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 PRESSAFRIQUE 22.04.05
Togo. Compte-rendu de la journée du 22.04.05 (J-2).
Le ministre de l'intérieur en fuite - Risque de "guerre civile" - Faure et ses militaires veulent passer en force - Paris joue très gros.

Le ministre de l'intérieur, François Esso Boko, a été démi de ses fonctions peu après avoir déclaré que les élections devaient être reportées compte tenu du risque de "guerre civile"[1 ]. Les usurpateurs anticonstitutionnels Faure Eyadéma et son prête-nom, Abass Bonfoh, maintiennent les élections en date du 24.04.05 malgré le risque d'une flambée de la violence dans la néocolonie française.  

La France et la CEDEAO appellent au calme et au bon déroulement des élections comme prévue le 24.04.05. Le gouvernement français ne prend nullement en compte pour l'instant les appels de l'ONU[2] et de nombreuses ONGs [3,4,5] évoquant une situation des plus explosives, pas plus que l'avis du ministre de l'intérieur togolais qui craint un bain de sang orchestré par son armée selon ses services de renseignements (lire dépêche de l'AFP plus bas ). Certaines ONGs tels que Survie [4 ], ont dénoncé les manoeuvres diplomatiques de la France tendant à favoriser le régime en place : "selon de nombreuses sources, l'Élysée exercerait de fortes pressions sur les chefs d' État de la CEDEAO afin qu'ils s'abstiennent de désapprouver avec détermination les turpitudes d'un système totalitaire prêt à tout pour se maintenir au pouvoir".   

François Esso Boko, résistant et ministre émérite, se cacherait au Togo, il affirme craindre pour sa vie. Au cours d'un meeting, Emmanuel Akitani Bob a demandé aux togolais de se tenir prêt à aller voter et de surveiller le déroulement des élections dans les bureaux de vote pour éviter la fraude électorale.

François Esso Boko interviewé ce soir sur RFI dit que chaques camps, l'opposition comme le gouvernement risquent d'en découdre après les élections. Il dénonce des pressions de la part du gouvernement actuel pour truquer les élections et considère que la grande partie de ce qui va suivre incombe au gouvernement. Il dit être en sécurité mais sa famille et ses gardes seraient menacés. Une de ses soeurs aurait été arrêtée et dix de ses gardes aussi. Il n'avait pas l'air très rassuré sur les ondes de RFI.

 Ecouter l'interview de François Esso Boko sur RFI Afrique soir 18h30-19h Temps Universel




Le Togo a fermé toutes ses frontières avec ses voisins ce qui ne laisse rien inaugurer de bon.

 Déclaration de Koffi  Yamgnane à l'AFP (Soutien Togo) :

"Au Togo, quand on est au pouvoir, on est là pour la vie, ceux qui s'opposent on les tue. C'est ce que les autorités françaises font semblant de ne pas comprendre"

"Je [François Esso Boko, ndlr] l'ai eu de très bonne heure au téléphone. Il m'a dit : si je suis intervenu, c'est parce que mes services (de renseignement) m'ont dit que si cette élection a lieu dimanche, dès le soir déplorera au moins deux cent morts", a ajouté l'ancien secrétaire-d'Etat."

"Il est allé ensuite expliquer ça au président (par intérim). Quand il est arrivé, il y avait des +généraux faucons+. Quand il a fini son exposé, tout de suite il a compris. Un des généraux a dit : 'il y aura 200 morts, et alors ? C'est pas nous qui mourrons, c'est les autres. Tu peux dégager !'. Il a compris qu'il fallait qu'il se planque", a poursuivi M. Yamgnane."



S'il advenait une guerre civile comme au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire, en Centrafrique nous ne pourrions pas dire que nous n'étions pas prévenus, le ministre de l'intérieur déchu ayant parlé d'élections "suicidaires". La sagesse aurait été sans doute de différer les élections, pour éviter toute tentation malsaine de part et d'autres, afin d'instaurer un climat pré-électoral serein en vue d'une élection démocratique.

Mais les Togolais sont-ils prêts pour la démocratie? Visiblement pas. Le système de trucage électoral est toujours en place[6 ]. Système françafricain qui, après un coup d'état militaire franco-togolais*, a maintenu notre "ami personnel " à la tête de notre néocolonie togolaise pendant 38 ans[7 ]. 

Survie[4] signale avec nombre d'autres ONGs, tels qu'Amnesty International, la Ligue Togolaise des Droits de l'Homme, la Fédération International des Doits de l'Homme[5], Agir Ici, Reporters sans Frontières [3 ]  :

 - des irrégularités, notoires, qui entachent la préparation du scrutin, notamment en matière d'établissement des listes électorales ou de distribution des cartes d'électeurs.

- Le verrouillage de l'accès aux médias nationaux au profit du candidat du pouvoir en place, Faure Gnassingbé, et les intimidations dont font l'objet les médias indépendants.

- Les graves violations des droits de l'Homme et les provocations commises par les forces et milices proches du régime, qui alimentent un climat de tension déjà extrême, comme l'attestent les affrontements violents qui ont récemment opposé les partisans des deux camps en présence.

- Le refus de l'UE de se rendre au Togo afin de juger du bon déroulement du scrutin, décision d'autant plus regrettable que les conditions dans lesquelles celui-ci doit se tenir sont, notoirement, périlleuses...



Toutes les conditions de fraudes électorales généralisées sont réunies et il n'est pas sûr que la Françafrique puisse rejouer le coup du second tour comme sur son porte-avions centrafricain tellement les esprits sont échauffés. En voulant faire passer en force le fils de feu notre gouverneur togolais,
Paris joue tès gros et sans aucuns filets. Et on ne comprend pas comment Paris a pu rater la perche tendue par le ministre de l'intérieur togolais pour éviter un potentiel nouveau désastre dans son pré-carré.

Au pas de charge comme au Rwanda, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire, en Centrafrique, la politique de l'Elysée risque d'être montrée du doigt par la communauté internationale et peut-être un jour par son opinion publique si désinformée sur les étranges affaires étrangères de la France en Afrique. Et s'il arrivait un nouveau désastre dans le pré-carré français, les décideurs ne pourront pas toujours se retrancher derrière un discours culturaliste teinté de racialisme à l'égard des Africains [8]. Il y a un jour où il faudra bien parler de responsabilité...


*A cet égard, lire la manière dont la France de Foccart-Degaulle a planifié l'assassinat de Sylvanius Olympio au moment où celui-ci souhaitait sortir du système économique du franc CFA et se tourner vers des partenaires économiques européens. Gilles Labarthe, Le Togo, de l'esclavage au libéralisme mafieux. p.48 : "Vers 6 heures, ils voient arriver un émissaire du commandant Maîtrier. Informé par l'ambassadeur Mazoyer, ce dernier leur fait savoir où est Olympio, et leur demande "d'achever le travail commencé", au risque sinon d'être exécutés. Les plus "mouillés", dont Eyadéma, Bodjollé et Adewi, décident alors de repartir vers l'ambassades Etats-Unis. Le sergent Eyadéma a raconté la suite (comment il avait assassiné le président togolais ,ndlr) à deux journalistes le surlendemain Chauvel du Figaro et Pendergast de Time-Life..."  

Références
1. AP (LE TOGOLAIS.COM)
Togo: le ministre de l'Intérieur demande le report de la présidentielle par crainte de violences

2. CENTRE DE NOUVELLES DE L'ONU 22.04.05
Togo : des experts de l'ONU inquiets des conditions de l'élection présidentielle du 24 avril


3. RSF 21.04.05
Répression, information partisane, violences verbales : Reporters sans frontières préoccupée par le climat préélectoral


4. SURVIE 20.04.05
Appel à la solidarité avec le peuple togolais en lutte pour récupérer sa liberté au bout de 40 ans de tyrannie


5. FIDH 20.04.05
Togo / Élections présidentielles du 24 avril 2005
La libre participation au processus électoral est rendue impossible

6. L'EXPRESS 18.04.05
Le Togo en héritage
Le fils de l'ancien président Eyadéma sera sans doute élu, le 24 avril, à la tête du pays. Les fraudes auraient déjà commencé

7.PRESSAFRIQUE
La Face cachée de la politique africaine de la France

8.PRESSAFRIQUE 13.06.04
Du racisme au culturalisme d'Etat.