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 PRESSAFRIQUE 06.09.06
Dans l'attente du second tour  la tension monte en RDC. Kabila et Bemba en tête, Gizenga en arbitrage.

 Le deuxième tour des présidentielles au Congo se jouera entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba avec respectivement environ 45% et 20 % des voix au premier tour selon des résultats encore partiels. Des candidats que l'on se plait à brocarder comme l'un putchiste et l'autre criminel. Le premier car il n'a jamais eu de légitimité démocratique en tant que président actuel de la RDC et le second parce qu'il est inculpé à la CPI pour crimes de guerre en Centrafrique (FIDH). Pourtant il n'est pas sûr que l'on puisse distinguer qui est qui dans ce deuxième tour des élections en RDC tant l'atmosphère est volatile et délétère au Congo. Du dimanche 20 au mardi 22 août les troupes de Kabila ont attaqué le siège de Bemba à Kinshasa. D'après la Voix des Sans Voix : un groupe de militaires de la Garde républicaine aurait ouvert le 20 août sur le bâtiment abritant le siège du parti politique Mouvement de Libération du Congo (MLC), des chaînes Canal Congo télévision (CCtv), Canal Kin télévision (CKtv) et radio Liberté Kinshasa (RALIK). Le bilan de ces affrontements aurait été d'au moins cinq morts avec  plusieurs blessés et des otages puis des militaires dela Garde républicaine serait revenu à la charge, le 21 août 2006, à travers l'attaque des résidences du vice- président Jean-Pierre Bemba alors que celui-ci est en pleine réunion avec les ambassadeurs membres de Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT). Les affrontements à l'arme lourde vont durer jusqu'au 22 août 2006 avec un bilan macabre d'au moins seize morts et plusieurs blessés graves. La cessation des hostilités ne sera obtenu que grâce à l'interposition de la MONUC et de l'EUFOR. Les kinois qui ont voté majoritairement Bemba craignent à présent que Kabila prépare une revanche pour "mettre à feu et à sang" la capitale. L'APPARECO signale l'arrivée de 42 chars dans le port de Matadi où les troupes de Kabila essayent tant bien que mal de les acheminer vers Kinshasa en dépit des contrôles réalisés par l'Eufor et la Monuc. L'atmosphère est telle que décision a été prise de reporter l'annonce des législatives au 7 septembre* . Voilà donc le triste état du paysage politique dominant dans lequel se trouve le Congo après quarante ans de pillage néocolonial mobutiste, plusieurs années de guerre civile assorti d'un pillage colonial d'un nouveau genre et des millions de morts.

Des décombres sur lesquels il faut reconstruire une démocratie. Il ne fallait sans doute pas s'attendre à des miracles tant les élections ont été préparés de manière précipitée sans concertation véritable entre les différentes composantes de la vie politique et civile. Par contre la bonne surprise de ce scrutin est le score surprenant d'Antoine Gizenga (rescapé de la période lumumbiste) qui pourrait avoir valeur de miracle. En effet ce dinosaure de la politique congolaise ancien vice-président nommé par Lumumba et dont le parti avait apporté les 13 sièges nécessaires pour que Lumumba puisse obtenir une majorité au parlement en juin 1960 a su, malgré les années de terreur et de massacres mobutiste puis de guerre civile où Américafrique et Françafrique se sont fait la guerre par supplétifs interposés, maintenir un électorat fort autour des valeurs patriotiques, pacifistes et démocratiques prônées par Lumumba en obtenant 13% des voix. Et cela d'autant plus que le candidat Gizenga n'a bénéficié d'aucune publicité tapageuse et de moyens rudimentaires comparativement aux grands businesmen prédateurs qui roulent pour les multinationales et veillent d'abord à leur intérêt particulier pour jeter ensuite les miettes au peuple affamé dans un Congo en proie aux vautours. Les congolais se souviennent des hommes intègres qui ont marqué leur histoire et leur continent. Comme l'a très bien écrit Colette Braeckman (Les nouveaux prédateurs ),  les Congolais ont toujours résisté à l'oppresion avec leurs moyens. Après l'holocauste organisé par le roi Léopold II au début du XXème siècle (environ 10 millions de morts), les massacres de Mobutu soutenu par l'Américafrique et les mercenaires franco-belges pour contrer la révolution post-Lumumba de Pierre Mulele dans les années soixante (des centaines de milliers à des millions de morts tombés dans les oubliettes de l'histoire) puis la guerre civile de 1998 à 2003 en grande partie liée aux politiques impérialistes antagonistes françafricaines et américafricaines (3 à 4 millions de morts), les Congolais font de la résistance.  On ose à peine imaginer ce qu'aurait été le score de Gizenga si son parti politique le PALU (Parti Lumumbiste Unifiée) avait eu les moyens de battre campagne sur toute l'étendu du pays à l'instar des grosses pointures dans le cadre d'élections préparées en concertation avec tous les partis. Antoine Gizenga reste pourtant l'un des seuls candidats à valoriser ces élections et à saluer le travail de la CEI et à croire au retour de la démocratie dans son pays après 46 ans de dictature.

Les alliances les plus probables durant le second tour sont Tchisekedi-Bemba et Gizenga-Kabila mais Gizenga n'a pour le moment rien envisagé. Si une alliance Gizenga Bemba paraît hautement improbable compte tenu de l'oppression et des massacres qu'ont subi les partisans de Lumumba sous Mobutu, Gizenga ayant d'ailleurs vécu en exil pendant quasiment tout le règne de Mobutu après l'échec de la révolution Mulele, il n'y a pas non plus d'entente franche entre le PALU et le PPRD de Kabila. Kabila père a été en exil avec Gizenga mais ce dernier n'a pas forcément d'atomes crochus avec le fils putatif. Pour l'instant Gizenga s'est employé à appaiser les tensions entre les deux candidats du second tour. Il semble que la priorité soit à la restauration d'un climat de confiance entre les deux candidats du second tour tandis que l'on est toujours dans l'attente des résultats des législatives.

Selon les résultats provisoires (portant sur 75% des bulletins décomptés soit 369 sièges attribués pour un total de 500), l'Alliance de la majorité présidentielle (AMP) obtient 178 des 369 sièges et le Regroupement des nationalistes congolais (Renaco), une alliance de partis qui soutient le vice-président Jean-Pierre 55 sièges. L'ancien ministre et ex-gouverneur de la Banque centrale sous le régime de Mobutu, Pierre Pay Pay récolte quant à lui 28 sièges. Pardoxalement le PALU en dépit d'un très bon score au 1er tour des présidentielles n'a récolté qu'un seul siège jusqu'à présent mais le dépouillement des votes concernant la région de bandundu d'où est originaire Gizenga n'a pas encore été effectué. Le vieil opposant à Mobutu y est d'ailleurs arrivé en tête des suffrages du premier tour. En préconisant la réconciliation Gizenga s'est mis dans la droite ligne de la pensée de Lumumba en 1960.

 [...] C'est pourquoi, je vous adresse, chers compatriotes et compagnons de lutte, un appel fraternel pour que cessent les guerres fratricides, les luttes intestines et inter-tribales, les rivalités entre frères. Nos enfants nous jugeront sévèrement si par inconscience, nous ne parvenions pas à déjouer les manoeuvres qui profitent de  cette querelle pour saboter notre indépendance et freiner le développement économique et social de notre Etat [...]. L'ultime message enregistré de Lumumba


Quarante six ans après l'assassinat par les impérialistes et leurs forces supplétives du premier ministre Lumumba élu démocratiquement par le peuple congolais, c'est un peu comme si le fantôme de Lumumba planait sur les élections.

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Dernières modifications le 06.09.06 :
* Reportée à priori au 7 septembre en ce qui concerne les résultats des législatives en raison de l'arrestation d'une dizaine de personnes pour avoir falsifier résultats dans certains bureaux de vote. Quant à l'annonce des résultats complets du premier tour ils ont été reportés à plus tard (LE POTENTIEL 06.09.06 La proclamation des résultats définitifs de la présidentielle reportée).