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 THE GUARDIAN 20.08.05
 LA RICHESSE DE L'OCCIDENT FUT BATIE SUR L'EXPLOITATION DE L'AFRIQUE
(traduction Pressafrique)

"La Grande-Bretagne ne s'est jamais confrontee a la face cachee de son histoire imperiale" Richard Drayton

The wealth of the west was built on Africa's exploitation
Saturday August 20 2005, Richard Drayton, Guardian
Lire la version originale sur le site du Guardian

 

La Grande-Bretagne fut la principale nation esclavagiste du monde moderne. Dans le documentaire "The Empire Pays Back" diffuse sur Channel 4, le Lundi 22.08.05 (ndlr), Robert Beckford, demande aux Anglais de faire l'inventaire de ce passe. Pourquoi, questionne-t-il, les Britanniques n'ont-ils fait aucune excuse pour la traite negriere, comme cela a ete fait pour la famine Irlandaise ("potato famine")? Pourquoi n'y a-t-il eu aucun monument d'envergure  de contrition nationale equivalent de celui du Musee de l'holocauste de Berlin? Pourquoi, plus particulierement, n'y a-t-il pas eu de reconnaissance de la maniere dont les richesses de l'Afrique et des Africains ont rendu possible la prosperite et la vigueur de la Grande-Bretagne moderne? N'y a-t-il pas eu d'occasions pour le Royaume-Uni de payer des reparations aux descendants des esclaves africains?

Ce sont des questions d'actualite dans cette periode d'ete au cours duquel Blair et Bush, leurs mains encore salies par le sang irakien, cherchent a se presenter comme les sauveurs de l'Afrique. L'initiative du G8 envers une annulation partielle de la dette des pays pauvres fut presentee avec succes comme un acte d'altruisme occidental. Les genereux Massas n'ont jamais daigne expliquer que, pour en beneficier,  les gouvernements doivent accepter des "conditions" permettant a des entreprises a but lucratif de prendre controle des services publiques. Ceci ne releve pas d'un acte gratuit ; mais bien de ce que les banquiers d'affaires appellent "une dette en echange d'un capital" ("debt-for-equity swap") , le capital etant dans le cas present la souverainete nationale. La partie la plus malicieuse de l'affaire est que l'argent du, paye plus d'une fois en interets, a pour une grande part servi a acheter des biens manufactures importes d'Occident et du Japon, et du petrole provenant de nations qui placent leurs profits dans des banques a Londres et a New York. Ce n'est que d'un point de vue comptable que cet argent a quitte le monde riche. Personne ne considere que la dette de l'Afrique est sans importance comparee a ce que l'Occident doit a l'Afrique. 

Des experts de Beckford ont estime que la dette britannique envers les Africains du continent et de la diaspora pourrait se chiffrer a plusieurs millions de millions d'euros ("trillions of pound" ). Alors que cette estimation fut une reference utile, elle reste eronnee. Non pas parce qu'elle demeure excessive mais tout simplement parce que la dette reelle est incalculable. Sans l'Afrique et les plantations caraibeennes, le monde moderne tel que nous le connaissons n'existerait pas.


Les profits issus de la traite negriere et du commerce du sucre, du cafe, du coton et du tabac constituent seulement une petite part de l'ensemble des profits realises. Ce qui importe c'est la maniere dont le va et vient de ces entreprises ont transforme l'economie de l'Europe de l'ouest. Les banques anglaises, les assurances, la construction navale, les manufactures de coton et de laine, les fonderies de cuivre et de fer notamment a Bristol, Liverpool et Glasgow, se sont multipliees en reponse aux impulsions economiques directes et indirectes fournies par les plantations esclavagistes.

Le livre magistral de Joseph Inikori, Les Africains et la revolution industrielle en Angleterre, montre comment les consommateurs Africains qu'ils soient libres ou mis en esclavage ont nourri l'industrie britannique naissante. Comme l'a ecrit naivement l'economiste politique Malachy Postlethwayt en 1745 : "Le commerce britannique est une magnifique superstructure entremelant commerce americain et pouvoir naval fondes sur des fondations africaines". 

Dans The Great Divergence,  Kenneth Pomeranz se demandait pourquoi l'Europe plutot que la Chine, fut la premiere a acceder a une economie industrielle moderne. A ses deux reponses - l'abondance de charbon et la possession de colonies dans le Nouveau Monde - il aurait du ajouter l'acces a l'Afrique de l'Ouest. En ce qui concerne les colonies du Nouveau Monde, les Ameriques furent plus une creation africaine qu'europeenne : avant 1800, les Africains furent beaucoup plus nombreux que les Europeens a traverser l'Atlantique. Les esclaves du Nouveau Monde furent aussi vitaux pour le commerce europeen a l'Est. Les commercants avaient besoin de metaux precieux pour acheter des articles de luxe importes d'Asie leur permettant ensuite de retourner chez eux avec des profits sous la forme de textiles ; C'est seulement au travers de l'echange de ces vetements contre des esclaves d'Afrique qui devaient etre vendus dans le Nouveau Monde que l'Europe a pu obtenir de nouvelles sources d'or et d'argents pour permettre au systeme de fonctionner. Les compagnies de l'Inde ont permis a l'Europe d'assoir sa domination sur l'Asie notamment lors du XIXeme siecle qui a vu l'humiliation de la Chine. 

L'Afrique n'a pas seulement soutenu le developpement precoce de l'Europe. Son huile de palme, son petrole, son cuivre, son chrome, sa platine et plus particulierement son or furent et demeurent essentiels pour l'economie mondiale. Seule l'Amerique du Sud dans la periode d'abondance de ses mines d'argent a pu surpasser la contribution africaine...

Les pieces d'or d'une guinee, de par leur nom, ont rendu hommage aux origines ouest africaine d'une partie des sources de l'or. En suivant cet exemple, la livre sterling depuis 1880, aurait du etre rebaptisee du nom de la monnaie sud africaine "le rand", tant la prosperite britannique et sa stabilite monetaire decoule des mines sud africaines. On aurait pu se douter qu'une large partie de cet or detenu dans les caves du FMI (organisme cense  amoindrir depuis peu la dette des pays africains) a ete initialement vole de ce continent.

Nombreux sont ceux qui tiennent pour responsable les gouvernements africains d'apres les independances de 1960, des famines, des maladies et de la pauperisation economique de leur pays. Mais la pauvrete de l'Afrique contemporaine est une consequence directede deux siecles d'esclavage, suivi par un autre siecle de despotisme colonial. De meme la "decolonisation" ne fut qu'apparence : aussi bien la France et la Grande-Bretagne ont tente d'entraver le processus d'acces a la souverainete nationale de leurs anciennes colonies.

Il est assez remarquable qu'aucun de ceux qui parlent en Grande-Bretagne, de dictatures africaines et de kleptocraties, n'aient pas pris conscience qu'Idi Amin Dada est venu au pouvoir en Ouganda grace a une action secrete des britanniques, et que les generaux nigerians furent soutenus et manipules depuis 1960 en fonction des interets petroliers britanniques. De meme, il est assez amusant de constater que des quotidiens tels que le "Telegraph" et le "Daily Mail" - qui ont soutenu l'apartheid d'Afrique du sud et de Ian Smith en Rhodesie - sont devenus particulierement concernes par les droits de l'homme au Zimbabwe. La tragedie de Mugabe et des autres est qu'ils ont trop bien appris des britanniques comment gouverner sans veritable consentement populaire et comment detourner la loi pour la mettre impitoyablement au service des interets prives. Le veritable engouement de l'occident en faveur de l'instauration de systemes democratiques en Afrique est beaucoup moins important qu'il n'y parait. Nous parlons de la tragedie congolaise sans mentionner que ce fut un homme d'Etat britannique, Alec Douglas-Home, qui fut d'accord avec le president etats-unien en 1960 pour envoyer Patrice Lumumba, president elu du Congo Kinshasa, nourrir les crocodiles ("to fall into a river of crococile").

La traite negriere et la colonisation ne sont ni une histoire ancienne ni une histoire etrangere ; Leurs influences se font grandement ressentir en Grande-Bretagne a l'heure actuelle. Ce n'est pas simplement en terme economique que l'Afrique a endure une experience moderne de privilege britannique (blanc). Si le Bresilien Charles Menzes n'avait pas ete de type basane rappellant le type africain, aurait-il ete descendu dans la station de metro de Stockwell? Les cheveux legerement crepus,sa peau tres legerement doree, ont induit la police a voir en lui un danger etranger. Dans un sens, ce meurtre fut la replique du meurtre a la hache d'Anthony Walker a Liverpool, et a la centaine de noirs decedes depuis 1969 dans des circonstances mysterieuses alors qu'ils etaient soit au commissariat, soit en prison, soit des detenus en soins a l'hopital.

Cet univers dangereux faisant partie de l'experience des Noirs est l'apres-coup de l'esclavage. Le revers de la medaille est ce que Web Du Bois nomme "le salaire de la blancheur", un monde de securite, d'honnetete, qui se rejouit de cette manne que ceux qui ont la peau pale considere comme un don. La psychologie du racisme opere meme parmi ceux qui croit en l'egalite des hommes, entrainant des inegalites dans le domaine de l'education, de l'emploi et de la justice. C'est a cette lueur que des clubs blancs ("all-white clubs") tels que le G8 continuent leur rencontre dans le plus grand confort.  

Au debut de cette annee Gordon Brown a declare aux journalistes que la Grande-Bretagne devrait arreter de s'excuser pour le colonialisme. Bien que la Grande-Bretagne n'ait jamais affronte la face cachee de son histoire imperiale, elle devrait en verite commencer a faire ses excuses.