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PRESSAFRIQUE
29.09.06 | |
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Le film remarquable de Rachid Bouchareb est au coeur
d'une polémique qui mérite d'être décortiquée. Si l'on
veut bien résumer les différents reproches fait au film, ils portent pour partie
sur les liens étroits entre la production et le microcosme politique. Il faut
savoir que l'équipe du film a lancé peu avant la diffusion en salles du
film, « l'appel pour l'égalité des droits
». Le gouvernement s'est servi de cette occasion pour revaloriser à bon compte les
pensions des anciens combattants. Contrairement à ce que véhicule la
plupart des médias de l'Humanité au Figaro (hormis le Canard et quelques
autres), la parité n'a pas été restituée et la loi de cristallisation
opère toujours sur le pensions civiles et militaires de retraite et les
pensions de réversion qui sont beaucoup plus
importantes quantitativement que les pensions de retraite des anciens
combattants ou les pensions d'invalidité. Une manoeuvre politique habile
qui permettra sans doute à la France d'éviter une condamnation pour
discrimination par la cour européenne des droits de l'homme. (GISTI
26.09.06 Les arnaques des annonces de Jacques Chirac et H.
Mekachera ; GISTI 28.09.06 Revalorisation a minima
des prestations versées aux anciens combattants étrangers Encore un faux semblant). Le film a donc servi malgré lui à ouvrir un contre-feu pour
échapper aux fourches caudines de la cour européenne
de justice et pour éviter d'abolir la loi de "cristallisation" tout en permettant
de faire des économies substantielles sur le dos des
tirailleurs. Car les maigres 400 millions d'euros chichement promis par l'Etat
ne sont rien au regard du coût de la mise en
place dune totale équité de traitements entre tirailleurs
et anciens combattants français. Le gouvernement Jospin avait évalué ce
coût à 2 milliards d'euros. La discrimination de traitement entre anciens
combattants issus des colonies et Français va donc se
poursuivre. Quant aux critiques directement faites au film, elles concernent essentiellement la collusion étroite entre la production du film et l'univers politique. Selon l'Express, Rachid Bouchareb n'arrivait pas à rassembler les fonds et a du faire appel aux politiques. Pierre Méhaignerie (président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale), Nicolas Sarkozy, Philippe Seguin, Jacques Chirac, Jean-Paul Huchon sont intervenus auprès des conseils régionaux, de la Caisse des dépôts et consignations, de France Télévision... Tout le microcosme politique (essentiellement de droite) s'est mobilisé pour que les crédits soient débloqués afin que le film puisse être réalisé. Reste à savoir quelle fut l'indépendance du réalisateur quant au traitement du sujet. On sait que le pouvoir politique en France exerce plus moins un contrôle sur les financements accordés aux productions artistiques notamment cinématographiques. Si l'Etat met son veto à la réalisation d'une oeuvre de fiction jugée par trop subversive, le réalisateur aura de grandes difficultés pour trouver des fonds. Très peu de films grands publics ont été fait en France à ce jour sur les horreurs coloniales commises à Thiaroye, au Cameroun, à Sétif , ou durant la guerre d'Algérie ou d'Indochine. Alors que les films vantant l'idéologie coloniale et la grandeur de l'empire se ramassent à la pêle. On pourra citer les films nostalgiques sur l'Algérie coloniale d'Alexandre Arcadi et un tas d'autres (Pépé le moko de Julien Duvivier (1937), L'Homme du Niger, de Jacques de Baroncelli (1939), Coup de torchon, Bertrand Tarvernier, 1981, La légion saute sur Kolweizi de R. Coutard...). Edgar Morin écrivait : « Le cinéma est psychique. Ses salles sont de véritables laboratoires mentaux où se concrétise un psychisme collectif à partir d'un faisceau lumineux ». Sans aller jusque là il est évident que l'Etat qui veut contrôler la mémoire collective sera très attentif aux thèmes des fictions culturelles délivrées au grand public. Et la question qui se pose ouvertement est celle de savoir pourquoi Rachid Bouchareb a-t-il fait un film communautariste alors qu'il est plutôt usuellement ouvert sur la question. En effet, parmi les premiers rôles ne figurent aucun Noir. Pourtant les tirailleurs étaient à 50% d'Afrique subsaharienne et 50% d'Afrique du Nord. Faut-il y voir là une nouvelle forme de blanchiment des FFL et des tirailleurs issus de la coloniale ? On est en droit de se poser la question. Y a-t-il eu pression politique sur Bouchareb quant au choix du casting ? Ce n'est pourtant pas l'habitude du réalisateur de Little Senegal, ou du court-métrage d'animation L'ami Y a bon sur le massacre de Thiaroye au Sénégal en décembre 1944 où la gratitude coloniale (cest à dire le mépris raciste et criminel de l'Empire) s'est exprimée dans toute sa force. A une question posée par un journaliste de Libération afin de savoir s'il a voulu faire un film communautaire, il répond : "Initialement, j'avais d'ailleurs prévu un soldat noir dans le scénario, mais on débordait les quatre heures. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas Indigènes comme un film communautaire pour la communauté maghrébine. Ni moi, ni les comédiens ! C'est un acte général d'affirmation de notre identité française, pour tous les fils de l'immigration !". Une argumentation spécieuse. Il reste à savoir si le réalisateur a volontairement communautarisé la représentation d'une histoire qui concerne la plupart des Africains originaires des anciennes colonies françaises où si cela faisait parti de son cahier des charges politiques. On attend de voir ces prochains films pour se prononcer sur cette volonté de ne pas faire figurer à l'écran dans des premiers rôles des tirailleurs sénégalais originaire d'Afrique subsaharienne. Rachid Bouchareb aurait l'intention de faire de nouveaux films sur le sujet. « Je raconterais l'histoire des indigènes de 1945 à 1962, soit du massacre de Sétif à la guerre d'Algérie, en passant par celle d'Indochine. » A noter, il n'a pas parlé pour le moment du massacre de Thiaroye alors qu'il connaît parfaitement le sujet. Indigènes n'est qu'un début, toute l'équipe va continuer le combat et l'on espère que cela ne sera pas un combat communautaire instrumentalisé par des politiques comme au temps des Colonies ! En exergue nous publions un extrait d'une critique publiée sur le web qui vaut le détour :
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