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Selon le Guardian , un groupe de vétéran de l'ancienne rébellion Mau Mau au
Kenya vient d'intenter un procès envers le gouvernement britannique.
Ils accusent l'armée britannique et les autorités coloniales de
l'époque de tortures et du meurtre de milliers de Kenyans
durant la guerre d'indépendance au début des années
cinquante. Les avocats de ces vétérans ont dit qu'ils allaient
demander des réparations auprès du gouvernement britannique pour violation
des droits de l'homme. Les plaignants tiennent la politique coloniale
britannique pour responsable de meurtres, de viols, de tortures.
Une des plaignantes relate comment à l'âge de 15 ans alors qu'elle
apportait de la nourriture à un groupe de Mau Mau, elle fut
arrêtée puis torturée et violée dans un camps colonial britannique au
Kenya. Les plaignants racontent qu'ils ont été mis en détention
pendant plusieurs années après l'indépendance par le gouvernement du Kenya
soutenu par la couronne britannique. Selon le Guardian, si l'affaire était
jugée devant une cour cela pourrait diviser le Kenya en mettant en lumière
le rôle joué par le gouvernement supplétif kenyan de l'époque et révéler
l'importance des exécutions par les Mau Mau des Kenyans accusés d'avoir
collaboré avec l'ennemi.
La répression coloniale britannique aurait fait
officiellement 11.000 morts parmi les Mau Mau.
Officieusement, d'après les données recueillies
par l'académicienne Caroline Elkins dans son livre intitulé "le
goulag britannique", il y aurait eu des dizaines de milliers de morts.
160.000 Kenyans plus ou moins affiliés à la résistance ont été enfermés
dans des camps de concentration et ont subi des traitements inhumains :
viols, tortures, meurtres. On évalue encore difficilement à
l'heure actuelle la proportion qui a pu en sortir vivante. Selon
le
Guardian , des récentes études montrent que le
bilan des massacres organisés par l'administration coloniale
britannique s'élèverait à 100.000 morts. Cette histoire a été occultée des
manuels d'histoire britannique permettant ainsi à d'éminents membres
du magistère intellectuel et poltique, à l'instar de leurs
homologues français, de considérer la colonisation comme un bienfait pour ces peuples sans
que cela ne heurte le moins du monde une opinion publique désinformée. Forclusion de
l'histoire et mépris salvateur face à ceux qui nous rappellent
le fardeau de la dette coloniale, as usual. En France, l'histoire des résistants
camerounais massacrés par les troupes du président Général De
Gaulle dans les années soixante a été toute aussi bien occultée.
Selon les sources
il y aurait eu entre 10.000 et 400.000 morts. Au Cameroun les pratiques de
répression coloniale étaient similaires voire encore plus féroce
: camps de concentration, massacres de masse, razzias, bombardement au
napalm des villages... Biensûr cette histoire a été occultée par
la plupart des médias serviles si prompts à prendre une posture négrophobe réactionnaire
pour éviter toute remise en cause sociétale
et brandir de manière tautipotente l'éternel rhétorique de la coloniale
salvatrice pour les indigènes. Au Kenya comme au Cameroun, même topo?
L'administration coloniale au Cameroun a délégué ses pouvoirs à
un gouvernement fantôche acquis à sa cause. Ce qui fut le cas du gouvernement
de collaboration installé en 1959 par les Anglais avant l'indépendance
de 1963. De telle sorte qu'un tel procès ne manquera pas de remuer
l'opinion publique localement. Pour faire un parallèle
aisément compréhensible à partir de notre bagage historique non
occulté, il faudrait se replonger dans la mécanique du
procès d'après-guerre des responsables du massacre
d'Oradour-sur-Glane. Celui-ci n'a pu,
contrairement à ce qui avait été envisagé à l'issu du procès, donner
lieu à des condamnations pénales sévères de la part des
autorités françaises envers les criminels qui ont commis le massacre. Tout
simplement parce que les Wafen SS avaient recruté dans leur commando
Das Reich de nombreux jeunes Français d'origine
alsacienne. Un sujet encore sensible et donc encore plus
explosif dans le contexte "ethnico"-régionale de l'immédiate
après-guerre. Devant les pressions alsaciennes et malgré les remontrances
limousines, les autorités de l'époque avaient exempté ces 'Malgré
nous' de l'application de la loi de responsabilité collective sur les
crimes contre l'humanité. Voilà ce qu'en disait à l'époque de
Gaulle : "Dans cette affaire, ce qui doit être avant
tout évité, c'est qu'après avoir perdu dans la tragédie d'Oradour tant de
ses enfants assassinés par l'ennemi, la France laisse de surcroît infliger
une amère blessure à l'unité nationale."
En
toute logique la porte-parole de la haute-cour britannique à Nairobi a
précisé que le gouvernement britannique contesterait la validité de
cette assignation en justice pour deux raisons : premièrement parce qu'une
grande partie des responsabilités incombent au gouvernement kenyan
d'après l'indépendance selon ses dires et deuxièmement parce qu'après 50 ans il
est difficile de faire un procès équitable. Pourtant selon l'avocat des
plaignants, la torture fut systématisée par l'administration coloniale et
de nombreux crimes furent perpétrés. Mais les avocats ont conscience que
l'affaire ne sera pas facile à mener devant les tribunaux puis à
gagner car le délai de cinquante ans complique considérablement le travail
de la justice. Enfin, "le gouvernement britannique sera
très affecté par la jurisprudence que pourrait créer ce jugement" en sa
défaveur. On voit très bien une multiplication des plaintes de la part d'anciens colonisés devant
les tribunaux des anciennes puissance coloniale, une véritable boîte de
pandore. M. Day, avocat des plaignants a déclaré qu'il était
"très important pour les victimes d'avoir une reconnaissance
historique du mal qu'elles ont subi de la part du gouvernement
britannique" et que cette injustice soit dénoncée.
Peut-être cela évitera aux révisionnistes et négationnistes d'un
certain magistère d'avoir pignon sur rue et de montrer aux yeux du
monde de quelle philosophie ils se chauffent.
Rappel sur la guerre d'indépendance au
Kenya : La rébellion
Mau Mau contre les
colons britanniques s'est déroulée durant les années cinquante, de 1952
à 1959. Elle fut menée par des tirailleurs kenyans qui ont servi
sous le drapeau britannique pour lutter contre le nazisme durant la
seconde guerre mondiale et qui sont revenus dans leur pays d'origine avec
un profond ressentiment à l'égard des lois coloniales (fondées sur la notion
de races supérieures et de races inférieures pour justifier la domination
coloniale et sur un apartheid pour l'administrer). La
résistance était pour partie organisée par le groupe des Kikuyu qui
ont énormément souffert du vol de leurs terres par les colons. La
répression coloniale violente serait survenue, selon
le Guardian ,
après que les Mau Mau aient tué des colons (y compris des femmes
et des enfants) à la fin de 1952 et au début de 1953. Le
gouvernement britannique considère que 11.000 kenyans ont été tués par ses
troupes coloniales contre 32 colons, 200 policiers et 2000 Kenyans
(accusés de collaboration) par les Mau Mau. Selon des recherches récentes le
nombre de Kenyans tués par les troupes coloniales s'élèverait à
100.000. Beaucoup sont morts dans les camps suite aux mauvais traitements,
à la torture ou à la famine.
Source : THE GUARDIAN
06.10.06 Mau Mau veterans to sue Britain over torture and
illegal killings in Kenya
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A Lire chez Pressafrique :
07.09.06 Ils se sont battus pour la
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