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PRESSAFRIQUE
30.06.06 | |
Un épisode qui n'est pas sans rappeler la liberté totale de manoeuvre sans aucun contre-pouvoir des nombreux présidents de cette drôle de Vème République : François Mitterand au Rwanda, Chirac au Congo-Brazzaville, Giscard d'Estaing à Kolwezi, de Gaulle au Biafra, au Cameroun, sans compter les assassinats politiques, la constitution de véritables néocolonies et de la Françafrique, etc. Depuis l'avènement de la Vème par un "coup de force" soutenu par le lobby colonial et les réseaux transatlantiques, les citoyens français et leurs représentants à l'Assemblée nationale n'ont plus accès à la politique qui se fait en leur nom à l'étranger. Une étrange déconnexion qui infantilise les Français. En matière d'exécutif, le parlement est devenu une gigantesque caisse enregistreuse aveugle des décisions du chef des armées. Un régime taillé sur mesure par le militaire de Gaulle et qui a singulièrement dévoyé la démocratie. Car si la IVème République a mauvaise réputation ce n'est pas en tant que régime parlementaire mais parce qu'elle est associée dans de nombreux esprits au déclin de l'empire colonial français : la perte de l'Indochine puis la guerre d'Algérie. Dès les premiers troubles en Algérie, Pierre Mendès-France qui avait commencé à décoloniser l'empire en douceur (tirant les leçons de la chute de Dien Bien phu) fut éjecté et ne réapparaitra plus en politique après 1956. Avec "les évènements d'Algérie" alors que la IVème se décidait en mai 1958 à privilégier une solution négociée avec le FLN, le lobby colonial et les militaires vont multiplier les appels à l'insurrection et constituer des comités de salut public. À Paris, ce fut la hantise de la guerre civile. L'état d'urgence fut voté par l'Assemblée nationale tandis qu'une partie de l'armée en Algérie préparait secrètement - en liaison avec les gaullistes - un débarquement sur Paris : l'opération dite Résurrection. Massu en parla plus tard comme une « arme supplémentaire » offerte par les rebelles d'Alger au général de Gaulle, au cas où le retour au pouvoir par le processus parlementaire n'aurait pas été possible. Pressée par les militaires, les ultras d'Algérie, les réseaux transatlantiques (les fameux stay-behind anti-soviétique), la IVème République cèdera et acceptera de donner les pleins pouvoir au général qui s'empressera aussitôt de liquider le parlement et de constituer une constitution sur mesure. Un "coup d'Etat démocratique", un "coup de force" porté à la démocratie par le Général qui allait définitivement ravir le pouvoir exécutif et le sanctuariser. Dès lors les Français et leurs parlementaires n'auront que peu ou prou accès à la politique étrangère de leur pays notamment dans le pré-carré africain où tout se décide dans la plus grande opacité. L'arrivée au pouvoir du Général prolongera la terrible boucherie en Algérie pour en arriver, à ses risques et périls, quatre ans plus tard, aux mêmes solutions que celles préconisées par le régime qu'il avait renversé avec ses anciens soutiens. Encore de nos jours, en dépit d'une mission d'information parlementaire (sur le Rwanda) préconisant un contrôle accru du parlement sur l'exécutif, le président et son chef d'état-major décident seuls. "Aucune discussion en Conseil des ministres, aucun débat au Parlement. La majorité se tait, et l'opposition n'a rien à dire. Drôle de République." La Vème : la couleur, le goût et l'odeur de la démocratie. A lire aussi : PRESSAFRIQUE 04.05.06 Infrarouge et l'apologie des forces spéciales du COS |