Le plus grave est le virage pris par ce
gouvernement miné par la corruption, les divisions, les appétits
personnels. Que ce soit pour les arabes Mahamids de la région de
Diffa qu'ils voulaient expulser vers le Tchad alors qu'ils ont la
nationalité nigérienne, ou pour ce forum, il leur faut trouver des
boucs émissaires et donc le repli nationaliste leur est utile.
Dénoncer les interventions de l'extérieur leur permet de tenter de
serrer les rangs en pleine tempête politique. Le porte parole du
gouvernement justifiait de l'interdiction initiale du Forum par le
fait que cela allait être le lieu d'un procès des autorités
nigériennes par des étrangers.
Ma participation avant le Forum à un
débat à l'université de Niamey sur la Françafrique, avec un camarade
de Survie, ma présence à la tribune de lancement du Forum, ma
participation à la première plénière aussitôt après, les nombreuses
interviews sollicitées par les médias locaux, tout cela faisait du
CADTM une des cibles possibles. Les interventions des intervenants
du Nord ont été systématiquement suivies par des indicateurs, Zoul
de Survie était suivi dans les rues. Il ne restait qu'à choisir la
cible. Ce fut moi.
Sur la base d'un compte-rendu
surréaliste d'un atelier que j'ai tenu sur la dette odieuse et
l'initiative PPTE, j'ai été interpellé et conduit à Niamey depuis
Tahoua (550 km). La directrice de la PJ qui a conduit
l'interrogatoire a été obligée à plusieurs reprises d'admettre que
les propos qui m'étaient attribués étaient incohérents. Ce compte
rendu absurde était composé de bribes de phrases que j'avais
prononcées ou non, voire de bouts de questions qui m'étaient posées,
accolées les unes aux autres. L'important était de montrer que je
critiquais le gouvernement, et plus précisément le premier ministre
auquel je n'ai jamais fait allusion. L'affaire était faite.
Régulièrement la directrice de la PJ sortait téléphoner et rentrait
me poser de nouvelles questions. Les ordres étaient donnés, je
devais quitter le Niger au plus vite pour qu'enfin soit démasqué le
complot contre le pouvoir, manipulé depuis l'étranger.
Le CADTM est solidaire des luttes
sociales menées au Niger, en particulier depuis le printemps 2005,
qui s'opposent aux effets des politiques libérales sur la population
de ce pays, classé dernier au classement du développement humain du
PNUD. Aligné sur les politiques imposées par le FMI et la Banque
mondiale, ce gouvernement sacrifie ses populations à ces politiques.
Il a été incapable de faire face à la disette de l'an dernier.
Mais les mouvements sociaux nigériens
n'ont pas besoin d'ordres venus de l'étranger pour organiser la
résistance. Nos partenaires du Réseau national dette et
développement (RNDD), membres du réseau CADTM, dénoncent
quotidiennement le coût du remboursement de la dette sur les
conditions de vie, voire de survie, de la population. Notre présence
n'en était que plus symbolique pour manifester la nécessité de
ripostes partout dans le monde, de globaliser les résistances à
l'ordre néolibéral.
Mais surtout, je voulais ici exprimer ma
reconnaissance émue à la formidable mobilisation qui a été menée en
quelques heures pour exiger ma libération. Je n'étais pas encore à
Niamey que les fax des ambassades de France, de Belgique, du Canada,
de Grande Bretagne étaient inondés de messages. J'ai eu une nouvelle
preuve concrète que les mots réseaux et solidarité étaient très
concrets.
En quelques heures la pétition sur
Cyberacteurs a recueillis plus de 1700 signatures !
Le réseau CADTM international, mes amis
de Poitiers qui luttent avec moi pour empêcher, ironie du sort, des
expulsions autrement plus risquées, celles des sans papiers, mes
amis de la région nantaise, Attac, la CGT... pardon à tous ceux et
toutes celles que j'oublie, tous et toutes vous avez réagi
spontanément et sachez que j'en suis à la fois touché et fier.
Donc MERCI.
Vous me permettrez enfin de penser à
notre camarade Gérald Akoumey, animateur du CADTM Togo, emprisonné
sans jugement depuis plus d'un an à Lomé. Nous devons faire preuve
d'encore plus de solidarité active puisque ce sont ses propres
autorités qui le pourchassent et dans un pays où l'état de droit
n'est qu'une notion
abstraite.