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 PRESSAFRIQUE 16.12.05
Rwandagate : le Canard revient sur les propos de MAM. Le ministère de la défense essayerait d'influencer la juge d'instruction. 

 Cette semaine dans l'article "Ces plaintes rwandaises qui font gémir les armées", le Canard (N°4442, 14.12.05) revient sur les déclarations de M.A.M au sujet des six rwandais qui ont porté plainte contre l'armée française pour "complicité de génocide" et qui ont maintenu leurs accusations au Rwanda devant la juge Brigitte Raynaud.

Pour notre ministre de la défense "Il est inadmissible que les militaires puissent être accusés de choses qui, la plupart du temps, sont complètement farfelues".

Et le Canard d'ironiser :
"La plupart du temps", peut-être. Mais le reste du temps suffit, semble-t-il, à semer la panique."

Selon le Canard, le procureur du tribunal aux armées, a tout tenté pour empêcher le juge d'instruction Brigitte Raynaud de recueillir ces témoignages. Le ministère de la défense aurait bloqué les investigations de la juge d'instruction. Le procédé aurait consisté à ne "pas lui délivrer de réquisitoire" de telle sorte que par la suite "la procédure risque d'être boîteuse". Selon le Canard "Cette astuce a été précédée de deux autres manoeuvres de retardement. Le ministère de la Défense avait fabriqué une fausse note, faussement attribuée aux services de renseignement et émanant en fait du bureau dit "des affaires réservées" (qui dépend directement du cabinet de la ministre et où se traitent les patates chaudes), attirant l'attention de la juge sur les prétendus dangers d'un voyage à Kigali."  "Ensuite lorsqu'elle a passsé outre, Brigitte Raynaud a été avisée , alors qu'elle était déja sur place, par le zélé procureur du tribunal aux armées qu'il existait un doute sur la validité des auditions auxquelles elle était en train de procéder. C'est ce qu'elle raconte dans "le procès-verbal de transport" qu'elle a rédigé le 2 décembre après sa mission au Rwanda".

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Commentaire de Pressafrique :
Voilà des révélations du Canard qui ne manquent pas d'intriguer au pays de la séparation des pouvoirs. Le ministère de la défense branche forte de l'exécutif essayerait-il d'influencer la juge d'instruction pour qu'elle renonce à son enquête ? De toute évidence cette enquête est surveillée de très près par l'état-major, et M.A.M ne semble pas déroger à ses déclarations quelque peu intempestives. Déclarer tout de go, alors que l'enquête est en cours, que les accusations des victimes rwandaises sont pour "la plupart farfelues" peut sembler à bien des égards très prématuré et pourrait mettre la ministre dans une situation difficile s'il s'avérait qu'il y avait bien eu des exactions de la part de l'armée française au Rwanda. On se remémorera le cafouillage de la com de la ministre de la défense lors du décès de plusieurs civils ivoiriens tués par l'armée française lors des manifestations antifrançaises à Abidjan autour de
l'hôtel Ivoire.  M.A.M avait successivement déclaré que la mort des manifestants ivoiriens autour de l'hôtel Ivoire était due à des échanges de tirs entre manifestants et gendarmes ivoiriens puis avait due reconnaître la légitime défense de l'armée française pour finir par mettre en exergue le concept de "légitime défense élargie" tout en refusant toute commission d'enquête parlementaire qui serait une "défiance à notre armée". Cette fois-ci l'histoire pourrait encore contredire un discours trop catégorique.

Et cela d'autant plus qu'il y a des précédents. En Côte d'Ivoire alors que la force Licorne est censée être une force d'interposition devant oeuvrer à la paix, on a noté quelques brebis galeuses qui se sont livrées à certaines exactions. Ainsi un militaire de la force Licorne a été condamné le 1er juin à trois ans d'emprisonnement par la cour d'assises militaire pour avoir atteint mortellement de plusieurs balles un jardinier ivoirien en décembre 2003. Pour sa défense le soldat avait plaidé l'homicide involontaire. Il a déclaré lors des assises : "j'ai pointé mon arme sur lui par jeu, pensant qu'elle ne présentait aucun danger et j'ai appuyé sur la détente. Là je me suis rendu compte qu'elle était armée". L'homicide involontaire a été retenu pas la cour d'assise militaire et l'accusé a été remis en liberté à la demande de ses avocats selon AFP (15.12.05 ; Remise en liberté d'un ancien soldat de "Licorne" meurtrier d'un Ivoirien). D'autres exactions ont été notées ainsi le prétendu coupeur de route, Firmin Mahé, lâchement assassiné par des militaires français. Les derniers rebondissements semblent montrer que cet ordre aurait été transmis directement par leur commandement. Selon les aveux même du colonel Burgaud : "Il a reconnu avoir transmis cet ordre après l'avoir reçu par téléphone de son supérieur, le général Poncet, alors commandant de l'opération Licorne. «J'ai compris la même chose que tout le monde, c'est-à-dire que l'idéal était que Mahé arrive mort à Man», a expliqué l'officier aux policiers de la brigade criminelle".  (
Affaire Firmin Mahé : l'ordre qui a abouti au meurtre. Le général Henri Poncet aurait ordonné implicitement la mort du jeune Ivoirien ; Libération 02.12.05).

On comprend bien que devant un tel déballement, la prudence devrait  s'imposer. L'histoire nous dira un jour ce qu'il en est. A supposer que la juge puisse instruire l'affaire sans encombre. A suivre...