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 LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME EN AFRIQUE N'EST-ELLE QU'UN PARAVENT US D'UNE POLITIQUE NEOCOLONIALE EN AFRIQUE?

 

  

 

 

 

 

       On est en droit de se le demander tant il semble que le nouveau fer de lance de la politique US en Afrique consiste à brandir la menace terroriste pour pousser de nombreux dirigeants africains à se rallier à ses côtés et capter moyennant finances et armements de nombreux marchés. En effet depuis les attentats de 2001 contre les Etats-Unis, Washington montre un intérêt croissant pour les richesses pétrolières des pays de l'ouest et du centre de l'Afrique comme une des alternatives à ses approvisionnements du Proche-Orient. En rencontrant Omar Bongo (Xinhuanet [1]), dictateur et kleptocrate patenté, il n'a été question que de pétrole et vaguement d'environnement mais nullement de démocratie.

     Il semble bien que les droits de l'homme ne soient pas le souci majeur de G.W. BUSH. Selon Amnesty, la lutte contre le terrorisme bafoue les droits de l'homme. 


      Au nom d'une prétendue lutte contre le terrorisme en Afrique, Washington est en train de trouver la voie royale pour conquérir les richesses et les marchés africains dont il avait jusqu'alors qu'un accès relativement limité. Ainsi le plan du Grand-Moyen Orient (Réseau Voltaire [2])
  et le plan du Millenium Challenge (Réseau Voltaire [3]) , derrière une intention de lutte contre le terrorisme et de développement des pays du Maghreb et d'Afrique noire, ne sont rien d'autre qu'un plan néo-colonial. La politique de l'américafrique à l'instar de son aînée françafricaine, consiste en l'accaparement de la rente des matières premières mais aussi de l'imposition de modifications politiques, économiques et stratégiques par l'intermédiaire de l'aide au développement. Elle consiste aussi à surmilitariser les pays vassaux pour sa lutte contre la menace Al-quaïda qui tel l'ancien ennemi communiste constitue la nouvelle menace de l'occident (de la construction de l'ennemi ?). Ainsi des livraisons de matériels militaires et l'entraînement militaire de régimes parfois criminels ont lieu dans toute l'Afrique du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), au Gabon avec l'implantation de bases militaires à Djibouti, à Sao-Tomé avec l'installation d'une base navale au large du Gabon, région très riche en pétrole. Des commandos des forces spéciales des USA sont arrivés à Alger pour éradiquer la « brigade salafiste pour le combat et l'Appel ». L'armée US envisageait de plus de traquer ce commando en envoyant des forces militaires au Mali.

 L'ARMEE AMERICAINE ENVISAGE DE TRAQUER UN COMMANDO SALAFISTE: Le Pentagone étudie un raid au Mali. Le Quotidien d'Oran 02/03/2004 [4]
La présence du commando salafiste, dirigé par Abderezak El-Para, dans le nord du Mali, semble inquiéter le Pentagone. C'est ce qu'a indiqué une source militaire américaine à Voice of America (VOA, La voix de l'Amérique), qui souligne que des experts de l'US Air force sont en place au nord du Mali afin d'étudier la faisabilité d'un raid américain contre le campement des salafistes algériens. Cette source ajoute notamment que» la présence prolongée d'un groupe fortement soupçonné d'être lié à Al-Qaïda, et qui pourrait offrir un refuge aux dirigeants islamistes, est une source  d'inquiétude» aussi bien pour les Etats de la région que pour l'administration américaine.

      Or le ''dangereux'' terroriste nommé « Abderrazak le Para » (Le Monde [5]) a été capturé depuis 2 mois par les rebelles tchadiens, et n'intéresse à l'évidence personne ni l'Algérie censée le rechercher, ni la France, ni les USA pourtant acteur de premier plan de cette lutte contre les terroristes islamistes. Selon le Monde, Alger affirme que le GSPC a établi des liens avec Al-Qaïda. Le groupe d'"El Para" est même l'une des principales cibles de l'initiative "Pan Sahel" des Etats-Unis, destinée à appuyer les gouvernements de la région dans la traque terroriste pour empêcher la formation d'un "nouvel Afghanistan", selon les responsables américains.

      Les services de renseignement américains considèrent que le groupe salafiste (dont le Para serait le leader) pour la prédication et le combat (GSPC) aurait été responsable en 2003 (La Croix [6], de l'enlèvement des touristes européens dans le Sahara.  
 Mais les pays africains, ne seraient pas plus intéressés de l'arrêter et Brahim Tchouma, de s'interroger «
Nous avons fini par nous dire que ce doit être dans l'intérêt de la région de laisser courir "El Para". Si on l'arrête, finalement, les crédits américains s'arrêtent aussi, non ? »(Source Le monde [5]) 

      Ce groupe rebelle qui a capturé par inadvertance « El-para » a pris de court tout le monde et montre bien à l'évidence que la lutte contre le terrorisme semble parfois instrumentalisée de parts et d'autres. La lutte contre la menace Salafiste liée à Al-quaïda permettait de déployer des instructeurs US dans toute la région notamment au Mali, au Tchad, en Algérie et d'obtenir des accords privilégiés avec ces pays (« des instructeurs américains sont bien au nord du Mali dans le cadre de la formation des troupes maliennes» Alwihda)

      En attendant, les USA surarment sans vergogne, des pays qui pratiquent le terrorisme d'état (Algérie, Djibouti,...) et légitiment des dictatures en fermant les yeux sur les violations récurrentes des droits de l'homme.
Même si les USA ont réussi à obtenir par leur seule volonté des accords de paix entre les belligérants dans la guerre civile au Soudan, c'est avant tout pour exploiter le pétrole de la région. On ne peut cependant pas leur jeter la pierre quand on sait le peu d'effort fait par la françafrique pour arrêter les crimes contre l'humanité dans son pré-carré (au Rwanda en 1994, au Congo-Brazzaville de 1997-1999, en RDC, au Libéria, au Soudan.) et son soutien légendaire au dictateur et tyran de la Françafrique. Marc Lavergne, chercheur au CNRS et spécialiste du Soudan, dans Libération [7], décrypte les soubassements de cette politique américaine en Afrique notamment au Soudan qui semble renforcer les dictatures au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste. «
Le Soudan n'est désormais plus sur la liste des «états voyous». La signature de la paix va permettre aux dirigeants de profiter de leur argent, d'autant que la levée de l'embargo américain doit favoriser les investissements extérieurs. Elle leur laisse aussi les mains libres, tout comme au camp Garang, pour exercer le pouvoir de façon dictatoriale dans les zones qu'ils contrôlent

      Il s'agit sans doute d'une aubaine pour les kleptocrates africains?
La lutte contre le terrorisme n'est-elle qu'un prétexte pour regagner de l'influence en Afrique et s'approvisionner à bon compte en pétrole et autres matières premières?



REFERENCES :
1. Le terrorisme et l'environnement au centre des entretiens Bush-Bongo de mercredi.
Xinhuanet. 25 mai 2004

2. Colonialisme démocratique. Bush invente le « Grand Moyen-Orient ». Réseau Voltaire. 22.04.04

3. Compassion et bonnes affaires. Le Millenium Challenge, colonialisme libéral. Réseau Voltaire . 19.02.04.  

4. L'armée américaine envisage de traquer un commando salafiste. Le quotidien d'Oran. 02.03.04 

5. "El Para", le chef salafiste capturé dont personne ne veut. Le Monde . 26.05.04

6. La Croix. 2004

7. Le Soudan vers un accord de paix qui ne règle rien. Interview de Mar Lavergne. Libération. 27.05.04.




Pressafrique mai 2004