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Le deuxième tour des présidentielles au Congo se
jouera entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba avec
respectivement environ 45% et 20 % des voix au premier tour selon des
résultats encore partiels. Des candidats que l'on se plait à brocarder
comme l'un putchiste et l'autre criminel. Le premier car il n'a
jamais eu de légitimité démocratique en tant que président actuel de la
RDC et le second parce qu'il est inculpé à la CPI pour crimes de
guerre en Centrafrique (FIDH). Pourtant il n'est pas sûr que l'on puisse
distinguer qui est qui dans ce deuxième tour des élections en RDC tant
l'atmosphère est volatile et délétère au Congo. Du dimanche 20
au mardi 22 août les troupes de Kabila ont attaqué le siège
de Bemba à Kinshasa. D'après la Voix des Sans Voix : un groupe
de militaires de la Garde républicaine aurait ouvert le 20 août
sur le bâtiment abritant le siège du parti politique Mouvement de
Libération du Congo (MLC), des chaînes Canal Congo télévision (CCtv),
Canal Kin télévision (CKtv) et radio Liberté Kinshasa (RALIK). Le bilan de
ces affrontements aurait été d'au moins cinq morts avec
plusieurs blessés et des otages puis des militaires dela Garde
républicaine serait revenu à la charge, le 21 août 2006, à travers
l'attaque des résidences du vice- président Jean-Pierre Bemba alors que
celui-ci est en pleine réunion avec les ambassadeurs membres de Comité
international d'accompagnement de la transition (CIAT). Les affrontements
à l'arme lourde vont durer jusqu'au 22 août 2006 avec un bilan macabre
d'au moins seize morts et plusieurs blessés graves. La cessation des
hostilités ne sera obtenu que grâce à l'interposition de la MONUC et de
l'EUFOR. Les kinois qui ont voté majoritairement Bemba craignent à
présent que Kabila prépare une revanche pour "mettre à feu
et à sang" la capitale. L'APPARECO signale l'arrivée de 42 chars dans le
port de Matadi où les troupes de Kabila essayent tant bien que
mal de les acheminer vers Kinshasa en dépit des contrôles réalisés
par l'Eufor et la Monuc. L'atmosphère est telle que décision a été prise
de reporter l'annonce des législatives au 7 septembre*
. Voilà donc le triste état du paysage
politique dominant dans lequel se trouve le Congo après quarante ans de pillage
néocolonial mobutiste, plusieurs années de guerre civile assorti d'un
pillage colonial d'un nouveau genre et des millions de morts.
Des
décombres sur lesquels il faut reconstruire une démocratie. Il ne fallait
sans doute pas s'attendre à des miracles tant les élections ont été
préparés de manière précipitée sans concertation véritable entre les
différentes composantes de la vie politique et civile. Par contre la bonne
surprise de ce scrutin est le score surprenant d'Antoine Gizenga (rescapé de la période lumumbiste)
qui pourrait avoir valeur de miracle. En effet ce dinosaure de la
politique congolaise ancien vice-président nommé par Lumumba et dont le parti avait apporté
les 13 sièges nécessaires pour que Lumumba
puisse obtenir une majorité au parlement en juin 1960 a su, malgré les années de terreur et
de massacres mobutiste puis de guerre civile où Américafrique et
Françafrique se sont fait la guerre par
supplétifs interposés, maintenir un électorat fort autour des valeurs
patriotiques, pacifistes et démocratiques prônées par Lumumba en
obtenant 13% des voix. Et cela d'autant plus que le candidat Gizenga n'a
bénéficié d'aucune publicité tapageuse et de
moyens rudimentaires comparativement aux grands businesmen
prédateurs qui roulent pour les multinationales et veillent d'abord à leur
intérêt particulier pour jeter ensuite les miettes au peuple affamé dans
un Congo en proie aux vautours. Les congolais se souviennent des hommes
intègres qui ont marqué leur histoire et leur continent. Comme l'a très
bien écrit Colette Braeckman (Les nouveaux prédateurs
), les Congolais ont toujours résisté à
l'oppresion avec leurs moyens. Après l'holocauste organisé par le roi Léopold II au début
du XXème siècle (environ 10 millions de morts), les massacres de Mobutu
soutenu par l'Américafrique et les mercenaires franco-belges pour contrer la révolution
post-Lumumba de Pierre Mulele
dans les années soixante (des centaines de milliers à des millions de
morts tombés dans les oubliettes de l'histoire)
puis la guerre civile de 1998 à 2003 en grande
partie liée aux politiques impérialistes antagonistes
françafricaines et américafricaines (3 à 4 millions de morts), les
Congolais font de la résistance. On ose à peine imaginer ce qu'aurait été le score
de Gizenga si son parti politique le PALU (Parti Lumumbiste Unifiée) avait eu
les moyens de battre campagne sur toute l'étendu du pays
à l'instar des grosses pointures dans le cadre d'élections
préparées en concertation avec tous les partis. Antoine Gizenga reste pourtant l'un des seuls candidats à valoriser ces
élections et à saluer le travail de la CEI et à croire au
retour de la démocratie dans son pays après 46 ans de dictature.
Les alliances les plus
probables durant le second tour sont Tchisekedi-Bemba et Gizenga-Kabila mais Gizenga n'a pour le moment
rien envisagé. Si une alliance Gizenga Bemba paraît hautement improbable
compte tenu de l'oppression et des massacres qu'ont subi les partisans de
Lumumba sous Mobutu, Gizenga ayant d'ailleurs vécu en exil pendant quasiment
tout le règne de Mobutu après l'échec de la révolution Mulele, il n'y
a pas non plus d'entente franche entre le PALU et le PPRD de Kabila.
Kabila père a été en exil avec Gizenga mais ce dernier n'a pas forcément
d'atomes crochus avec le fils putatif. Pour l'instant Gizenga s'est
employé à appaiser les tensions entre les deux candidats du second tour.
Il semble que la priorité soit à la restauration d'un climat de confiance
entre les deux candidats du second tour tandis que l'on est
toujours dans l'attente des résultats des législatives.
Selon
les résultats provisoires (portant sur 75% des bulletins
décomptés soit 369 sièges attribués pour un total de 500), l'Alliance de
la majorité présidentielle (AMP) obtient 178 des 369
sièges et le Regroupement des nationalistes congolais (Renaco),
une alliance de partis qui soutient le vice-président Jean-Pierre 55
sièges. L'ancien ministre et ex-gouverneur de la Banque centrale sous le
régime de Mobutu, Pierre Pay Pay récolte quant à lui 28
sièges. Pardoxalement le PALU en dépit d'un très bon score au
1er tour des présidentielles n'a récolté qu'un seul siège jusqu'à
présent mais le dépouillement des votes concernant la région de bandundu
d'où est originaire Gizenga n'a pas encore été effectué. Le vieil
opposant à Mobutu y est d'ailleurs arrivé en tête des suffrages du
premier tour. En préconisant la réconciliation Gizenga s'est mis dans
la droite ligne de la pensée de Lumumba en 1960.
| [...] C'est pourquoi, je
vous adresse, chers compatriotes et compagnons de lutte, un appel
fraternel pour que cessent les guerres fratricides, les luttes
intestines et inter-tribales, les rivalités entre frères. Nos
enfants nous jugeront sévèrement si par inconscience, nous ne
parvenions pas à déjouer les manoeuvres qui profitent de cette querelle pour saboter
notre indépendance et freiner le développement économique et social
de notre Etat [...]. L'ultime
message enregistré de
Lumumba | Quarante six ans après l'assassinat par
les impérialistes et leurs forces supplétives du premier ministre Lumumba élu démocratiquement par le peuple
congolais, c'est un peu comme si le fantôme de Lumumba planait sur les
élections.
Lire aussi chez Pressafrique :
01.08.06 Le testament de Bapuwa
Mwamba
17.07.06 Où va la RDC
?
Dernières modifications le 06.09.06 :
* Reportée à priori au 7 septembre en ce qui concerne les
résultats des législatives en raison de l'arrestation d'une dizaine de
personnes pour avoir falsifier résultats dans certains bureaux de vote.
Quant à l'annonce des résultats complets du premier tour ils ont
été reportés à plus tard (LE POTENTIEL 06.09.06 La proclamation des résultats définitifs de la présidentielle
reportée). |