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 PRESSAFRIQUE 18.09.06
La résistible ascension de Nicolas Le Pen et de Jean-Marie Sarkozy

 A force de vouloir récupérer les voix frontistes en reprenant le discours ouvertement populiste et réactionnaire du Front national, le futur présidentiable de l'UMP a créé une dynamique de vase communicant entre la droite traditionnelle et l'extrême droite. Les portes sont donc ouvertes et le flux électoral peut aller dans un sens comme dans l'autre. Un jeu dangereux car on ne distingue plus clairement la frontière entre la politique réactionnaire de la droite dure et celle de l'extrême droite. Tout devient de l'ordre du possible. Et une crise au sein du gouvernement, un faux pas du locataire de la place Beauvau pourrait voir une dynamique qui lui était favorable se retourner contre lui pour atterir chez le Front national. Sa marge de manoeuvre est donc très étroite même s'il dispose d'une cour médiatico-industrielle impressionnante.

Nous avions déja signalé que Sarkozy pouvait par son discours devenir malgré lui
le cheval de troie ou le bout en train de l'extrême droite à force de légitimer son programme et de l'avoir introduit dans l'arène républicaine. Des ordres donnés au préfet pour leur imposer de faire du chiffre pour reconduire les sans papiers à la frontière jusqu'aux rafles pour chasser les sans papiers jusque dans les écoles maternelles, de la stigmatisation de la communauté musulmane et africaine, du programme envisagé de fichage ethnique, de la suppression de la police de proximité pour en venir au tout répressif jusqu'au durcissement de l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, une grande partie du programme politique frontiste a été avalisé par Nicolas Sarkozy. Certains élus communistes vont jusqu'à considérer que le programme du tout répressif Sarko a pour " but de casser la solidarité républicaine et de criminaliser la misère".  Pour autant il ne semble pas que l'opinion publique en soit choquée outre-mesure puisque jusqu'à maintenant le chouchou du libéralisme caracolait en tête dans les sondages. Et l'on a toujours pas pu observer les bienfaits da sa politique de lutte contre la délinquance puisque les statistiques ne sont guère favorables à l'actuel ministre de l'intérieur avec une augmentation des actes de violence gratuite.  Dans ce contexte de normalisation du programme frontiste, la multiplication des faux pas pourrait être fatale à sarkozy et par là même envoyer Le Pen au second tour car à n'en pas douter la bombe Le Pen comme se plait à l'appeler L'Express constitue un candidat sérieux pour le second tour. Les sondages actuels peu répercutés par les médias donnent au présidentiable du Front national entre 15 à 25
% des intentions de vote soit jusqu'à plus de 10% de son score dans les sondages à la même période de l'année en 2002. Le risque est grand de voir le flux électoral drainé par Sarkozy retourner à la source idéologique et politique dont l'actuel ministre de l'intérieur s'est pour partie inspiré. 

Quant à la boulimie médiatique de Sarko, il semble bien qu'elle l'ait amené à faire ses premiers faux pas aux USA. En allant saluer ostensiblement Georges Bush et les faucons américains lors de la commémoration du 11 septembre et en ayant remis en cause la politique étrangère française, le locataire de la place Beauvau s'est attiré les foudres de l'opposition et celles de certains membres de son parti et du gouvernement. Selon Les Echos (14.09.06. Les relations s'enveniment entre Villepin et Sarkozy), le ministre de l'intérieur français aurait épinglé lors de sa visite aux states mardi dernier : "la grandiloquence stérile" de la France pendant la guerre d'Irak, jugeant "non convenable de mettre ses alliés dans l'embarras". Les petites phrases ont fusé à gauche comme à droite. D'abord à l'extrême gauche où Marie-Georges Buffet le dénomme "le Bush français", au centre gauche où il fut qualifié par Laurent Fabius de "zélateur de Bush", de "pro-américain", de "futur caniche des USA" tandis qu'Henri Emmanuelli comparait l'attitude de Sarkozy lorsqu'il va aux USA à celle d'un caniche "qui retourne à la niche". Ensuite à droite au sein même de son propre camp où certains membres du gouvernement n'ont pas hésité à critiquer Sarkozy qui "parle de l'Iran comme on parle des racailles". Celui qui semble manier allègrement la dialectique de l'antifrance pour en viser certaines communautés dans la droite ligne du borgne et de l'agité du bocage pourrait voir cette rhétorique se retourner contre lui. Il est vrai que l'on a rarement vu, sous la Vème République, un ministre d'Etat se permettre de critiquer la politique étrangère de son propre gouvernement et de son pays à l'étranger. Cela fait désordre et n'a pas manqué d'inquitéter tout le microcosme politique si chèrement attaché à l'apparente indépendance gaulliste de la politique étrangère française vis à vis des USA. Il n'est un secret pour personne que le brave Nicolas était favorable à l'intervention des troupes françaises en Irak tout comme son actuel conseiller de la défense, Pierre Lelouche, très proche des faucons américains. L'élection 2007 a donc des enjeux qui dépassent le simple cadre national et leur portée sur l'échiquier de la géopolitique internationale se fait déja ressentir. Jamais la question de la politique étrangère n'avait autant été au coeur des débats de la campagne électorale. L'arrivée du locataire de la place Beauvau à l'Elysée entraînerait à coup sûr l'allégeance totale de la France à la politique états-unienne et donc une modification considérable de la dynamique européenne. Déja certains envisagent un front Angleterre-France-Allemagne-Pologne renforçant les forces de l'OTAN et en phase avec la politique impérialiste américaine au proche-orient. La France jusqu'à ce jour était le dernier verrou. Si celui-ci venait à céder il est fort à parier que l'Europe toute entière se rallierait sans réserves par un effet de domino à la politique néolibérale et prédatrice bushienne. Elle donnerait ainsi une homogénéité à l'axe du bien et insufflerait de l'air frais au ballon Bush qui est en train de se dégonfler à l'avant-veille des élections US.  

Mais en montrant aussi ouvertement son allégeance au pouvoir Bush, le brave Nicolas joue avec le feu et risque de perdre de sa crédibilité aux yeux des gaullistes, dont il se réclame, attachés à l'indépendance de la France et à son rang dans le monde dont on ne dira pas soit dit en passant qu'il s'est fait sur le dos des Africains à coup de massacres et de pillage à bon compte (cf. La Françafrique). Toujours est-il que cet engagement ferme envers Bush risque de se répercuter sur les sondages en dépit de tous les efforts que font les médias liés aux milieux d'affaires dans la mouvance libérale pour assurer sa promotion aux yeux des Français. Les militaires quant à eux font la fine bouche depuis que le ministre de l'intérieur du temps où il était à l'Economie leur avait imposé des restrictions budgétaires. Depuis, la rebelle MAM a promis de sanctuariser le budget alloué aux militaires. En somme le lièvre qui gesticule dans tous les sens et rayonne sur presque tous les bons médias grands publiques hexagonaux risque de laisser sa place sur la ligne d'arrivée du premier tour à la tortue Le Pen.

Il apparaît malheureusement peu probable que le candidat "pro-américain" soit élu dans un contexte de campagne électorale démocratique classique et paisible. Le contexte géopolitique international notamment au proche-orient, les présumés menaces d'attentat, les communautarismes risquent de s'inviter au débat de manière brutale. Il est fort à craindre que l'instrumentalisation de la peur et du terrorisme ou de sa menace s'amplifie pour justifier de mesures répressives et d'atteinte aux libertés individuelles et collectives voire à un accroissement du contrôle de nos bons médias du style Patriot act à la française. Il faut se rappeler que les violences urbaines ont bénéficié au locataire de la place Beauvau qui a gagné 10 points dans les sondages alors qu'il avait été en partie à l'origine du démarrage de la crise par ses propos injurieux adressés à certains jeunes des banlieues difficiles stigmatisés sous les sobriquets de "racailles" qu'il faut "nettoyer au karcher" quand il ne s'agissait pas tout simplement "d'éradiquer" comme dirait son mentor spirituel frontiste. Rappelons nous que juste avant le déclenchement des violences, le ministre de l'intérieur et le premier ministre avaient eu l'outrecuidance de déclarer que les jeunes qui étaient poursuivis et qui avaient trouvé la mort dans le transformateur d'EDF étaient des "cambrioleurs". Ce qui s'appelle mettre le feu aux poudres. On ose espérer qu'il n'y aura pas d'instrumentalisation de la peur et du terrorisme à la Georges W. Bush ou à la Tony Blair en France. Car loin d'être fédératrice cette politique peut aussi mener au divisionnisme ethnique et se retourner contre leurs instigateurs. Il suffit de prendre l'exemple d'un Zapatero instrumentalisant les attentats du 11.03.04 ayant eu lieu en Espagne en espérant faire porter la culotte à l'ETA ou d'un Tony Blair qualifié de "caniche de Bush" pour se convaincre du caractère hautement délétère de ce genre de pratique manipulatoire. Le seul à être resté indéboulonnable avec une telle politique est Georges W. Bush, les autres ont du ou vont plier bagage (Berlusconi, Zapatero, Blair...). L'opinion publique ne leur a pas pardonné leur suivisme en Irak, ni leur tendance à l'intoxication médiatique, ni l'instrumentalisation du terrorisme ou de sa menace pour masquer la vacuité du programme social sacrifié sur l'autel du néolibéralisme.

Quant à la bombe Le Pen elle n'a pas été déminée par Sarko et l'on ne peut pas escompter sur sa disqualification du débat faute de parrainages car cela sonnerait le glas de la démocratie française.

L'année 2007 est l'année de tous les dangers et de toutes les manipulations. On espère se tromper !   


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