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Cette semaine dans l'article "Ces plaintes
rwandaises qui font gémir les armées", le Canard (N°4442, 14.12.05)
revient sur les déclarations de M.A.M au sujet des six rwandais qui
ont porté plainte contre l'armée française pour "complicité de génocide"
et qui ont maintenu leurs accusations au Rwanda devant la juge
Brigitte Raynaud.
Pour
notre ministre de la défense "Il est inadmissible
que les militaires puissent être accusés de choses qui, la plupart du
temps, sont complètement farfelues".
Et le Canard d'ironiser : "La plupart du temps", peut-être.
Mais le reste du temps suffit, semble-t-il, à semer la panique."
Selon le Canard, le
procureur du tribunal aux armées, a tout tenté pour empêcher le juge
d'instruction Brigitte Raynaud de recueillir ces témoignages. Le
ministère de la défense aurait bloqué les investigations de la juge
d'instruction. Le procédé aurait consisté à ne "pas lui délivrer de
réquisitoire" de telle sorte que par la suite "la procédure
risque d'être boîteuse". Selon le Canard "Cette
astuce a été précédée de deux autres manoeuvres de retardement. Le
ministère de la Défense avait fabriqué une fausse note, faussement
attribuée aux services de renseignement et émanant en fait du bureau dit
"des affaires réservées" (qui dépend directement du cabinet de la ministre
et où se traitent les patates chaudes), attirant l'attention de la juge
sur les prétendus dangers d'un voyage à Kigali." "Ensuite lorsqu'elle a passsé outre, Brigitte Raynaud
a été avisée , alors qu'elle était déja sur place, par le zélé procureur
du tribunal aux armées qu'il existait un doute sur la validité des
auditions auxquelles elle était en train de procéder. C'est ce qu'elle
raconte dans "le procès-verbal de transport" qu'elle a rédigé le 2
décembre après sa mission au Rwanda".
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Commentaire de Pressafrique : Voilà
des révélations du Canard qui ne manquent pas d'intriguer au pays de la
séparation des pouvoirs. Le ministère de la défense branche forte de
l'exécutif essayerait-il d'influencer la juge d'instruction pour qu'elle
renonce à son enquête ? De toute évidence cette enquête est surveillée de
très près par l'état-major, et M.A.M ne semble pas déroger à ses
déclarations quelque peu intempestives. Déclarer tout de go, alors que
l'enquête est en cours, que les accusations des victimes rwandaises sont
pour "la plupart farfelues" peut sembler à
bien des égards très prématuré et pourrait mettre la ministre dans une
situation difficile s'il s'avérait qu'il y avait bien eu des
exactions de la part de l'armée française au Rwanda. On se remémorera le
cafouillage de la com de la ministre de la
défense lors du décès de plusieurs civils ivoiriens tués par l'armée
française lors des manifestations antifrançaises à Abidjan autour de
l'hôtel
Ivoire. M.A.M avait
successivement déclaré que la mort des manifestants ivoiriens
autour de l'hôtel Ivoire était due à des échanges de tirs entre
manifestants et gendarmes ivoiriens puis avait due reconnaître la légitime
défense de l'armée française pour finir par mettre en exergue le
concept de "légitime défense élargie"
tout en refusant toute commission d'enquête parlementaire qui serait une
"défiance à notre armée". Cette fois-ci
l'histoire pourrait encore contredire un discours trop catégorique.
Et cela d'autant plus
qu'il y a des précédents. En Côte d'Ivoire alors que la force Licorne est
censée être une force d'interposition devant oeuvrer à la paix,
on a noté quelques brebis galeuses qui se sont livrées à certaines
exactions. Ainsi un militaire de la force Licorne a été
condamné le 1er juin à trois ans d'emprisonnement par la cour
d'assises militaire pour avoir atteint mortellement de plusieurs
balles un jardinier ivoirien en décembre 2003. Pour sa défense le soldat
avait plaidé l'homicide involontaire. Il a déclaré lors des assises : "j'ai pointé mon arme sur lui par jeu, pensant qu'elle
ne présentait aucun danger et j'ai appuyé sur la détente. Là je me suis
rendu compte qu'elle était armée". L'homicide involontaire a été
retenu pas la cour d'assise militaire et l'accusé a été remis en liberté à
la demande de ses avocats selon AFP (15.12.05 ; Remise en liberté d'un
ancien soldat de "Licorne" meurtrier d'un Ivoirien). D'autres
exactions ont été notées ainsi le prétendu coupeur de route, Firmin
Mahé, lâchement assassiné par des militaires français. Les
derniers rebondissements semblent montrer que cet ordre aurait été
transmis directement par leur commandement. Selon les aveux même du
colonel Burgaud : "Il a reconnu avoir transmis cet ordre après l'avoir
reçu par téléphone de son supérieur, le général Poncet, alors commandant
de l'opération Licorne. «J'ai compris la même
chose que tout le monde, c'est-à-dire que l'idéal était que Mahé arrive
mort à Man», a expliqué l'officier aux policiers de la brigade
criminelle". (Affaire Firmin Mahé : l'ordre qui
a abouti au meurtre. Le général Henri Poncet aurait ordonné implicitement
la mort du jeune Ivoirien ; Libération
02.12.05).
On comprend
bien que devant un tel déballement, la prudence devrait s'imposer.
L'histoire nous dira un jour ce qu'il en est. A supposer que la juge
puisse instruire l'affaire sans encombre. A
suivre... |