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 PRESSAFRIQUE 08.10.06
Des vétérans Mau Mau intentent un procès contre le Royaume-Uni pour meurtres et tortures

 Selon le Guardian , un groupe de vétéran de l'ancienne rébellion Mau Mau au Kenya vient d'intenter un procès envers le gouvernement britannique. Ils accusent l'armée britannique et les autorités coloniales de l'époque de tortures et du meurtre de milliers de Kenyans durant la guerre d'indépendance au début des années cinquante.  Les avocats de ces vétérans  ont dit qu'ils allaient demander des réparations auprès du gouvernement britannique pour violation des droits de l'homme. Les plaignants tiennent la politique coloniale britannique pour responsable de meurtres, de viols, de tortures. Une des plaignantes relate comment à l'âge de 15 ans alors qu'elle apportait de la nourriture à un groupe de Mau Mau, elle fut arrêtée puis torturée et violée dans un camps colonial britannique au Kenya. Les plaignants racontent qu'ils ont été mis en détention pendant plusieurs années après l'indépendance par le gouvernement du Kenya soutenu par la couronne britannique. Selon le Guardian, si l'affaire était jugée devant une cour cela pourrait diviser le Kenya en mettant en lumière le rôle joué par le gouvernement supplétif kenyan de l'époque et révéler l'importance des exécutions par les Mau Mau des Kenyans accusés d'avoir collaboré avec l'ennemi.  

La répression coloniale britannique aurait fait officiellement 11.000 morts parmi les Mau Mau. Officieusement, d'après les données recueillies par l'académicienne Caroline Elkins dans son livre intitulé "le goulag britannique", il y aurait eu des dizaines de milliers de morts. 160.000 Kenyans plus ou moins affiliés à la résistance ont été enfermés dans des camps de concentration et ont subi des traitements inhumains : viols, tortures, meurtres. On évalue encore difficilement à l'heure actuelle la proportion qui a pu en sortir vivante. Selon le Guardian , des récentes études montrent que le bilan des massacres organisés par l'administration coloniale britannique s'élèverait à 100.000 morts. Cette histoire a été occultée des manuels d'histoire britannique permettant ainsi à d'éminents membres du magistère intellectuel et poltique, à  l'instar de leurs homologues français, de considérer la colonisation comme un bienfait pour ces peuples sans que cela ne heurte le moins du monde une opinion publique désinformée. Forclusion de l'histoire et mépris salvateur face à ceux qui nous rappellent le fardeau de la dette coloniale, as usual. En France, l'histoire des résistants camerounais massacrés par les troupes du président Général De Gaulle dans les années soixante a été toute aussi bien occultée. Selon les sources il y aurait eu entre 10.000 et 400.000 morts. Au Cameroun les pratiques de répression coloniale étaient similaires voire encore plus féroce : camps de concentration, massacres de masse, razzias, bombardement au napalm des villages... Biensûr cette histoire a été occultée par la plupart des médias serviles si prompts à prendre une posture négrophobe réactionnaire pour éviter toute remise en cause sociétale et brandir de manière tautipotente l'éternel rhétorique de la coloniale salvatrice pour les indigènes. Au Kenya comme au Cameroun, même topo? L'administration coloniale au Cameroun a délégué ses pouvoirs à un gouvernement fantôche acquis à sa cause. Ce qui fut le cas du gouvernement de collaboration installé en 1959 par les Anglais avant l'indépendance de 1963. De telle sorte qu'un tel procès ne manquera pas de remuer l'opinion publique localement. Pour faire un parallèle aisément compréhensible à partir de notre bagage historique non occulté, il faudrait se replonger dans la mécanique du procès d'après-guerre des responsables du massacre d'Oradour-sur-Glane. Celui-ci n'a pu, contrairement à ce qui avait été envisagé à l'issu du procès, donner lieu à  des condamnations pénales sévères de la part des autorités françaises envers les criminels qui ont commis le massacre. Tout simplement parce que les Wafen SS avaient recruté dans leur commando Das Reich de nombreux jeunes Français d'origine alsacienne. Un sujet encore sensible et donc encore plus explosif dans le contexte "ethnico"-régionale de l'immédiate après-guerre. Devant les pressions alsaciennes et malgré les remontrances limousines, les autorités de l'époque avaient exempté ces 'Malgré nous' de l'application de la loi de responsabilité collective sur les crimes contre l'humanité.  Voilà ce qu'en disait à l'époque de Gaulle : "Dans cette affaire, ce qui doit être avant tout évité, c'est qu'après avoir perdu dans la tragédie d'Oradour tant de ses enfants assassinés par l'ennemi, la France laisse de surcroît infliger une amère blessure à l'unité nationale."

En toute logique la porte-parole de la haute-cour britannique à Nairobi a précisé que le gouvernement britannique contesterait la validité de cette assignation en justice pour deux raisons : premièrement parce qu'une grande partie des responsabilités incombent au gouvernement kenyan d'après l'indépendance selon ses dires et deuxièmement parce qu'après 50 ans il est difficile de faire un procès équitable. Pourtant selon l'avocat des plaignants, la torture fut systématisée par l'administration coloniale et de nombreux crimes furent perpétrés. Mais les avocats ont conscience que l'affaire ne sera pas facile à mener devant les tribunaux puis à gagner car le délai de cinquante ans complique considérablement le travail de la justice. Enfin, "le gouvernement britannique sera très affecté par la jurisprudence que pourrait créer ce jugement" en sa défaveur. On voit très bien une multiplication des plaintes de la part d'anciens colonisés devant les tribunaux des anciennes puissance coloniale, une véritable boîte de pandore. M. Day, avocat des plaignants a déclaré qu'il était "très important pour les victimes d'avoir une reconnaissance historique du mal qu'elles ont subi de la part du gouvernement britannique" et que cette injustice soit dénoncée. Peut-être cela évitera aux révisionnistes et négationnistes d'un certain magistère d'avoir pignon sur rue et de montrer aux yeux du monde de quelle philosophie ils se chauffent.

Rappel sur la guerre d'indépendance au Kenya :
La rébellion Mau Mau contre les colons britanniques s'est déroulée durant les années cinquante, de 1952 à 1959. Elle fut menée par des tirailleurs kenyans qui ont servi sous le drapeau britannique pour lutter contre le nazisme durant la seconde guerre mondiale et qui sont revenus dans leur pays d'origine avec un profond ressentiment à l'égard des lois coloniales (fondées sur la notion de races supérieures et de races inférieures pour justifier la domination coloniale et sur un apartheid pour l'administrer). La résistance était pour partie organisée par le groupe des Kikuyu qui ont énormément souffert du vol de leurs terres par les colons. La répression coloniale violente serait survenue, selon
le Guardian , après que les Mau Mau aient tué des colons (y compris des femmes et des enfants) à la fin de 1952 et au début de 1953. Le gouvernement britannique considère que 11.000 kenyans ont été tués par ses troupes coloniales contre 32 colons, 200 policiers et 2000 Kenyans (accusés de collaboration) par les Mau Mau. Selon des recherches récentes le nombre de Kenyans tués par les troupes coloniales s'élèverait à 100.000. Beaucoup sont morts dans les camps suite aux mauvais traitements, à la torture ou à la famine.

Source :
THE GUARDIAN 06.10.06
Mau Mau veterans to sue Britain over torture and illegal killings in Kenya

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