On se demande bien quel peuple pourrait se relever
du traumatisme généré par les massacres coloniaux au Congo qu'Adam Hoschild qualifie d'holocauste. Surtout lorsque
l'on sait que la remémoration, et encore plus la commémoration de cet
épisode tragique de leur histoire fut réprimé par le colonisateur puis
par le gouverneur néo-colonial (Mobutu) mandaté
par ce même colonisateur. C'est comme si le général De Gaulle (dont le
représentant congolais serait Lumumba
) avait été assassiné après avoir libéré la France et avait été
remplacé par l'ancienne puissance conquérante par un Maréchal Pétain bis
faisant régner la terreur et élu à vie sous l'influence de l'ancienne puissance
occupante.
L'aliénation culturelle a
contribué à falsifier l'histoire par l'entremise de gouverneurs à peau
blanche puis « à peau noire ». Ces peuples se sont vu
déposséder de leur historicité en ne pouvant donner leur lecture de
l'histoire. Gouverneurs « à peau noire » chargés entre autres
de réaliser la prédation des richesses de leur pays au profit de leurs
clans et des anciennes puissances coloniales mais aussi d'éradiquer
toute constitution par ses peuples d'une conscience historique contraire
aux intérêts des puissances dominantes. Une histoire sous contrôle donc.
Comme si on avait mis en demeure ces peuples de ne jamais demander
réparation pour les préjudices subis puisqu'ils en sont soit disant les
premiers responsables. Cette propagande révisionniste rejetant la seule
faute sur les africains a permis par une habile manoeuvre de renverser
l'image du bourreau en l'image d'un civilisateur altruiste ayant
contribué au bien être des populations africaines, à les faire sortir
malgré elles de leur obscurité, de leurs négrostructures.
La raison d'être de cette
propagande se retrouve surtout dans la volonté de domestiquer et
d'évacuer la culpabilité (base de la réparation) à l'égard des crimes commis et
de s'exonérer de la dette morale et économique.
Par ailleurs, il ne faut pas croire que ce qui se
produit actuellement dans la région des grands Lacs où l'on assiste au
suicide d'une population et d'une nation dans un déchaînement de violence inouïe soit
sans rapport avec le passé et l'histoire du Congo de Léopold. A moins
d'avoir une lecture sélective de l'histoire, il est difficile de faire une
analyse du présent digne d'objectivité en refusant de penser le contexte
historique qui l'a vu naître.
La posture
intellectuelle si communément
adoptée ces temps-ci, retrouvée au travers du livre « Négrologie »,
confine à la négation comme salut. Négation et révisionnisme
sont malheureusement les piliers de la falsification historique et d'une
pensée totalitaire, permettant de faire table rase du passé et de
reconstruire ensuite un passé purement imaginaire, un passé qui nous
convient avec là-bas, dans l'idéal, des élites décérébrées étrangères à
elles-mêmes, à leurs peuples et à leur propre histoire.
En exergue nous reprenons une
citation de Géraldine Faes et Stephen Smith
:
«
Les crimes du passé engagent les générations suivantes à coup sûr du
côté des victimes, qui en subissent les conséquences. Du côté des
bourreaux, même s'il n'existe pas de responsabilité collective au sens
pénal, et si les exactions coloniales n'excusent en rien les abus qui
seront commis après l'Indépendance, la continuité est également
évidente : des razzias esclavagistes aux frasques meurtrières de
Bokassa en passant par le régime colonial, l'histoire de la Centrafrique
est une généalogie du crime ».
(Bokassa
Ier un empereur français, p.59)
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