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PRESSAFRIQUE
30.06.05 |
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Reste-t-on humain si l'on ne cherche plus à endiguer
l'inhumanité ? Il m'a
toujours semblé préférable de colmater au plus vite les petites fuites ou
les brèches plutôt que d'attendre d'être submergé, obligé alors à un
héroïsme et un déchirement dont peu d'hommes et de femmes sont capables.
Mais nous sommes tous saisis par cette sorte d'« incapacité
anthropologique à anticiper les conséquences d'un manque
d'engagement »"
"Ce n'est pas la découverte de la Shoah qui m'a le plus bouleversé. C'est de n'avoir connu son existence qu'à vingt ans, trois ans après le baccalauréat, et presque par hasard. Je lisais beaucoup, j'aimais l'histoire et j'entamais ma quatrième année d'études supérieures, et pourtant personne ne m'avait jamais parlé de l'extermination des Juifs. Je l'ai apprise un soir de 1965, lors d'une émission de télévision. Ainsi quinze ans d'enseignement, depuis l'école primaire, avaient pu omettre l'information de ce siècle : l'homme est capable de l'inhumanité absolue. Je découvrais que l'on ne vous apprend pas toujours l'essentiel, et qu'on occulte volontiers le pire. Je reçus donc, simultanément, la mauvaise nouvelle et l'intuition des conditions de son renouvellement : la chape de silence, les ruses infinies de l'esquive et de l'indifférence, le réseau des petites et grandes lâchetés. Ils autorisent l'abomination, puis l'enrobent, la masquent et l'escamotent. Ma vie en était changée, je découvrais l'obligation de l'engagement politique : aucune main invisible, nulle autorité bienveillante n'étaient là pour nous dispenser de repérer, puis de refuser et déjouer les connivences diffuses avec l'extermination, ce dérapage absolu, toujours possible". (FXV)
Le choc que le lecteur néophyte, peu informé des relations françafricaines, reçoit à la lecture de ses deux plus célèbres opus "la Françafrique" et "Noir silence" a sans doute à voir avec le choc que François-Xavier Verschave reçut ce fameux soir de 1965. Un désenchantement qui nous fait toucher quelque chose que chacun pressentait, quelque chose d'intangible qui devient tout d'un coup palpable, là devant nos yeux, une sensation vertigineuse où nos repères moraux, humanistes et éthiques semblent vaciller nous laissant entrevoir en lieu et place de la France des droits de l'homme une auréole de démons. Verschave était un original au sens nietzschien du terme : il est parvenu à nommer* ce que tout un chacun percevait de manière confuse pour le rendre intelligible au commun des mortels avec une grande rigueur et une éthique extraordinaire. En ce sens il demeure un exemple pour tous les journalistes d'investigation. Constamment porté à lutter contre l'amnésie républicaine et l'omerta instituées au sein du magistère intellectuel, c'est la portée philosophique des faits qu'il a authentifié qui ne cesse de nous hanter. Ainsi de la Shoah au génocide des Tutsi au Rwanda, de Vichy à Kigali, sans oublier les autres pratiques criminelles menées au nom de l'impérialisme français et d'ailleurs, Verschave posait la question de la solidité et de l'universalité des valeurs morales proclamées comme fondatrices et directrices de notre République depuis le siècle des lumières. Faut-il croire que ces valeurs ne sont qu'un paravent? Faut-il croire qu'elles ne sont applicables qu'à l'aune de la race les rendant par là même caduques ? Faut-il croire qu'elles ne jouent aucun rôle face au pragmatisme, à la real politik et aux intérêts mercantiles des grandes puissances? Verschave n'a jamais voulu se résoudre à répondre à ces questions par l'affirmative et c'est là tout le sens du combat qu'il a mené avec son association Survie. "Donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants" et mettre le respect de l'homme et des peuples au centre des priorités fondamentales tel était son combat.
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