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PRESSAFRIQUE
15.09.06 |
| A n'en pas douter Pékin a commencé à avancer
ses pions pour accéder aux matières premières des pays
africains, ces ressources dont la Chine a besoin pour soutenir
sa croissance faramineuse. Derrière des prêts à taux très faibles, il
s'agit ni plus ni moins que de garantir les exportations chinoises, de
sécuriser l' approvisionnement en matières premières et
de s'assurer à long terme de taux d'intérêts rentables et
d'un contrôle néocolonial sur les gouvernements débiteurs.
Concurrence oblige, la Chine casse les prix. La Chine ne fait pas
qu'endetter les pays africains en les appâtant avec des prêts mirobolants,
elle vend des armes aux pires dictatures et s'abstient de tout respect
des principes de bonne gouvernance préconisée par les instances
internationales. Ainsi elle a vendu des tonnes de machettes à
l'avant-veille du génocide rwandais en 1994 sans se poser la moindre
question et continue d'alimenter en
armes
le régime criminel de
Khartoum qui sévit au Darfour. D'un autre côté elle dispose de liquidités
énormes qui font palir la Françafrique et peut fournir des prêts alléchants
à taux zéro ou à faibles dus. Un prêt de deux milliards
de dollars, au taux annuel de 1,5% sur dix-sept ans a été accordé à
l'Angola en échange des droits d'exploration et d'exploitation de plusieurs
champs pétroliers à la compagnie pétrolière Sinopec. Un autre prêt d'un
milliard d'euros a été aussi accordé au Nigéria dans des conditions
similaires. Le poids de la dette risque par la suite de se monayer
cher comme le laisse présupposé les déclarations de
certains dirigeants chinois qui sont prêts à annuler les prêts en
échange de relation diplomatique privilégiée : "Au cours des deux
prochaines années, nous allons effacer ou oublier d'une autre manière tous
les remboursements des prêts à taux zéro ou faibles dus, fin
2004, par les PPTE ayant des relations diplomatiques avec nous" a
déclaré le président Hu Jintao en septembre 2005 à l'ONU (cité par les
Echos 14.09.06 Pays pauvres : le grand retour de la dette). En
somme un allègement de la dette contre une allégeance politique,
économique et diplomatique. En d'autres termes les mêmes procédés
utilisés par la Banque mondiale et le FMI. Pour les pays d'Afrique, cet afflux d'argent est à la fois une aubaine et un piège. Une aubaine parce qu'ils peuvent obtenir de meilleurs taux d'intérêts en faisant jouer la concurence internationale, un piège car ils risquent de se surendetter alors que bon nombre de pays commence à émerger. C'est le cas du Nigeria et de l'Algérie qui ont remboursé une grande partie de leur dette mais aussi des pays pauvres très endettés (PPTE) qui ont vu leur dette partiellement annulée. D'autres part la Chine jusqu'à présent (même si la situation semble se modifier) ne respecte pas les principes de bonne gouvernance. Elle risque ainsi de conforter et de porter à bout de bras comme la Françafrique ou l'Américafrique les pires kleptocrates. Car tout cet argent siphoné malgré la croissance économique aux alentours de 5% en Afrique profite pour grande part aux kleptocrates et à leur clan tandis que les populations meurent de faim ou/et de guerre. L'Afrique a toujours été le laboratoire du capitalisme sauvage, du néolibéralisme déréglementé dont les racines remontent au colonialisme. Au Congo-Brazzaville après la guerre de Sassou soutenue par Elf et l'Elysée, plus de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté et l'état thésaurise en toute opacité dans des paradis fiscaux les bénéfices tirés de l'exploitation du pétrole chichement accordés par Total. Il y a un conflit d'intérêt flagrant : le chef de la compagnie pétrolière nationale vend le pétrole à des compagnies privées qui sont contrôlées par lui-même (RFI 24.01.06). Le Trésor public congolais se retrouve ainsi exangue. Alors que les instances financières internationales se sont élevées contre cette mauvaise gouvernance, la Chine a accordé un prêt de 32 millions d'euros au Congo en juin 2006. On voit bien que cette course au gateau africain risque d'accroître la pauvreté dans le continent tandis que les kleptocrates s'enrichiront de plus en plus et la faction de la population riche sera de moins en moins nombreuse. Une klepto-oligarchie obligée de préserver son trésor par le renforcement du totalitarisme et de la terreur. La dette amène la dépendance qui à son tour amène l'asservissement néocolonial au prêteur. Des dirigeants qui se soucient plus des intérêts de leurs créanciers que du bien être de leurs populations. Le FMI, la BM et le G8 l'ont bien compris en refusant d'annuler complètement la dette des pays africains (pourtant payées à maintes reprises en taux d'intérêts). Tout simplement parce qu'ils ont intérêt à maintenir ces pays sous la dépendance pour en exploiter les matières premières et en pénétrer les marchés. Ces instances ont parfois subordonné l'annulation d'une part de la dette à la libéralisation des biens publiques africains (eau, électricité,...). Où de véritables multinationales européennes et américaines s'implantent, créent des monopoles et font payer l'eau, le téléphone, etc., au prix fort. Alors on comprend l'immense avantage des pays africains à faire jouer la concurrence pour s'autonomiser de ces financiers prédateurs mais cela ne pourra se faire qu'au prix d'une politique de bonne gouvernance, d'une économie solide et de principes démocratiques permettant de garantir l'intégrité des biens publiques. L'Afrique est un gros gateau pour les banques. Pour rappel les banques tirent un maximum de profits de leurs clients endettés à qui elles peuvent faire payer des taux d'intérêts et des agios exorbitants. Les pays pauvres africains sont donc de très bons clients des banques et la dette est un marché. Alors que le poids de la dette semble partiellement s'alléger, les prédateurs rodent autour de cette croissance africaine. Il y a les "fonds vautours" qui rachètent à vil prix des titres de dette et tentent de se les faire rembourser à 100% à l'issu de bataille juridique sans pitié, les "free riders" qui sont des nouveaux créanciers comme la Chine et l'Inde qui font "cavaliers seuls au mépris des conventions et des principes de coordination et d'équité jusqu'ici communément admis entre gouvernements, et tirent indirectement profit d'allégement des dettes financés...par les contribuables"(Les Echos 14.09.06) et enfin les IFI qui subordonnent leurs aides à la privatisation des biens publiques des pays pauvres pour permettre à leurs multinationales de s'accaparer les richesses et les marchés africains. Contrairement à ce que disent les faiseurs d'opinion, l'Afrique rapporte gros. Pour mémoire l'ONG britanique Christian Aid rappelait que la Grande-Bretagne avait reçu plus d'argent de l'Afrique subsaharienne qu'elle ne lui en avait accordé en aides au cours de l'année écoulée, en dépit de ses promesses de lutter contre la pauvreté. Au cours des douze mois qui ont suivi le sommet du G8 de Gleneagles en 2005, présidé par la Grande-Bretagne, l'économie britannique a gagné 11 milliards de livres (15,9 milliards d'euros) en Afrique (L'Humanité 06.07.06, Quand l'Afrique aide la Grande-Bretagne). Et si une ONG française voulait bien se donner la peine de chiffrer les bénéfices faramineux des multinationales françaises en Françafrique ( Total, Bouygues, Bolloré, Vivendi, Areva ...), on réaliserait mieux l'immense apport économique pour la France. On comprend mieux pourquoi la Chine s'intéresse à l'Afrique. Ce sera aux Africains et à leurs dirigeants d'être vigilant et de faire jouer la concurrence pour obtenir les meilleurs contrats, l'accès à la technologie et la protection de leurs biens publiques tout en évitant tant que faire se peut l'endettement synonyme de dépendance. Sources : Les Echos 14.09.06 Pays pauvre : le grand retour de la dette. Publish What You pay 11.08.06 Acharnement politico-judiciaire continu sur deux militants de la transparence pétrolière au Congo-Brazzaville L'Humanité 06.07.06 Quand l'Afrique aide la Grande-Bretagne Amnesty International 12.06.06 CHINA: Sustaining conflict and human rights abuses: The flow of arms continueS FIDH-19.05.04 Gestion de la rente pétrolière au Congo Brazzaville : mal gouvernance et violations des droits de l'Homme . le rapport complet de la FIDH: PDF 1.6Mo Dernières modifications 16.09.06 |