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PRESAFRIQUE
26.04.05 | ||||||||
| C'était
mathématique, imparable, on vous l'avait dit la Françafrique
ne peut pas changer sa politique elle pérennise ses
erreurs criminelles. Aux mêmes causes, les mêmes effets. Comme à son accoutumé
la Françafrique hors de tout contrôle a décidé d'organiser le suicide de
son pré-carré et pousser ses ressortissants dans ses néocolonies à
l'exil contraint et forcé. Une sorte d'exil par la terreur au nom des intérêts
supérieurs de nos multinationales et de la nation. Car personne n'est dupe dans les milieux autorisés : le père Eyadéma, sergent chef de l'armée française, avait été promu "gouverneur à peau noir" du Togo après avoir assassiné Olympio quasiment sous les ordres des hommes de Foccart-De Gaulle, selon Gilles Labarthe.
Il s'est maintenu au pouvoir pendant plus de 38 ans grâce à la protection de ses maîtres et a constitué une armée clanique à son service tandis qu'en bon kleptocrate-serviteur il mettait sous coupe réglée "son pays" et en pillait les richesses minières pour les redistribuer à lui-même, son clan et ses parrains françafricains. Un système ultra-libéral archaïque de privatisation des gains et de nationalisation des pertes bien avant l'heure. Dans les années 1990, Eyadéma s'est opposé au processus de démocratisation pour se maintenir en place dans un climat de répression et de terreur. Suite aux élections présidentielles truquées de 1993 et 1998, notre gouverneur s'était engagé à respecter la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais le Parlement a supprimé cette disposition afin d'ouvrir la voie au dictateur pour le scrutin de 2003. Réélu une nouvelle fois en 2003 avec les bénédiction françaises et par l'éviction de l'élu des Togolais le fils de Sylvanus : Gilchrist Olympio contraint à l'exil pour cause de tentatives d'assassinats, Eyadéma règnait en bon vassal des intérêts supérieurs de la Françafrique. Le système profitait à beaucoup de monde dans l'ex-métropole et puis il est très vite devenu un ami "personnel" du président. D'autant plus que le Togo constitue pour la Françafrique militaro-industriel une région géostratégique des plus importantes : Lomé étant le seul port en eau profonde de la région et les phosphates Togolais sont un vrai régal. Et puis un beau jour le tyran est mort sans même organiser sa succession. On a beaucoup pleuré ce criminel-ami de la France et du président dans le prétendu pays des droits de l'homme. Il a fallu alors penser à sa succession, ce que le bon Eyadéma en Ubu françafricain traditionnel n'avait pas même parachevé (que nos amis Bongo, Déby, etc y songent prochainement eux qui sont en si mauvaise santé). Paris l'a aidé à mettre en place un successeur filial en trafiquant la constitution du pays via un électron-mercenaire en col blanc et l'on a dépêché nos meilleurs publicitaires pour assurer l'image de marque du fils du tyran qui promettait d'assurer une nouvelle monarchie à la manière d'un Hassan. Mais notre gouverneur junior fut débarqué sous la pression d'un Obasanjo soudain piqué par le bon sens. Le coup d'état militaire fut déjoué par l'Union Africaine et la CEDEAO elle aussi piquée d'un moment de rare lucidité et d'indépendance. Il ne restait plus que la voie des élections truquées pour restaurer notre néogouverneur junior et assurer la pérennité d'un système qui plonge un peuple entier dans la misère mais enrichit nos multinationales et la mafiafrique. Seulement voilà, le peuple pillé, martyrisé, incompris ne l'entendait pas de cette oreille et demandait des élections démocratiques libres et transparentes. Cela fut et reste une véritable offense à la Françafrique et à son président. Malgré les appels d'ONGs (Amnesty International, Fédération Internationale des Droits de l'Homme, Survie, la Ligue Togolaise des Droits de l'Homme...) criant aux nombreuses irrégularités qui jalonnaient la préparation du scrutin, malgré les appels, chose unique dans l'histoire françafricaine, d'un ministre de l'intérieur provenant du sérail appelant à suspendre le scrutin pour éviter un "bain de sang", la Françafrique attirée par la convoitise sans merci et des intérêts plus occultes est restée sourde et aveugle aux appels d'un peuple francophone aspirant tout bonnement au droit à l'autodétermination et à l'indépendance. Ce fut le sacrilège suprême, les africains n'étant pas prêts pour la démocratie depuis la première république d'Haïti, cela est bien connu, on chargea notre bras séculier à la CEDEAO d'assurer la basse besogne. Non, il n'y a pas de fraudes, non Faure est un candidat exempt de tout reproche, oui il est légitime et le temps imparti pour organiser les élections est largement suffisant. Ainsi on vit un scrutin émaillé de quelques "incidents" caractérisés par la mort de plusieurs personnes, par la fraude électorale généralisée, le bourrage des urnes, les menaces des militaires et les exécutions sommaire de dangereux résistants-révolutionnaires-utopistes dans la digne tradition de Marat, qui avaient osé s'opposer au vol des urnes et aux trucages des élections.
La messe fut dite, la CEDEAO récita son texte : "les élections se sont déroulées dans le calme et la transparence". Des objections, des questionnements de la part d'ONG, d'acteurs internationaux, de parasites? La réponse du quai d'Orsay fusa : «Nous sommes heureux des conditions globalement satisfaisantes dans lesquelles se sont déroulées les élections d'hier malgré un certain nombre d'incidents»
Autrement dit, on fait ce que l'on veut, mêlez-vous de ce qui vous regarde...Malheureusement le certain nombre "d'incidents" fut amené à croître comme l'avait prédit le maudit Nostradamus nommé Boko qui a eu le mauvais goût de se réfugier à l'ambassade d'Allemagne du Togo havre de paix transitoire. Ses jours seraient comptés et à l'heure actuelle on ne sait pas si l'ambassadeur allemand a obtempéré aux demandes du président (selon une ONG germano-togolaise voir encadré) ou bien si Boko est encore en vie.
On avait pourtant réussi à se débarrasser de ce fouille-chose de Saint-Exupéry (celui là même qui avait révélé comment la Françafrique avait appliqué son savoir faire militaro-scientifique au Rwanda en 1994) en le réembarquant illico presto vers Paris à son débarquement à Lomé. Quant à Boko, on allait quand même pas se laisser polluer par un traître réfugié dans l'ambassade de nos séculaires ennemis. Sus aux vendus et vive la tyrannie ! Et puis le prévisible advint : Faure remporta frauduleusement les élections, tout en essayant de corrompre moralement Gilchrist Olympio, et ce fut le déchaînement, l'insurrection d'un peuple en mal de liberté et de démocratie. Ce que tout le monde avait vu venir et que tout le monde avait prédit tant les indices étaient énormes. Mais la junte militaire installée par la France depuis 40 ans n'allait quand même pas abandonner tant d'acquis sociaux après tant d'années de lutte pour les laisser à ces Nègres. Eyadéma and co firent donc venir "les escadrons de la mort" (dont le fameux journaliste - empêcheur de massacrer en rond - cité ci-dessus est un sacré spécialiste et débusqueur) pour faire place nette. Ces commandos de choc, dont nous n'irons pas jusqu'à dire qu'ils sont une création de l'école de guerre de Paris et une émanation du savoir faire françafricain, n'ont pas hésité à tirer à balles réelles sur la population concrétisant la sinistre prédiction du maudit Boko quant au "bain de sang" à venir et "aux élections suicidaires".
Que croyez-vous que l'Union Africaine, les Etats-Unis, l'Union Européenne, la communauté internationale et l'ONU ont fait ou dit? Un peu comme au Rwanda, toute proportion gardée, nous n'intervenons pas dans le champs de nos amis! Nous nous retirons des affaires pour cause de chasse gardée après avoir protégé les notres si nécessaire. Alors on pourra toujours dire que Boko est un homme des américains mais même avec le Fachoda en héritage, cela justifie-t-il d'un certain nombre...d'assassinats. Comment pensez-vous que les médias français (télévisions, radios, presse) dans leur ensemble ont réagi? Comme toujours, à quelques résistants près, on a eu le droit au fameux discours du c'est un pays africain c'est dans leurs habitudes. Il est vrai que nos grilles de lectures ne sont pas les mêmes dans ces pays là. La version officiellement proclamée est qu'il s'agit d'une répression ordinaire d'une manifestation illégitime au regard des élections démocratiques qui viennent d'avoir lieu au Togo et qui ont porté au pouvoir de manière régulière le bon Faure qui va changer les choses pour ces pauvres bougres. Il l'a dit, écoutez le, il parle bien, mais comment ces gens-là en Togolie peuvent-ils être si ingrats? Allez, une bonne nuit leur portera conseil. Et puis, après tout n'est-ce point nos décideurs qui ont parlé "d'incidents" à propos des nombreux assassinats de civils durant les élections? Ah cette pauvre Afrique, heureusement que nous sommes là pour lui apporter aide et réconfort, que ne ferait-elle pas sans nous? Et ne voyez-vous pas qu'ils vont nous demander des comptes les pauvres bougres? Il n'y a pas à dire c'est une question de civilisation, nos négrologues nationaux élevés au panthéon de la francophonie télévisée nous l'ont bien dit : la joie, la bonne humeur et malheureusement la sauvagerie sont dans leur nature. Ce soir au Togo il y a eu probablement un véritable massacre contre une population qui ne fait que réclamer son dû : l'aspiration à l'autodétermination. Demain, à la Une des titres de vos quotidiens, vous trouverez sans doute comme prévu dans Le Parisien : "Prof un métier pour l'avenir", La Croix : "le textile chinois", Le Figaro "la fracture énergétique", Libération : "Le business de la réussite scolaire", etc... A chacun ses valeurs, ses références, sa morale et sa distance et les moutons seront bien gardés. Une subite interrogation, après tout :faut-il remettre en cause la politique françafricaine de notre président? Politique particulièrement meurtrière menée dans notre pré-carré au Congo-Brazzaville (où les 3 E financèrent une guerre civile de 1997 à 1999 qui porta notre ami SassouII sur la vague de "notre" pétrole), en Côte d'Ivoire où une partie de la françafrique a tenté de renverser Gbagbo à partir du Burkina Faso pour cause de non respect de nos intérêts mercantiles et où des soldats français en représaille n'ont pas hésité à massacrer dans la plus pure tradition coloniale des indigènes qui manifestaient de manière belliqueuse mais sans armes (à l'époque on n'avait même pas jugé nécessaire de faire une soumission d'information parlementaire, alors pour le...) ou bien maintenant au Togo chez feu notre ami personnel et son fils? Faut-il juger le président et sa politique désastreuse dans notre pré-carré et ses conséquences sur les expats qui en subissent les représailles? On pourra toujours rétorquer à quoi bon puisque nos représentants à l'Assemblée nationale n'ont aucun contrôle sur le domaine de l'exécutif. Vivrait on dans une monarchie républicaine où les valeurs directrices de la politique africaine de la France dans son champs francophone seraient celles de l'extrême droite pour cause de real politik? Qu'est-ce qu'on peut dire comme bêtises des fois? Voila on s'égare et puis on se laisse aller. Mais quand même, on se pose parfois la question de la transmission culturelle et transgénérationnelle du mépris comme modalité de rapport à l'autre au regard de cet impensé colonial et néocolonial. Que les fantômes restent au placard et nous dormirons du sommeil du juste! Malheur à ceux qui les débusquent? On peut lire aussi sur la chronologie des fait : 25.04.05 Black Out sur le Togo. Demain jour de tous les dangers - Accord pour un gouvernement d'union nationale? - fraudes électorales massives - Hier au moins 5 morts et 20 blessés à Lomé - inconséquences sémantiques de Barnier - Patrick de Saint-Exupéry expulsé avec l'aval de Paris. 24.04.05 Jour J - Compte-rendu de la journée des élections présidentielles Togolaises. Togo vers la guerre civile? Climat insurectionnel : plus de 3 morts ce soir à Lomé et des dizaines de blessés après un scrutin relativement calme- nombreuses fraudes électorales selon l'opposition - premiers résultats partiels fournis par la société civile nettement en faveur d'Emmanuel Akitani Bob - François Esso Boko encore à l'ambassade d'Allemagne ? 23.04.05 Tog. Compte-rendu de la journée du 23.04.05 (J-1). Nicolas Lawson renonce à se présenter - L'UE, La CEDEAO derrière le choix de la France - Irrégularités pré-électorales généralisées en faveur du candidat de la junte militaire au pouvoir selon les médias parisiens - Les Togolais seuls face à une situation électorale des plus explosives - Le 24.04.05 jour des élections présidentielles... 22.04.05 Togo. Compte-rendu de la journée du 22.04.05 (J-2). Le ministre de l'intérieur en fuite - Risque de "guerre civile" - Faure et ses militaires veulent passer en force - Paris joue très gros. |