétits féroces de la Libye. Dacko sera à nouveau renversé en 1981 par le général Kolingba toujours conseillé par Paris instituant ainsi un véritable régime tutélaire sous les bons offices du colonel de la DGSE Jean-Claude Mantion. Pour Verschave, Kolingba fait de la "figuration" tandis que Mantion a "carte blanche" et en "profite pour asservir le pays a une stratégie toute militaire. Il s'agit de maintenir la capacité d'entraînement et d'intervention aéroportée des troupes françaises dans un vaste périmère africain incluant les champs pétroliers du Golfe de Guinée. Il s'agit aussi d'étendre les capacités d'action secrète dans les pays de la région : Zaïre, Tchad, Rwanda, Soudan, Congo, etc..."[
1].

Selon Verschave, "Mantion forme autour de Kolingba une armée très majoritairement issue de l'ethnie présidentielle (on retrouvera les mêmes procédés au Tchad, au Togo, au Gabon, au Cameroun...ndlr). Il généralise les écoutes téléphoniques, afin d'étouffer dans l'oeuf toute vélléité d'opposition au régime". Le journaliste Francis Laloupo [
2] a résumé le système mis en place qui encourageait la prédation et l'essor des trafics en tous genres.

NOUVEL AFRIQUE-ASIE février 1997 [2

"Dans une économie de comptoir, [...] on distribue des concessions minières à des individus en mal d'aventures tropicales, de préférence d'origine étrangère, française singulièrement, sur la base de contrats d'ivrogne, vite rédigés, aux clauses fantaisistes, mais suffisamment explicites pour se prémunir contre les indiscrétions et garantir les commissions et ristournes réservées au pouvoir[...] Cette galaxie de rustres[...] à la lisière du politique et du business tropical [...] ne seraient pas étrangers aux évènements politiques en RCA. [...] En Centrafrique bien davantage qu'ailleurs, ces chercheurs d'or et de diamants [...] ont avec le temps et le laisser-faire des régimes centrafricains, fixé de véritables territoires de puissance[...]. L'une des régions à fort rendement minier, Berberati, est classée "zone d'activité militiare", et exclusivement occupée par l'armée française".



La stratégie du tout militaire atteint vite ses limites et entraîne de nombreuses exactions dont les échos  remontent parfois jusque dans l'ancienne métropole.
En 1994 Libération évoque les dérives néocoloniales françaises en Centrafrique :      

LIBERATION des 11 et 12/05/94 (SURVIE)

"Un siècle et demi de présence militaire française en Afrique induit de curieux raisonnements. Et la présence en Centrafrique d'une base militaire au coeur de ce dispositif induit qu'on prenne ses aises en ce pays. Le commandant du 2e REP Paul Serves a été condamné en 1994 à 4 ans de prison. Il avait donné (transmis ?) l'ordre de ne pas faire de prisonniers, lors d'une expédition de la Légion contre les braconniers d'une réserve de chasse du Président centrafricain. L'ordre a été exécuté. L'affaire a, exceptionnellement, été jugée. Mais on ne saura pas ce qu'allait faire l'armée française dans cette partie de garde-chasse en pays étranger, ni comment de tels ordres ont pu, au moins jusqu'à ce niveau, paraître aller de soi. " On m'a fait comprendre qu'il valait mieux que l'affaire reste à mon niveau ", a confié le commandant. En Centrafrique " régnait " en effet le colonel Mantion, évoqué plus haut. Le point de vue du procureur est significatif : " le contexte centrafricain [...] atténue très largement les responsabilités des uns et des autres (94)".
94. D'après Libération des 11 et 12/05/94.



Dans le contexte du vent de démocratisation qui soufle sur l'Afrique francophone au début des  années 1990, la France somme Kolingba d'effectuer des élections démocratiques qu'il perdra au profit de Patassé lui-même en étroite collaboration avec les services français et notamment avec un certain Paul Barril. 

Recruté par le nouveau président centrafricain Ange Felix Patassé qui le paie avec l'argent du diamant et les fonds mis à sa disposition par les services secrets libyens, Paul Barril était un proche du président socialiste François Mitterrand dont il a dirigé la cellule anti-terroriste à l'Elysée. Les réseaux mitterrandiens, pasquaïens et chiraquiens cohabitent allègrement en Afrique.
Barril, nouveau Denard de l'Afrique des grands lacs a été chargé selon Verschave [ 1] de constituer des réseaux de mercenaires pour défendre le Zaïre de Mobutu face à l'avancées des soldats de Kagamé puis de constituer une armée au service de Sassou N'Guesso et enfin il a son royaume en Centrafrique ou une de ses nombreuses entreprises, Secrets, était chargée de la sécurité du président Patassé. Il a été a bonne école puisqu'il fut l'homme providentiel du gouvernement intérimaire rwandais lors du génocide. Barril avec l'armée française participa également à l'encadrement et à la formation des soldats du gouvernement Habyarimana avant le génocide.  Barril déclarant lui-même à Playboy : « Kagame, l'actuel vice-président du Rwanda (...) a mis un million de dollars sur ma tête...ce qui ne m'empêche pas de vivre et d'avoir mis de mon côté la sienne à prix ». Il est visiblement familier de ce genre de service et a des appuis en haut-lieu.

NOIR SILENCE. François-Xavier VERSCHAVE [1]

"Le 15 mai 1998 en perquisitionnant la Tour Elf, Les juges Eva Joly et Vichnievsky découvrent, on l'a vu, des notes du colonel Daniel - ex.Dgse. L'une d'elles indique qu'en 1991, un certain « B » a rencontré le dictateur Sassou Nguesso, brimé par la Conférence nationale souveraine, et lui a propose d'assassiner ses opposants. La justice française n'a pas exploité ces informations. Elle n'a pas demandé à Paul Barril, qui, à cette époque, fournissait des mercenaires à Sassou Nguesso, s'il connaissait ce monsieur « B ». Sur ses pratiques en Afrique et ailleurs, il n'a de comptes à rendre ni aux juges ni aux députés. A qui donc alors?"



Dans sa néocolonie centrafricaine, l'armée française continue à faire le gendarme et intervient à plusieurs reprises au cours des opérations « Alamandin 1 et 2».  En 1996 elle réprime des soldats qui réclament leurs arriérés de salaires. L'armée française était devenue l'unique arbitre entre Patassé et les mutins. L'Elysée gère politiquement la crise allant jusqu'à couper les téléphones des leaders  de l'opposition [1 ]. Elle intervient à  nouveau fin mai 1996 avec plus de 1400 soldats pour réprimer une mutinerie au sein de l'armée centrafricaine. Il s'en trouve que des émeutes anti-françaises éclatent à Bangui obligeant, comme en Côte d'Ivoire 8 ans plus tard, les forces militaires françaises d'occupation à évacuer les Européens tandis que les médias français glosent sur l'Afrique sauvage avec ses despotes à leurs têtes. Sur  le plan international, la stratégie française dans son ancienne colonie semble de plus en plus critiquée  et Patassé fort du soutien français n'hésite pas à déclarer à Jacques Chirac : " tu nous a renvoyé l'ascenceur, tu n'as pas à rougir de ce que tu as fait" (Bernard Langlois, Nos bourbiers d'outre-mer, in Politis 30.05.1996 cité par Verschave [1]ibid, p.227).  Ce sont donc les forces africaines et internationales onusiennes qui interviendront dominées essentiellement par un noyau militaire franco-tchadien (avec le soutien du criminel françafricain Idriss Déby). Le Centrafrique demeure une néocolonie caricaturale, Bokassa, le proconsulat barbouzard du colonel Mantion, l'exacerbation des clivages ethniques et la déliquescence du régime Patassé sur fond de prédation des richesses du pays : diamants, or, bois tandis que le peuple s'appauvrit de plus en plus. 

  Malgré une réélection douteuse en 1999 avec 51,6% des voix et le soutien des parrains français, Patassé continue à mener d'une main de fer le pouvoir tout en s'appuyant sur une légitimité libyenne et une partie de la Françafrique. Sur fond de convoitise des richesses diamantifères et  pétrolières du pays, la Françafrique s'entredéchire mais comme toujours ce sont les africains qui en font les frais. Devant la gabégie de l'état et la paupérisation de la population, les coups d'états se succèdent pour déstabiliser un Patassé dont la dérive criminelle du pouvoir semble de plus en plus manifeste. D'autres part son rapprochement avec le Libyen Khadafi n'est pas sans chatouiller les susceptibilités françafricaines. Après maints coup d'Etats, celui de Bozizé en mars 2003 destitue Ange-Félix Patassé et le contraint à fuir au nord du pays pour finir par se réfugier au Togo.



 L'HUMANITE 12.03.05 [3] 
L'histoire mouvementée du "porte-avions" français 

"La réélection de Patassé en 1999 ne met pas fin à l'instabilité, sur fond de désaccords entre clans français. Après une grave crise sociale en 2000, une tentative de coup d'État est lancée en 2001 par Kolingba. Bien équipés, les putschistes seraient soutenus par d'anciens mobutistes et par des « Français nostalgiques ». Mais Patassé est sauvé par l'intervention de la Libye. Côté français, des réseaux différents semblent soutenir les camps qui s'affrontent. Nouvelle tentative de putsch en 2002, menée cette fois par Bozizé, ancien chef d'état-major de Patassé. Avec lui on retrouve les Tchadiens d'Idriss Deby, grand ami de la France, quand Patassé est soutenu par les Libyens et par Jean Pierre Bemba, chef du MLC, un mouvement rebelle congolais. On semble assister à une coupure croissante entre la France officielle et ses barbouzes. Lassée de Patassé, la première est intéressée par les perspectives pétrolières tchado-centrafricaines, quand les deuxièmes sont impliqués dans le commerce du diamant. C'est en tout cas le bain de sang. Les sauveurs du régime exercent leurs représailles sur les populations. En mars 2003, Bozizé réussi son coup et s'empare du pouvoir... Trois cent soldats français débarquent dans la foulée du général putschiste. Ils sont alors chargés de restructurer l'armée centrafricaine. Et, pour couronner le dispositif, la France envoie en octobre le général Jean-Pierre Pérez, nommé « conseiller en matière de défense du président centrafricain »"



Centrafrique : des élections en trompe l'oeil
Sur fond de guerre civile, alors qu'il ne contrôle plus que les deux tiers du pays, le général Bozizé (qui doit son grade à Bokassa) a poursuivi la même politique que ses prédécesseurs associant système répressif et pillage des richesses de son pays à des fins françafricaines et personnelles. Selon la Lettre du Continent repris dans Le Monde [4],  lors d'un voyage à Düsseldorf,  les policiers allemands l'ont pris la main dans le sac transportant une valise de diamants. Bozizé comme ses prédécesseurs, conseillé par les mêmes parrains a verrouillé le scrutin présidentiel en excluant les candidats potentiellement dangereux pour "assurer sa propre succession".  Un rapport de  la FIDH [5] publié récemment met en avant "les graves violations des droits de l'Homme commises contre la population civile qui ont émaillé la période de transition. Il insiste notamment sur les exécutions sommaires perpétrées par les forces de sécurité avec l'aval implicite des autorités de l'Etat". Cette impunité hypothèque très lourdement les lendemains démocratiques annoncés par le général Bozizé en réponse aux exhortes internationales. Bozizé s'est servi d'une audience judiciaire précipitée, le 22 décembre 2004, pour relancer contre Patassé des accusations de «crimes de sang et de crimes économiques» afin de l'écarter de la joute présidentielle [6]. Ainsi la cour criminelle centraficaine visant à juger "les crimes de sang et les crimes économiques" du régime d'Ange-Félix Patassé a tourné rapidement en eau de boudin. Elle ne visait qu'à trouver un prétexte pour empêcher tout retour sur la scène politique de l'ancien dictateur. Les violatons des droits de l'homme constatés pendant la première tentative de coup d'état de Bozizé mettaient en cause le président déchu, Ange-Félix Patassé, ses miliciens et ses alliés, le Congolais Jean-Pierre Bemba, le Tchadien Miskine ainsi que Paul Barril : Abdoulaye Miskine et Paul Barril le sont pour atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, pour "intelligence avec les puissance étrangères, de complicité d'assassinat, de coups mortels, d'arrestation et de séquestration arbitraire, de vols, de viols et pillage" [5], mais des ex-rebelles de Bozizé pourraient etre impliqués.

Les élections prochaines telles qu'elles se déroulent apparaissent comme un plaidoyer pour les démocratures françafricaines.  Ces dictatures sont maquillées en démocratie par les bons soins parisiens à l'aide d'élections le plus souvent truquées. Il ne s'agit rien de moins que de l'habillage  "démocratique" d'un coup d'état. La FIDH a repéré de nombreux dysfonctionnements à tous les niveaux du recensement d'octobre 2004 et du référendum de décembre 2004 ainsi que dans le traitement politique et médiatique des candidats. Selon la FIDH "Tous les doutes sont permis pour les futures élections".  

 FIDH 04.03.05 [5]
Fin de la transition politique sur fond d'impunité - Quelle réponse apportera la CPI ?

...Le rapport détaille également les démarches du chef de l'Etat auto proclamé pour verrouiller en amont le scrutin présidentiel en vue d'assurer sa propre succession et présente les risques de dysfonctionnements et de fraudes à l'occasion du vote du 13 mars (p.11-21) :

  1.Nomination de proches du pouvoir au sein de la Commission électorale mixte indépendante, chargée de contrôler le bon déroulement des processus électoraux. De fait, les dysfonctionnements constatés le jour du référendum constitutionnel le 5 décembre 2004 et lors du dépouillement n'ont pas été sanctionnés.

  2.Placement des proches collaborateurs de Bozizé à la tête de la Cour constitutionnelle de transition. Cette composition partisane a été à l'origine de la « crise des candidatures » qui a vu dans un premier temps la Cour recaler 7 candidats à la course présidentielle avant que la médiation gabonaise ne remette ces derniers en lice, à l'exception de l'ex Président Ange-Félix Patassé.

  3.Audiencement à la hâte le 22 décembre 2004 du procès contre les anciens tenants du régime pour crimes de sang et crimes économiques permettant au général Bozzizé de confirmer pour « défaut de moralité » l'éviction de la candidature de son principal adversaire politique, Ange Felix Patassé.


Le rapport insiste enfin sur la procédure judiciaire lancée contre Ange-Félix Patassé, Jean-Pierre Bemba, Abdoulaye Miskine, Paul Barril et consorts (p.27-39) pour crimes de sang.

Dans ce cadre, le 16 décembre 2004, la justice centrafricaine a considéré que les poursuites contre les auteurs de crimes de sang, commis à l'occasion du coup d'Etat de Bozizé, relevaient de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision a été confirmée par la saisine de la CPI par l'Etat centrafricain le 23 décembre 2004.

Devant le refus de la justice centrafricaine de juger les crimes de sang, la FIDH demande donc au Procureur de la CPI d'ouvrir immédiatement une enquête pour satisfaire les attentes des victimes et répondre aux objectifs de la Cour définis dans son Statut : « mettre un terme à l'impunité des auteurs des crimes [internationaux] et concourir ainsi à la prévention de nouveaux crimes. » ...


 Lorsque les coups d'états, le trucage des élections  ne suffisent plus on envoit des mercenaires français en "col blanc" modifier les constitutions des kleptocrates françafricains pour leur tailler des lois sur mesure leur permettant de se présenter à vie aux présidentielles  dont le résultat sort invariablement en leur faveur ( Biya, Bongo, Eyadéma, Sasou, Déby...) sous la bienveillance de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Ces constitutionnalistes, dont le fameux Charles Debbasch, sont rodés à ce genre d'exercice antidémocratique. Poursuivi par la justice française en France, il vit à Lomé au frais du contribuable Togolais. En France, on le suspecte  d'avoir abusé de son poste de président de la Fondation Vasarely pour détourner à son profit des oeuvres du peintre et 450 000 euros.  En Afrique Debbasch est accueilli en roi dans le pré-carré français. Il a déja fourni ses bons offices à Sassou et Eyadéma avec probablement le feu orange de l'Elysée. Il s'est d'ailleurs vanté d'avoir inspiré le tour de passe-passe juridique qui a permis à Faure Gnassingbé de succéder à son père[ 7]. Quant à Pierre Mazeaud selon la LDC [8], il devrait  être le "constitutionnaliste" du fils Kabila en vue des prochaines élections en RDC.   

L'élection présidentielle supervisée par l'Organisation Internationale de la Francophonie, par l'Union Européenne  ne laisse présager rien de bon. Selon la LDC [9 ] "Malgré les conseils de Paris pour qu'il "s'offre" un deuxième tour à la présidentielle du 13 mars, le président François Bozize opterait plutôt pour un premier tour avec une fourchette comprise entre 51% et 55% des voix." A moins que Bozizé attende le deuxième tour pour être consacré, ce qui serait unique dans les annales de la Françafrique.
Bozizé aurait le soutien des criminels françafricains de la région : Idriss Déby, Sassou NGuesso et Paul Biya.


Références :


1. François Xavier Vershave, Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ? Éditions Les Arènes, 2000.

2. Francis Laloupo, comptoir colonial en péril.  Nouvel Afrique-Asie  février 1997  

3. Camille Bauer, L'Humanité 12.03.05 
L'histoire mouvementée du "porte-avions" français 

4. Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde 12.03.05
La Centrafrique élit son chef de l'Etat sur fond de marasme économique

5. FIDH 04.03.05
- Fin de la transition politique sur fond d'impunité - Quelle réponse apportera la CPI ?
- « Fin de la transition politique sur fond d'impunité - Quelle réponse apportera la Cour pénale internationale » Le rapport en format PDF. 

6.
Monique Mas, RFI 04.03.05
Selon la FIDH, «la fête démocratique n'aura pas lieu»

7. Le Canard Enchaîné 09.02 Le réseau France-Afrique.

8. LDC 10.03.05
Pierre Mazeaud "constitutionnaliste" de Kabila Jr

9. LDC 10.03.05
Bozizé I, au 1er tour avec 53%?


PRESSAFRIQUE 12.03.05