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PRESSAFRIQUE 20.09.06
Paul Wolfowitz chevalier de la lutte anticorruption ? Les pays riches refusent la subordination de l'attribution des prêts aux pays pauvres en fonction des pratiques de bonne gouvernance.

Paul Wolfowitz est-il en train de mener une croisade contre la corruption dans le monde à la tête de la Banque mondiale (BM) ? C'est bien la question que l'on est en droit de se poser tant il vient de mettre au premier plan de l'action de la BM une "stratégie en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption". En clair les prêts aux pays pauvres ou émergents devraient être subordonnés à des gages de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Le document préparé par Wolfowitz s'il a été adopté a suscité un tel tollé auprès des pays endettés et des pays prêteurs qu'il a du être encadré par de sévères garde-fous le rendant obsolète. Motif ?


1/ Ni la France, ni l'Angleterre n'ont accepté que l'aide puisse être réduite en cas de mauvaise gouvernance pas plus que les pays intéressés où bien souvent sévissent des dictateurs soutenus par les anciennes puissances coloniales.  

D'après le Figaro (19.09.06 Le président de la Banque mondiale impose sa charte anticorruption ), "Dans le texte (de Wolfowitz, ndlr) on lit ceci : « Les ministres sont-ils d'accord pour que la Banque reste engagée et que dans des circonstances exceptionnelles le financement (NDLR : l'aide) puisse être réduite soit suspendue pour des raisons de gouvernance ? » C'est cette sorte de conditions, conduisant à soumettre les crédits à des exigences d'honnêteté des bénéficiaires, qui posaient problème. La secrétaire au développement britannique, Hilary Benn, a même menacé de suspendre une aide exceptionnelle de 90 millions de dollars, si ce principe n'était pas modifié".

Même son de cloche pour la France. Ainsi la ministre française déléguée à la coopération aurait entonné la même chanson d'après Les Echos (19.09.06
Banque mondiale : la stratégie anticorruption de Wolfowitz recadrée) : « la suppression d'un financement de la banque sur l'unique base de la corruption d'un Etat aurait été désastreuse pour la population du pays. Le comité de développement a donc rappelé que la lutte contre la corruption n'est qu'un des aspects de la politique de la banque. On ne peut pas résumer son action à la seule mise en oeuvre de la bonne gouvernance des Etats et à la lutte contre la corruption. Sa mission principale est d'abord de réduire la pauvreté.» Une rhétorique qui porte en son sein un discours pour le moins contradictoire. En effet, on ne voit pas comment il y aurait une lutte contre la pauvreté si les mécanismes de bonne gouvernance et de lutte anticorruption ne sont pas mis en place sachant qu'une partie des prêts vont directement dans la poche des dictateurs et de leurs clans soutenus par Paris (Biya, Déby, Sassou, Bongo, Eyadéma,...) ou par ailleurs. La phrase aurait été plus adéquate si il avait été question "d'abord de réduire la pauvreté"...des dictateurs. Sans garantie de bonne gouvernance et de transparence on ne voit pas trop comment cet argent pourrait arriver jusqu'aux populations.

2/ Cet ancien trotskyste de Wolfo devenu néoconservateur ascendance impérialiste aurait il été subitement touché par la grâce ? Quel mouche a donc bien pu piquer Wolfo pour que celui-ci aille jusqu'à considérer qu'il fallait faire participer les ONGs à la décision des gouvernements des pays riches lorsqu'ils accordent des prêts aux pays pauvres. Ce qui visiblement n'est pas forcément du goût de tout le monde : "En outre la tentation de Paul Wolfowitz de déborder les gouvernements en associant les organisations non gouvernementales (ONG) à sa croisade a été remise en cause. Pas de « droit d'ingérence »". En effet, on voit difficilement le gouvernement français consulter Transparency International, le CADTM, la FIDH, Survie, ACAT, Agir Ici,...avant de décider d'accorder des millions d'euros de prêt à un kleptocrate patenté comme Sassou III, Déby III, Bongo XV, Eyadéma fils,... Ce serait sans doute le début de la fin de la Françafrique...A moins qu'il s'agisse pour Wolfowitz et le gouvernement US derrière un discours vertueux anticorruption de mieux contrôler les gouvernements débiteurs et de leur imposer des orientations politiques bien précises. C'est à dire d'imposer des modifications politiques, économiques et stratégiques par l'intermédiaire de l'aide au développement plus favorable aux intérêts USA (Millenium Challenge ).    

3/ la raison la plus probable pour laquelle les pays riches ont mal accepté la surbordination des prêts à des règles de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption prônées par Wolfowitz tient probablement plus à l'apparition de "free riders" qui cassent les prix tels que la Chine et l'Inde. Ces deux pays accordent des prêts à des taux défiant toute concurence. Si l'on peut à juste titre craindre le surendettement des pays pauvres avec ces nouveaux prêteurs non occidentaux il n'empêche qu'ils peuvent parfois constituer une alternative pour certains pays qui recherchent des fonds tout en allégeant leur dépendance à l'égard des anciennes puissances coloniales. Et d'ailleurs le directeur de la BM ne s'est pas privé pas de reconnaître le caractère parfois bénéfiques de certains prêts accordé par la Chine ou l'Inde : 
« Si de tels prêts sont destinés à améliorer la compétitivité des pays emprunteurs, ils ne sont pas forcément tous mauvais », a toutefois estimé Paul Wolfowitz."  Les Echos (19.09.06
Banque mondiale : la stratégie anticorruption de Wolfowitz recadrée)

Or s'il faut lutter contre le surendettement des pays africains, ce combat ne peut se faire sans qu'il y ait un minimum de garanties effectives de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption ratifiées par la communauté internationale. Pour l'instant on ne semble pas en prendre la voie. Surtout si on veut bien se donner la peine de connaître le montant des prêts accordés par la BM qui fond comme neige au soleil entre les mains des kleptocrates dans la plus grande opacité. 

En conséquence de quoi, les soupçons ou les faits avérés de corruption dans un pays bénéficiant de l'aide de la Banque mondiale ne seront pas un motif de suspension des programmes d'aide de l'institution multilatérale. En clair on reproche à la Chinafrique et aux autres "free riders" de ne pas respecter les principes de bonne gouvernance mais les pays occidentaux si vertueux viennent de refuser que la violation de ces principes soit une cause de réduction ou de suspension d'un prêt de la part de la BM. Ce que les pays du nord ne supportent pas en fait c'est que les "free riders" de l'Est viennent profiter de l'annulation de la dette des pays pauvres très endettés pour récupérer le droit de créance que les pays riches ont chichement abandonné, du moins en partie.

Toujours est-il que le projet de Wolfowitz aura eu le mérite de montrer le double discours des pays riches qui semblent faire de la défense des pratiques de bonne gouvernance une condition annexe non indispensable au bon déroulement des affaires. Le pognon d'abord, l'éthique ensuite ? Car qui dit financement (aide) apporté aux pays africains dit retour sur investissement garanti soit sur les intérêts soit directement en nature (attribution de marchés, obtention des richesses minières, contrôle des gouvernements,...). L'Afrique (et plus particulièrement certains pays très convoités pour leur richesse minière) est un gros gateau, un bel arbre plein de bons fruits bien juteux où comme disait l'autre françafricain "il n'y a que là que l'on trouve de la fraîche qui circule en grande quantité". Seulement elle est mal répartie et est d'abord destinée aux prêteurs (sur gages) qui laissent parfois quelques miettes à leurs vassaux locaux chargés d'assurer la dérégulation, le chaos et l'absence d'état de droit pour continuer le trafic. On va quand même pas leur imposer de mettre en place les conditions favorables au tarissement de la manne ? 
 

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