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 PRESSAFRIQUE 05.11.05
Qui instrumentalise et organise les violences urbaines? Autodestruction de  banlieues défavorisées par certains de leurs habitants ou/et récupération par l'extrême droite? Une commission d'enquête parlementaire s'impose

 L'éclosion de violence urbaine qui met à feu les quartiers ghettoïsés des banlieues  apparaît pour certains comme révélateur d'un comportement autodestructeur d'une jeunesse défavorisée et méprisée. Des jeunes que l'on présente comme marginalisés voire fanatisés qui n'auraient plus rien à perdre et qui se livreraient  à la dépradation  de leur propre habitat, de leur environnement dans un comportement grégaire suicidaire. Lors de la manifestation organisée par le maire d'Aulnay, ce samedi, une mère de famille d'une cité a déclaré au JT de 20 h de  TF1 (05.11.05) qu'il n'était pas possible que les jeunes de la cité se livrent à de telles exactions, qu'ils brûlent les voitures de leurs voisins, de leurs proches, de leurs parents. Déni, aveuglement lui ont rétorqué aussitôt  certains membres de l'assistance appelant à plus de sécurité. Tandis qu'au JT de 19h20 de France 3 (05.11.05), un sociologue de service déclarait sans preuves aucunes si ce n'est celles des sciences molles que les jeunes étaient poussés par des islamistes. Banlieue-islam-terrorisme-basané-insécurité et la quadrature du cercle est bouclé. L'usuelle  construction sociétale fédératrice d'un ennemi intérieur en France aux caractéristiques psycho-ethniques bien identifiables sur fond de menace terroriste ( The populisme Horror Sarko Show, Pressafrique 02.10.05  ). Ce qui est plus certain par contre c'est que les incendies sont organisés selon des méthodes bien rôdées et systématisées. Pour le procureur général de Paris, Yves Bot, il ne fait aucun doute que ces violences répondent à une stratégie. "La manière d'agir est organisée, elle répond à une stratégie, c'est quelque chose qui s'inspire d'actions qui incluent une véritable tactique mobile ", a-t-il déclaré sur Europe 1. ( Reuters 05.11.05, L'éventuelle organisation des troubles des banlieues en question). Et on aura bien compris que chacun pourra évoquer ses supputations hypothético-conceptuelles. 

On ne peut pas manquer de se remémorer les procédés utilisés par des services d'ordre de l'extrême droite considérés par certains comme des milices occultes qui oeuvraient dans la pénombre en France et en plein jour en Afrique dans le champs de la Françafrique. Là-bas, soutien aux dictateurs françafricains, préparation d'assassinats politiques en tout genre et ici déstabilisation des banlieues dans un but électoral manifeste comme l'avait révélé en son temps un ancien membre de ces services d'ordre , ancien parachutiste interviewé dans le journal Libération en 2001.  Pourtant dès 1999, une commission d'enquête avait révélé les pratiques illégales des services d'ordre du DPS (Département de Protection et de Sécurité) du Front National en préconisant la dissolution de ces services d'ordre si particuliers rappelant les méthodes du SAC (service d'Action Civique) véritable garde prétorienne du mouvement gaulliste de 1959 jusqu'à la sanglante tuerie d'Auriol en 1981 (Histoire du S.A.C, la part d'ombre du gaullisme, François Audigier, Ed. Stock). Le SAC formé par ces messieurs Afrique Jacques Foccart et Pierre Debizet allaient constituer un service d'ordre, une structure politique à part entière peu après l'avènement du Général de Gaulle. Ce dernier fut porté au pouvoir par les ultras de l'Algérie dans une sorte de putsch républicain au moment de ce que l'on appelait communément les "évènements d'Algérie".  Nous étions entrés dans l'ère de la République néocoloniale et de ses activités occultes barbares (assassinat de Ben Barka, affaire Boulin, Cameroun, Biafra ...).  Revenons sur les méthodes du service d'ordre du Front National de l'époque, le DPS.

Rapport de la Commission d'enquête parlementaire sur le DPS - Des missions officielles aux méthodes d'intervention du DPS : les trois faces du DPS . 26 mai 1999

 ...Les moyens utilisés par le DPS pour recueillir des informations sont variés. Filature, ouvertures du courrier... Les techniques de collecte de l'information, que les témoins attribuent, sinon au DPS, du moins au Front National, sont classiques. M. Michel Soudais et Mme Christiane Chombeau ont évoqué des faits troublants et similaires concernant leur courrier. " A la fin de l'été 1997, j'ai pu constater de visu, alors que j'avais déjà remarqué que le courrier arrivait avec quelques jours de retard, que le courrier tombait deux fois dans ma boîte aux lettres, à une demi-heure d'intervalle. J'ai interrogé la factrice qui m'a assuré qu'elle n'était pas passée une demi-heure auparavant. Il s'agit d'une vieille technique : on prend le courrier, on l'inspecte et on le remet dans la boîte au moment où le facteur passe. Ces incidents se sont déroulés à un moment où j'avais déménagé, changé de situation de famille, et où j'étais pigiste ; je travaillais donc pour différents journaux. J'étais également très sollicité à la suite de la publication de mon livre pour donner des conférences, notamment par des associations antiracistes et par des partis politiques (PS, RPR, ...) en manque d'information sur le Front National " (M. Michel Soudais, journaliste à Politis). La même technique aurait été utilisée à l'égard de Mme Christiane Chombeau, journaliste au Monde, qui a en outre reçu des courriers variés émanant de membres de l'extrême-droite à son adresse personnelle, pourtant non diffusée.

La prise de photographies et l'utilisation de caméscopes ont été également fréquemment cités, pratique qui concerne autant les opposants politiques - le MRAP évoque le cas de M. Jean-Jacques Anglade, candidat socialiste à l'élection municipale de Vitrolles - que les associations de militants antifascistes ou les journalistes. Une circulaire interne du Front National de mars 1997, adressée aux secrétaires nationaux de fédération et intitulée " Fédés Infos ", mentionne ainsi les " précautions à prendre face aux contre-manifestants " :

" - Vous munir d'un appareil photo pour photographier les meneurs en cas d'incidents.

" - Repérer les véhicules des contre-manifestants, avant ou après les incidents, et en noter les numéros de plaque minéralogique.

" - Repérer les élus adverses qui souvent conduisent les contre-manifestants.

" - Recueillir les témoignages des riverains, du public et des militants, surtout si certains ont pu identifier les agresseurs.

" - Recueillir tous les documents ayant appelé à la contre-manifestation et identifier les signataires. "

 Si cette commission avait entraîné la dissolution de ce service d'ordre elle ne s'était guère attardée sur ses liens avec les services secrets français notamment le DPSD (direction de la protection et de la sécurité de la Défense).

Extrait d'une interview d'un repenti en provenance du sérail dans le journal Libération.

 LIBERATION 06.06.01
Par KARL LASKE et RENAUD DELY
Les paramilitaires du FN mis à nu Confessions d'un "fantôme" Un ancien du DPS révèle à "Libération" les activités de déstabilisation et d'infiltration menées en France et en Afrique

...Dotés d'un équipement de CRS, les gros bras endossent aussi une tenue civile pour infiltrer des associations ou mener des "expéditions punitives" dans des banlieues...

...Il parle d'un "système hors la loi", dont il désigne "la tête pensante": Courcelle. Une force de frappe secrète chargée, selon Hermant, d'infiltrer les "ennemis" (Ras l'Front ou SOS Racisme) et des bandes de jeunes susceptibles d'accentuer le climat d'insécurité dans certains quartiers, non acquis au Front national. Bernard Courcelle, ancien capitaine d'un régiment de parachutistes d'infanterie de marine et ex-informateur de la DPSD (direction de la protection et de la sécurité de la Défense), aurait calqué sa structure de sécurité sur celle des services spéciaux...  

 

 LIBERATION 06.06.01
Interview de Claude Hermant Inciter  la Rébellion
Propos recueilli par Karl Laske

En mars 1999, Claude Hermant fait partie d'un groupe de mercenaires qui a été envoyé au Congo, sur ordre de Bernard Courcelle, l'ancien chef du service d'ordre du FN. Il a été arrêté deux mois plus tard, et condamné, fin 1999, pour un complot qui était en réalité fomenté par le pouvoir.

"Il m'a été demandé d'infiltrer des organisations telles que Ras-l'Front dans le Nord. Il s'agissait d'être informé et de prévenir les actions de contre manifestation lors de nos meetings. J'ai recruté moi-même des membres du DPS pour cette mission. Au plan national, Ras l'front,SOS Racisme et Act Up étaient nos priorités pour l'infiltration. je sais qu'une infiltration a été possible au siège national de SOS Racisme. C'est du renseignement. C'est malsain. Le second type de mission demandé aux "fantômes" consiste à organiser la déstabilisation de certains quartiers ou des villes qui ne sont pas acquises aux idées du Front. Là encore, il faut infiltrer. Prendre contact avec des bandes. Inciter à la violence ou à la rébellion. Fournir la logistique dans des quartiers sensibles pour donner aux jeunes la possibilité de s'exprimer par la violence. Dans un quartier, si vous mettez le feu à une voiture, dans l'heure qui suit, neuf fois sur dix vous en avez quinze autres qui brûlent.

Est-ce que ça vous paraît correspondre aux discours du Front National?

Non, mais en faisant avancer l'insécurité vous faites progresser l'électorat du Front. Si l'insécurité gagne le coeur des français, le Front peut être là avec ses solutions.

Pour payer un jeune pour mettre le bordel dans un quartier, pour avoir les moyens de se déplacer, de louer une chambre d'hôtel, les "fantômes", en autarcie complète, font leurs demandes à travers ce qu'on appelle les "boîtes aux lettres". En l'occurrence, il s'agit d'une permanence téléphonique assurée, pendant une heure, une fois par semaine, dans une cabine publique.

D'autres missions plus violentes vous ont-elles été demandées?

Lors de certaines réunions, j'ai entendu parler d'attentats à l'explosif sur la région de Nice. De missions de surveillance ou d'écoute de membres de l'opposition ou d'élus dans certaines villes. Mais aussi de surveillances demandées par des autorités étrangères amies, comme le Congo.

D'où provenait à votre avis l'argent de ces opérations?

Les opérations étaient entièrement financées, si ce n'est par le Front, en tout cas par Bernard Courcelle au moyen de contrats de sécurité à l' étranger, du mercenariat ou du trafic d'armes...


   Quant au principal intéressé, Courcelle, recyclé un temps au Bénin, il dénie les allégations de son ancien collègue. Quoiqu'il en soit le laxisme des autorités politiques au plus haut niveau marqué par la lenteur  de leur réaction et de leur positionnement devant la gravité des faits, le caractère systématisé et très organisé des départs d'incendies, le drame d'Epinay, de Clichy sous-Bois, l'attaque aux gazs lacrymogènes d'une mosquée, les provocations verbales itératives du ministre de l'intérieur allant harranguer les jeunes des banlieues à coup de propos méprisant du style "nettoyage au kärcher", "éradication de la gangrène"*, "on va vous débarrasser de la racaille" et les commentaires cyniques après la mort de deux adolescents électrocutés dans un transformateur EDF après un contrôle policier les qualifiant en post-mortem de "cambrioleurs", nécessiteraient quelque soit les hypothèses retenues quant à l'origine des violences urbaines et de leur entretien, la mise en place une commission d'enquête pour faire la lumière sur ces évènements tragiques.

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* Ajout 12.11.05 : selon Canard Enchaîné du 2 novembre, N°4436. article intitulé : " Le vrai programme de Sarkosy : Je vais chasser la chiracaille!" De lui sur le feu
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Dernière modif 10.12.05