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PRESSAFRIQUE 30.12.05
Loi du 23 février 2005 : les inconséquences de l'UMP et de Me Arno Klarsfeld

 Alors que le président de la République a confié une mission parlementaire à Jean-Louis Debré pour tenter de sortir du divisionnisme que ne manque pas de susciter l'article 4 de la loi du 23 février 2005 au sujet des prétendus bienfaits de la colonisation en outre-mer,  le ministre de l'intérieur a de son côté confié une mission sur le même sujet à l'avocat Me Arno Klarsfeld. Ce dernier avant-même d'avoir enquêté sur cet épineux problème semble avoir trouvé la solution qui émane selon lui du bon sens. Un raisonnement relativement simpliste l'amène à conclure qu'il faudrait que "Les programmes scolaires reconnaissent les méfaits de la colonisation ainsi que les aspects positifs"(Canard Enchaîné, 28.12.05, Arno Klarsfeld ou le devoir de miroir) dans une sorte de dialectique livrant des connotations contradictoires mais ne les intégrant nullement, n'en livrant aucune synthèse. On pourrait y voir là une analyse objective dépourvue d'intention idéologique sous-jacente dans une approche phénoménologique si chère à certains historiens. Mais contrairement à ce que l'avocat veut bien laisser entendre cette vision de la colonisation ne va pas sans poser problème. Lorsque Me Arno Klarsfeld écrit que concernant la colonisation : "il faut en rappeler les méfaits, la torture, les massacres, les injustices, mais aussi les aspects positifs" (Libération 29.12.05, interview de Me Arno Klarsfeld), il énonce tout de go qu'un régime peut générer des crimes contre l'humanité confinant aux massacres de masse et qu'il peut être considéré comme ayant eu aussi des aspects positifs pour les populations qui ont été opprimées. Il se situerait dans une approche que l'on pourrait qualifier "d'objective" banissant tout jugement d'ordre moral dans l'énoncé des faits à la manière du corpus d'historiens qui réclame l'abrogation de la loi Gayssot, de la loi Taubira et de la loi du 23 février 2005 dans la perspective d'une plus grande indépendance de la recherche historique par rapport au politique. Or si la morale et l'idéologie doivent  interférer le moins possible, par principe méthodologique, dans le travail d'investigation historique il n'en va pas de même dans le domaine du législatif. Ce dernier s'adresse aux concitoyens français et indique ce qui est condamnable et ce qui ne l'est pas, ce qui est à valoriser pour la République et ce qui est à bannir. Se maintenir dans l'entre-deux relève d'une position d'équilibriste difficilement tenable. On ne peut reconnaître qu'il y a eu du temps des colonies des massacres de masse, une systématisation de la torture, la constitution d'un apartheid social et racial pour les autochtones, et de l'autre reconnaître les aspects positifs de cette entreprise coloniale sans que la première proposition vienne reléguer la seconde dans la pénombre et sans en tirer des conclusions explicites morales et législatives eu égard aux principes humanistes hérités des Lumières qui régissent notre république et notre conception de l'Humanité.

L
orsque Me Klarsfeld  justifie sa position qui n'a en fait rien d'anidéologique il se base sur l'acte courageux de Jacques Chirac qui contrairement à François Mitterrand "a reconnu les fautes de l'Etat français mais aussi rappelé l'attitude courageuse de la population française" lors de son discours au Vel d'Hiv en 1995. A notre connaissance, Jacques Chirac n'a jamais reconnu  les bienfaits du régime de Vichy. Si Me Klarsfeld voulait être un minimum cohérent dans son discours il devrait effectivement revaloriser l'action héroïque d'intellectuels (Sartre, Fanon, Césaire...), de militaires (le général de la Bollardière,...),  de résistants (Henri Alleg,...) qui ont refusé et dénoncé la torture, le code de l'indigénat, les répressions sanglantes, les massacres de masse en outre-mer. Alors, à l'instar de Jacques Chirac, il pourrait dire que la population française a été courageuse en refusant le processus colonial à ses débuts (puisqu'au début, il a fallu peupler de force  les colonies en y envoyant des bagnards, des repris de justice, des déshérités...). Lors de la guerre d'Algérie, fin des années cinquante, l'essentiel des français refusait l'entreprise coloniale et se prononçait en faveur des indépendances. En déclarant dans les colones de Libération : "Je ne suis pas d'accord pour abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005. La solution doit s'inspirer du discours lucide et courageux de Jacques Chirac au Vel d'Hiv en 1995 qui a reconnu les fautes de l'Etat français mais aussi rappelé l'attitude courageuse de la population française. Pour la colonisation, il faut en rappeler les méfaits, la torture, les massacres, les injustices, mais aussi les aspects positifs...", Arno Klarsfeld semble renforcer une compétition victimaire qui ne peut que renforcer les tensions et la guerre des mémoires. D'autres part le risque d'une telle position est la banalisation de crimes contre l'humanité en les mettant en parallèle avec les prétendus bienfaits du régime qui les a généré. Jamais le président de la République française n'a déclaré que "Pour Vichy, il fallait tenir compte des méfaits et des aspects positifs". Cela paraît difficilement tenable. La version "euphémisée" que prône Klarsfeld concernant la loi du 23 février introduit une jurispridence que l'extrême droite, la France moisie, des intégristes ne manqueront pas de récupérer dans d'autres secteurs avec toutes les dérives révisionnistes et négationnistes que peut générer ce genre de positionnement.

CANARD ENCHAINE 28.12.05
Arno Klarsfeld ou le devoir de miroir

 

LIBERATION 29.12.05
Colonisation: «il faut en rappeler les méfaits, la torture, les massacres, les injustices, mais aussi les aspects positifs»
Pour sortir de l'imbroglio de l'amendement "colonisation", Chirac a imaginé une mission parlementaire. Illico Sarkozy a donc imaginé une mission...sarkozyenne. Pour gamberger sur la loi, l'histoire et le devoir de mémoire, Chirac a choisi Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale. Illico Sarkozy a choisi l'avocat Arno Klarfeld, beaucoup plus rock and roll...
...Mais le jeune Klarsfeld, fils des traqueurs de nazis Karl et Beate, a sans doute beaucoup changé. son long service dans l'armée israélienne lui aura affiné les neurones et patiné la diplomatie...
...Dans une interview au "Monde" (25-26/12), Arno K. propose une autre rédaction possible de la loi catastrophique de février 2004. Du décoiffant : "Les programmes scolaires reconnaissent les méfaits de la colonisation ainsi que ses aspects positifs". C'est du costaud, non?
...Mais pourquoi, selon vous, Nicolas Sarkozy vous a-t-il choisi?
Il a dû lire une phrase de l'historien Henri Rousso, écrite dans «Libération» lors du procès Touvier, qui disait de moi que j'étais «l'avocat de la vérité».
C'est pourtant l'UMP qui est responsable de l'article prescrivant «l'enseignement positif de la colonisation» et qui a refusé de l'abroger comme le souhaitait le PS.Je ne suis pas d'accord pour abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005. La solution doit s'inspirer du discours lucide et courageux de Jacques Chirac au Vel'd'Hiv'en 1995 qui a reconnu les fautes de l'Etat français mais aussi rappelé l'attitude courageuse de la population française. Pour la colonisation, il faut en rappeler les méfaits, la torture, les massacres, les injustices, mais aussi les aspects positifs. Une solution par amendement peut vite se dégager.

A l'instar de l'UJFP, nous craignons qu'il s'agisse d'une véritable entreprise de réhabilitation de la colonisation. "Tout cela serait risible si n'entrait en jeu, chez certains, une volonté de réhabiliter la colonisation".

UJFP 28.12.05
Commissions « histoire et mémoire » : non à la concurrence des victimes !
...Ainsi, le gouvernement et le parti qui le soutient, après une loi qui refuse de reconnaître les désastres de la colonisation, vont essayer de jouer victimes contre victimes, victimes du génocide contre victimes de la colonisation, pour mieux défendre une loi qu'ils savent être source de désordre. Mais c'est peut-être ce désordre que cherchent des ministres qui espèrent ainsi s'appuyer sur une idéologie sécuritaire pour les prochaines élections présidentielles.