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PRESSAFRIQUE  21.10.05 
17 octobre 1961- 17 octobre 2005 - la banalisation d'un crime contre l'humanité par l'Etat français

 Si les députés français souhaitent "que l'histoire mondiale ne confonde pas dans un même mépris le IIIè Reich et le régime issu de la Résistance française, ils feront bien d'aller en Algérie ouvrir tous les dossiers".  Y a-t-il une Gestapo algérienne? Claude Bourdet. France Observateur, 6 décembre 1951 . 

« De quoi y a-t-il mémoire ? De qui est la mémoire ? »
Paul Ricoeur in la Mémoire, l'histoire et l'oubli. Paris : Éd. du Seuil, 2000.

L'indispensable "travail de mémoire" passe par "l'inlassable répétition de la représentation des choses passées", ce qui doit être transmis de génération en génération, contre l'oubli qui n'est pas l'absence de
souvenir mais l'oblitération par la banalisation
".  Paul Ricoeur cité par Florence Beaugé (dans Algérie, une guerre sans gloire p.54) in la Mémoire, l'histoire et l'oubli. Paris : Éd. du Seuil, 2000.


Le 17 octobre 1961, la France du général de Gaulle ordonne la répression criminelle d'une manifestation pacifique de franco-algériens dans les rues de Paris et en banlieue. Cette manifestation visait à dénoncer le couvre-feu raciste imposé aux "français musulmans d'Algérie".

Des dizaines voire des centaines de  Français musulmans d'origine algérienne furent massacrés en plein Paris et en banlieue par les forces de police sur ordre du préfet Maurice Papon. Certains furent jetés à la Seine après avoir été bastonnés, d'autres furent mitraillés, enfin les manifestants qui ne purent s'échapper furent rafler pour être envoyé dans des centres de rétention où ils furent torturés, certains furent même pendus dans des bois. C'est la plus grande rafle depuis les rafles du Vel d'hiv organisées avec le même savoir-faire Papon sous de Gaulle. Il montre une fois de plus la collusion étroite entre méthodes fascistes et coloniales au coeur de la République. Ces méthodes étaient particulièrement usitées dans le pré-carré africain francophone à cette époque 
(Cameroun , Biafra, Algérie...). 

Cette gigantesque ratonnade organisée par l'Etat français dans le contexte des "évènements d'Algérie" est encore occultée. Officiellement l'Etat français ne reconnaît à ce jour que deux morts. Ce massacre n'est répertorié dans quasiment aucun manuel scolaire et ne fait preuve d'aucune reconnaisance. Il a fallu attendre  2001, suite au procès Papon (
Jean-Luc Einaudi, la bataille de Paris)  et à la mobilisation de nombreux intellectuels, historiens et témoins pour qu'une initiative privée de la mairie de Paris décide d'apposer une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel, l'un des lieux d'où furent jetés dans la Seine des manifestants sévèrement amochés, évanouis ou déjà décédés (Survie).

C'est cette falsification constante de l'histoire à l'aide d'historiens serviles servant la propagande nationaliste qui permet de glorifier le fait colonial en occultant systématiquement tous les crimes contre l'humanité qui sont consubstantiellement liés à
l'idéologie coloniale . En ce sens la loi du 23 février 2005 glorifiant la colonisation constitue une apologie de crimes contre l'humanité par omission dans un pays qui a
cautionné un génocide dans le cadre de sa politique néocoloniale au Rwanda en 1994 et qui continue de soutenir dictatures criminelles, trucage des élections et assassinat d'opposants politiques dans son pré-carré africain (Outel Bono, Mehdi Ben Barka , Sylvanus Olympio, Felix Moumié, Ruben Um Nyombé ...) . Un adoubement criminel remettant sérieusement en cause les principes fondamentaux de notre République. Un véritable  plébiscite pour une conception raciologique des droits de l'homme ne marquant pas de véritable césure avec les principes de Gobineau. "Vous savez dans ces pays là..." (le florilège d'ethnomanies). Le silence de l'ensemble de la classe politique et la glorification coloniale au travers du parlement français constituent une légitimation des idéaux et des méthodes d'extrême droite en Afrique. Une banalisation du crime au nom de la mère Patrie et de la sainte économie, une amnésie institutionnellement entretenue qui permet la reconduction.

En ce sens le massacre du 17 octobre 1961 est une illustration paradagmatique de l'effet dévastateur d'une banalisation des crimes contre l'humanité en Algérie sur la politique menée en France dans le cadre de ce que l'on dénommait par euphémisme les "évènements d'Algérie". Gare au retour de la barbarie coloniale et néocoloniale si elle demeure impensée, banalisée ou glorifiée même de façon implicite.