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« Je viens d'un petit village de pêcheurs du Ghana. Les
membres de ma famille pêchaient pour vivre, mais la pêche est devenue
impossible depuis que de grands bateaux de pêcheurs européens sont venus
et ont vidés nos mers. La même chose est arrivée avec la volaille. Les
importations d'ailes de poulet congelées en provenance de l'UE ont détruit
le marché local. Les APE sont des accords de libre-échange et, en tant que
tels, ils vont appauvrir l'Afrique ». Tetteh Hormeku, Accra,
Ghana.
« L'UE fait preuve d'une hypocrisie incroyable en
appelant les autres pays à ouvrir leurs marchés et à traiter des obstacles
non tarifaires, alors qu'elle a les mêmes obstacles en place et qu'elle
continue de verser des sommes considérables sous forme de subventions
agricoles ayant des effets de distorsion des échanges ». Oxfam,
04.10.06.
Alors que les
USA et l'Union Européenne sont à l'origine de la suspension des
négociations commerciales de l'Organisation Mondiale du Commerce inscrites
dans le cadre du cycle de Doha visant à rendre le commerce plus juste,
l'UE fait pression sur les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
(ACP) pour qu'ils ouvrent leurs marchés aux produits européens dans le
cadre d'une politique de libre-échange. Ainsi l'UE essaye de contraindre
les pays ACP à se conformer strictement à son calendrier qui prévoit la
mise en ouvre dès le 1er janvier 2008 des
Accords de partenariat économique (APE). Oxfam déplore au travers d'un
rapport publié fin septembre que ces accords de libre échange en l'état
actuel des choses se révèlent désastreux pour le développement économique
et social de ces pays. L'UE semble décidée à faire passer ses intérêts
commerciaux avant les besoins en matière de développement des pays ACP
oubliant au passage qu'elle a réussi son intégration en établissant une
préférence communautaire et en protégeant son marché de la concurrence
économique extra-européenne par des taxes prohibitives. A l'heure du
libéralisme mondialisé, l'UE semble s'asseoir sur les préceptes et
l'idéologie de l'Accord de Cotonou qui doit arriver à son terme fin
décembre 2007. L'Accord de partenariat de Cotonou qui a remplacé en 2000
la dernière convention de Lomé avait comme objectif de promouvoir le
développement durable des pays ACP ainsi que leur intégration dans
l'économie mondiale. L'Union Européenne semble vouloir en finir au plus
vite avec la philosophie des accords de Cotonou pour passer directement à
la phase de rentabilité et de libéralisation préconisée par l'OMC. En
effet selon les règles de l'OMC, les deux continents doivent appliquer
l'accord prévu et libéraliser ; les pays ACP seront donc tenus de
donner un accès libre de droits de douane à « l'essentiel » des
exportations de l'UE dans un « délai raisonnable ». Le délai
ayant été fixé jusqu'au 31 décembre 2007.
Oxfam dénonce les
effets délétères des APE actuellement proposés par l'UE :
- Les agriculteurs et les
producteurs de nombreux pays parmi les plus pauvres du monde seront soumis
à la concurrence directe et inégale des producteurs européens, plus
efficaces qu'eux et hautement subventionnés ;
- L'intégration régionale
entre pays ACP sera sévèrement affectée ;
- Les gouvernements ACP vont perdre une part
substantielle de leurs revenus ainsi que bon nombre des instruments de
politiques publiques dont ils ont besoin pour promouvoir leur
développement économique et social.
Et l'Union Européenne en est pleinement consciente
puisque l'évaluation de la commission européenne de l'impact de ces ACP
sur le développement durable a été jugée négative : « si la libéralisation pourrait permettre [aux
consommateurs d'acheter des produits bon marché], elle pourrait également
accélérer l'effondrement du secteur industriel moderne (sic) en Afrique de
l'Ouest ». En clair, l'UE est parfaitement au courant que
l'application des APE en l'état actuel des choses entraînera une
maximalisation des gains pour les pays européens au détriment de
l'industrie des pays pauvres. Elle n'a pas aux dernières nouvelles
l'intention de renoncer à la poule aux oufs d'or africaine.
La libéralisation des
marchés des pays ACP entraînera un effondrement des recettes fiscales de
ces pays. Eliminer les droits de douane sur les produits européens réduira
considérablement les recettes douanières . Selon Oxfam, dans le cas
d'application des APE en l'état actuel, la Gambie et le Cap-Vert
pourraient perdre 20% de leurs recettes fiscales tandis que le Sénégal et
le Ghana en perdraient 10%. Le Congo-Brazzaville pourrait perdre
l'équivalent de son budget pour l'éducation qui était déjà assez maigre.
La perte de ces recettes fiscales pourrait diminuer drastiquement
l'ensemble des dépenses publiques en matière d'éducation, de santé et de
protection sociale. Cette libéralisation menace aussi les secteurs
économiques tels que ceux de l'agriculture, de l'industrie qui ne seront
pas en mesure de rivaliser avec les géants industriels européens. Il en
ira de même de l'intégration économique régionale encore insuffisamment
développée dans les pays ACP. Oxfam donne l'exemple criant de pays tel que
l'Afrique du sud qui ont déjà ratifié des APE avec l'UE qui mettent en
danger les pays voisins tels que le Bostwana, la Namibie, le Lesotho, le
Swaziland. Ces pays risquent très vite d'être submergés par l'arrivée d'un
flot de produits européens à bas prix sur leur marché en provenance de
l'Afrique du sud qu'ils ne pourront endiguer qu'en augmentant leurs droits
de douane avec leur voisin au risque de générer un éclatement des groupes
régionaux et de s'isoler. Ainsi si le Kenya choisit de ne pas libéraliser
la farine et maintient ses niveaux tarifaires sur ce produit mais que
l'Ethiopie supprime tous ses droits sur la farine, les commerçants
pourront contourner les restrictions établies par le Kenya en important
depuis l'Ethiopie des biens bon marché (et potentiellement
« bradés ») importés d'Europe (Oxfam).
« L'insistance de la commission européenne à déterminer
ce qui est le mieux pour les ACP et comment nous devrions configurer notre
espace économique paraît bien peu sincère. Il est difficile d'imaginer
comment la Commission (européenne) peut réconcilier son approche actuelle
des négociations avec les déclarations faites par différents représentants
de la Commission selon lesquelles il appartient aux régions ACP de
déterminer le rythme et les priorités de leur intégration
régionale » Dame Billie Miller, Ministre des Affaires étrangères
et du Commerce extérieur de la Barbade, 20 juin 2006.
L'UE ne cesse de faire
pression auprès des ACP pour qu'ils libéralisent les investissements et la
concurrence. De telle sorte qu'en cas d'application des APE, les pays ACP
ne devront plus protéger les investissements envers leurs entreprises
naissantes pour cause de libre concurrence. Une stratégie qui risque vite
de voir le secteur économique des pays ACP s'effondrer et devenir
complètement tributaire de l'Union Européenne. Cela d'autant
plus que l'aide au développement proposée aux pays du Sud par l'UE s'avère
être un véritable miroir aux alouettes. Ainsi les aides proposées par les
fonds européens de développement (FED) pour le plan quinquennal 2008-2013
n'intègre même pas les coûts d'ajustement globaux aux accords de
partenariat économique (APE). Non seulement les aides promises sont
rarement versées dans leur totalité et en temps - en général seulement 30%
de l'aide promise est versée à la fin c'un cycle quinquennal selon Oxfam -
mais contrairement à ce que la FED claironne celle-ci n'a pas intégré le
coût des ajustements globaux liés à la mise en place de ces accords
commerciaux libéraux. En fait la FED si elle a prévu pour le cycle
2008-2013, une augmentation de l'enveloppe budgétaire de l'aide au
développement qui passerait à 22.7 milliards, celle-ci ne servirait qu'à
financer les portefeuilles d'aides existantes et maintenir les
contributions de l'UE à hauteur de 0.38% du revenu intérieur brut de l'UE.
Oxfam estime à environ 9 milliards le coût global d'ajustement des APE
pour les pays ACP. Moralité ? En l'état actuel des choses, ce sont
les plus pauvres qui vont amortir sur leurs propres deniers le coût de la
mise en place de ces accords de libre-échange (càd, effondrement des
recettes fiscales liées à l'amenuisement des taxes douanières et autres.).
Et si l'UE décide d'allouer sur l'enveloppe budgétaire actuelle les
compensations financières aux pays qui ratifieraient ces APE, cela veut
dire que cette aide sera détournée de ses objectifs usuels. Ce qui l'un
dans l'autre conduit aux mêmes effets.
Les nouveaux plans du commerce extérieur de l'Union
européenne, présentés par Peter Mandelson, le commissaire européen au
commerce, constituent donc une menace des plus sérieuses pour le
développement des pays pauvres s'ils sont mis en place en l'état. Loin
d'aider le développement de ces pays, la nouvelle Europe est entrée dans
une logique mercantile et prédatrice à l'égard des plus faibles. Il s'agit
à l'instar des USA de s'ouvrir de force les marchés des pays du Sud.
« Le loup a retiré ses habits de
brebis » écrit Oxfam. Si ces pays ACP n'obtiennent pas de
moratoire et d'aménagement de ces accords, Oxfam déplore un risque
d'effondrement du développement économique, industriel et social des pays
du Sud avec une amplification de la pauvreté et des inégalités. A cela
s'ajoute des demandes de règles de propriété plus fortes et de mise en
application plus stricte qui menacent de restreindre l'accès des
populations des pays en développement à des médicaments vitaux, et qui
privent les agriculteurs du droit de s'approprier leurs semences.
Est-ce pour parer les effets dévastateurs de sa
politique néo-libérale à marche forcée que l'Europe a décidé de construire
et de renforcer drastiquement sa lutte contre l'immigration pendant
que les USA construisent des murs-frontières à coût de milliards de
dollars ? On peut en effet s'attendre à ce que l'exode des habitants
des pays du Sud s'intensifie sous les coups de boutoir d'une
politique économique prédatrice européenne s'alignant sur celle des
USA.
Sources : OXFAM 04.10.06 Oxfam
warns proposed new EU trade policy is 'development blind'
OXFAM 27.09.06 Partenaires inégaux : comment les accords de
partenariat économique (APE) UE-ACP pourraient nuire aux perspectives de
développement d'un grand nombre de pays parmi les plus pauvres (Rapport en
PDF)
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Lire chez Pressafrique : 04.10.06 L'Amérique du Nord et l'Europe en passe de
devenir les supermarchés Ikea de
l'armement ?
30.09.06 L'Union Européenne va-t-elle plumer l'Afrique ?
20.09.06 Paul
Wolfowitz chevalier de la lutte anticorruption ? Les pays riches refusent
la subordination de l'attribution des prêts aux pays pauvres en fonction
des pratiques de bonne gouvernance
19.09.06 La
logique mercantile de la Banque
mondiale
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