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Dès le mois d'août 1960,
les Etats-Unis et la Belgique complotent pour éliminer physiquement
Lumumba. A cette fin plusieurs plans sont envisagés pour se débarrasser du
représentant du peuple congolais, premier ministre élu démocratiquement
dans un régime parlementaire. Chronologiquement, le premier plan
d'assassinat connu est celui développer par les autorités belges :
l'opération L.Elle fut planifiée le 2 aout.
Opération
L C'est dans
les papiers du major Jules Loos, conseiller militaire du ministère
belge des Affaires africaines et dans ceux d'Edouard Pilaet que l'on
retrouve un document où les autorités belges envisagent l'asssassinat de
Lumumba (Les secrets de l'Affaire Lumumba
*
, Luc De Vos, Emmanuel Gerard, Jules Gérard-Libois, Philippe
Raxhon ; p.141). A mots couverts il s'agit d'assurrer son élimination
en trouvant des personnes proches de son entourage pour favoriser son
élimination par empoisonnement ou plus exactement par une substitution de
médicaments.
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Les secrets de
l'Affaire Lumumba *. Luc De Vos, Emmanuel Gerard, Jules
Gérard-Libois, Philippe Raxhon, p.141-142. Ed. Racine
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"extrait de "l'opération L. Suggestions", note
dactylographiée non signée, s.d 2p.; PL 6d (fac-similé, p.626-627)
et Papiers Pilaet. 2. Quelques considérations quant au moyen
d'entamer l'opération L. a/ Le goût de l'intéressé pour les
femmes est fort connu. Il y a peut-être là un moyen de l'amener à se
départir de ses mesures habituelles de sécurité personnelle. b/
Le contact avec ses adversaires politiques doit absolument être
envisagé, car ces derniers sont parmi les mieux placés pour aider
dans le domaine du renseignement et même de l'action... c/ Parmi
les collaborateurs européens de l'intéressé, il est acquis qu'un
certain nombre...se sentent maintenant engagés au-delà de ce qu'ils
auraient souhaité. Certains voudraient pouvoir faire machine
arrière, ou au moins se constituer un "dossier L". Cette
tendance pourrait être exploitée, en prenant le maximum de
précautions, compte tenu du manque de moralité des intéressés et de
leur versaltilité criminelle. d/ Il est vraisemblable que le
sieur L. ne parvient à tenir son train de vie, son énergie et son
dynamisme qu'à l'aide de drogues, soit coutumière, soit
pharmaceutiques. Dans ces deux cas, il doit avoir des fournisseurs,
des "conseillers médicaux", en tout cas des personnes possédant
sur l'intéressé une influence très grande. Une substitution de
médicaments pourrait peut-être
envisagé..."
| Opération Barracuda Le plan
Barracuda consistait en l'enlèvement de Lumumba par des supplétifs
autochtones en vue d'assurer son élimination. "Vandewalle parle de
Noël Dedeken dans ses Mille et quatre jours : sur ordre d'un "général
belge", le major Loos, adjoint du ministre d'Aspremont Lynden, a envoyé
Dedeken au Katanga au cours de l'été 1960. L'ancien chef de la compagnie
des commandos de l aforce publique doit enlever Lumumba et forme en vue de
cette action une trentaine de Baluba" (Ludo de Witte, L'Assassinat de Lumumba, Ed. Karthala , p.68). Pour information les Baluba qui avaient pris part à
la sécession du Kasaï ont subi les massacres des troupes congolaises de
l'ANC dirigées par Mobutu, une des raisons pour laquelle celui-ci sera
renvoyé de son poste de chef d'état-major de l'armée congolaise par
Lumumba**
. Ce projet "Barracuda" est couvert au plus haut
niveau, c'est à dire par le gouvernement belge. "L'Affaire a
été traitée au plus haut échelon, car le ministre des Affaires africaines
a donné le feu vert pour l'opération. Loos écrit à Marlière : "D'ordre
du ministre coordination assuré par Marlière qui doit renseigner Minaf
(=Affaires africaines) ; celui-ci, sauf urgence, jugera opportunité". Le message est clair :
le ministre appréciera l'opportunité de l'élimination de Lumumba, sauf
urgence. Autrement dit dans ce cas le ministre couvrira l'assasinat.
Brazzaville est également impliqué dans l'action, car Marlière promet à
Loos de discuter de l'affaire avec le consul général Dupret. Ces
télégrammes démontrent sans ambiguïté que Bruxelles, quelques semaines
après la décision de Washington de traiter "l'éloignement" de Lumumba
comme point prioritaire, veut prendre l'action en mains". (Ludo de Witte,
L'Assassinat de Lumumba
, Ed. Karthala,
p.68).
Les plans états-uniens Dès
le mois d'aout, les autorités américaines passent d'une hostilité
méprisante de réserve à l'égard de Lumumba à l'échaffaudage de plan
d'élimination physique. Il n'est pas pensable pour les USA tributaires des
matières premières (notamment de l'Uranium congolais) que ce peuple puisse
accéder à l'autodétermination et être indépendant quand à la vente et à la
distribution de ses richesses. Qui plus est, après avoir refusé d'aider
Lumumba à lutter contre l'invasion belge, les USA voient d'un très mauvais
oeil le soutien soviétique apporté à Lumumba. Enfin la position
géostratégique de la République Démocratique du Congo véritale
sous-continent au centre de l'Afrique fait considérer que celui qui
contrôle le Congo contrôle l'Afrique subsaharienne. C'est à partir du
12 au 15 aout que les USA vont entériner des plans d'extermination de
Lumumba au plus haut niveau. Le président Eisenhower influencé par le
lobby militaro-industriel évoque à mot couvert l'élimination de
Lumumba. Allen Dulles, chef de la CIA considère la préoccupation exprimée
par le président Eisenhower lors de la réunion du conseil national de
sécurité du 18 août 1960 comme un accord pour éliminer Lumumba. Selon
Luc de Vos et collaborateurs (Les secrets de l'affaire Lumumba, p.142), le
rapport Church de 1975 mentionne au moins tois tentatives
d'assassinat par la CIA. (Allegged Assasination Plots Involving
foreign Leaders. An Interim Report of the Select Committee To
Study Governmental Operations With Respect to Intelligence Activities
Senate Reports N°94-465, 94th Congress ; 1st Session ; 20 novembre
1975). Ces documents montrent que toutes ces
actions ont été approuvées dans les plus hautes sphères de
l'administration de Eisenhower, soit le Conseil de Sécurité National, soit
le " Special Group ", composé du conseiller national à la sécurité, du
directeur de la CIA, du sous-secrétaire d'état aux affaires politiques et
du secrétaire adjoint à la défense.
Une tentative fut organisée par
l'agent QJ/WIN avec l'assentiment des autorités belges d'après Luc Vos et
collaborateurs (Ibid, p.143). L'agent né en Belgique a été
recruté en Belgique par la CIA. D'autres tentatives vont aussi
avorter en ce mois d'aout. Le rapport Church fait aussi état d'une
tentative d'assassinat par un tireur d'élite mais sans succès. Le chef
des opérations secrètes de la CIA, Richard Bissell a déclaré : "La CIA
étudia un éventail de méthodes pour se débarrasser de Lumumba, dans le
sens de le détruire physiquement, de le mettre hors combat ou d'éliminer
son influence politique". (Ludo de
Witte, p.56, L'Assassinat de Lumumba
). Ce fut selon Ludo de Witte (ibid, p.56), un scientifique de la
CIA, nommé Gottlieb qui reçu l'ordre de rassembler du matériel biologique
dans le "but d'assassiner un dirigeant africain non
identifié". Un haut fonctionnaire américain, confirme cette
planification d'assassinat dans le documentaire CIA, guerre secrète
réalisé par William Karel.
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Etats-Unis :
la règle du jeu. Afrique : l'étoile noire (2/3). Documentaire.
Scénario et réalisation de Peter Du Cane et
Matthew Kelly. Production Australian Film Finance
Corporation/Electric Picture/Wildfilm Australia
Visualiser l'extrait cliquez ici
" 15 ans plus tard j'ai lu
le rapport Church sur l'assassinat des dirigeants étrangers. J'ai
découvert que sur deux asassins de la CIA l'un était un tireur
d'élite l'autre était un empoisonneur."
"Le directeur
scientifique de la CIA est
allé au Congo avec ce qu'ils appelaient un matériel biologique mortelle
en réalité un virus quelcquonque. Mais il était incapable d'introduire
quelqu'un dans l'entourage proche de Lumba. Les Etats-Unis
ont alors commencé à comploter avec d'autres personnes au Congo
des opposants à Lumumba pour le tuer de façon plus
traditionnelle". |
Larry Devlin, responsable de la CIA à Léopoldville
ainsi que Franck Carlucci à l'époque fonctionnaire de la CIA à l'ambassade
des USA à Léopoldville ( futur directeur adjoint de la CIA qui fondera le
Carlyre Group) confirment ces tentatives d'assassinat.
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CIA guerres secrètes : 1947-1977 : opérations
clandestines.
Réalisé par William
Karel
 visualiser
un extrait cliquez ici Le 30 juin 1960, le Congo belge
accède à l'indépendance. Le premier ministre est le leader de gauche
Patrice Lumumba. Or les Etats-Unis convoitent les immenses
ressources minière sdu pays. Lumumba ne restera au pouvoir que deux
mois. William Blum, haut fonctionnaire
au département d'Etat US : "C'était un très mauvais
exemple pour le reste de l'Afrique. C'était inacceptable (pour
les autorités américaines, ndlr). Son sort était joué dès cet
instant, il fallait donc le renverser."
Charles
Cogan, directeur du contre-espionage de la CIA 1995-1998 :
Il y a eu une réunion le 18 aout 1960 et Eisenhower a laissé
entendre qu'il aimerait bien qu'on le débarrasse de
Lumumba.
Franck Carlucci directeur adjoint de la
CIA (1978-1981) : "j'étais à l'ambassade et
j'ai suggéré que l'on pouvait évincé Lumumba de son poste de premier
ministre...l'ordre avait été donné d'essayer d'éliminer Lumumba. Ils
ont fait parvenir du dentrifrice empoisonné au responsable de
l'agence au Congo mais il a refusé de s'en
servir"...
Charles Cogan, directeur du
contre-espionage de la CIA 1995-1998 : "Mais Allen Dules a
cru comprendre lors de cette réunion du conseil de sécurité natinale
qu'on lui laisserait carte blanche et c'est ce qu'il a
fait".
Franck Carlucci Franck Carlucci
directeur adjoint de la CIA (1978-1981) : "L'ordre avait
été donné d'essayer d'éliminer Lumumba. Ils ont fait parvenir du
dentrifrice empoisonné au responsable de l'agence au Congo
mais il a refusé de s'en servir.
Un responsable de la CIA au Congo : Nos
agents n'étaient pas prêts à s'impliquer dans un assassinat.
Franck Carlucci directeur adjoint de la CIA
(1978-1981) : J'ai donc proposé une solution politique
mais d'autres à Washington ont pensé qu' un autre type
d'intervention serait plus
approprié. " | Le chef de la CIA au Congo, Larry Devlin, est
sans ambiguïté sur l'intention des USA d'éliminer Lumumba.
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Mobutu roi du zaïre (1/3), réalisé par Thierry
Michel
Larry Devlin : "Entre le 12 et 15 août, je pense. Les
USA ont décidé qu'il était préférable qu'un nouveau
gouvernement arrive au pouvoir. Lumumba devait partir. La
décision a été prise au plus haut niveau. A l'époque on m'a
dit qu'elle venait du président des Etats-Unis mais rien ne
permet de le prouver ou de le démentir. Lumumba devait être éliminé
phyiquement. Cela n'a jamais été communiqué par écrit. J'ai reçu
l'instruction qu'un certain Joe. Une personne qui se présentait
comme Joe de Paris, allait arriver, que je le reconnaitrais comme
étant un officier de la CIA, un officier supérieur de a CIA, et que je
devais prendre mes instructions auprès de lui. Un jour que je
sortais de l'ambassade, j'ai reconnu un
homme qui attendait de l'autre côté de la rue. Et il m'a
dit qu'il avait été décidé que Lumumba devait s'en aller et que s'il
ne pouvait pas être éliminé politiquement il devait l'être
physiquement". |
Si les plans états-uniens et belges n'aboutissent pas en août 1960,
les deux alliés (on verra que la donne géopolitique n'est pas si simple) semblent
converger vers un consensus : l'élimination politique de Lumumba est
devenu la priorité absolue à la fin du mois d'août.
Et tous leurs efforts tendent vers ce but notamment, comme on l'a vu dans les
plans américains et belges échaffaudées au mois d'août, par l'instrumentalisation
de l'opposition politique en vue de
destituer Lumumba.
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* même si nous considérons que les auteurs de ce
livre tendent à "euphémiser" les responsabilités belges, ce livre regorge de
documents très intéressants.
** ajout : Lumumba
n'eut pas le temps de le faire. Mobutu était à l'époque colonel et non
chef d'état-major, rôle dévoué à
Lundula. Mobutu par contre était bien à la tête de l'ANC
dans le Kasaï où il dirigeait les opérations
offensives. |