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 PRESSAFRIQUE 05.12.06
Un témoin récuse l'enquête de Bruguière, Le TPIR l'admet en preuve

  Alors que le TPIR vient de revenir sur sa décision et a admis en preuve le rapport Bruguière , un témoin de premier ordre entendu par Bruguière vient de récuser l'enquête. Le témoin après avoir pris connaissance de l'enquête affirme que ses propos ont été déformés, qu'il n'a jamais appartenu à un quelconque "network commando" et que parlant très mal le Français il ne voit pas comment il aurait pu avoir fait de si belles déclarations retranscrites dans le rapport bruguière. Ce témoin a donc envoyé une lettre ouverte au juge Bruguière fin novembre où il déclare que le juge a fait des allégations mensongères le concernant : notamment son appartenance au "network commando" ce qu'il n'aurait jamais déclaré et les propos retranscrits dans le rapport du juge selon lesquels il était au courant des personnes qui ont tiré sur l'avion (p.24-25), ce que le témoin aurait toujours nié.

Libération a contacté le témoin et a obtenu sa version des faits. Un article publié hier dans
Libé .

LIBERATION 04.12.06
Un témoin rwandais récuse le juge Bruguière

...Contacté par Libération en Norvège, Emmanuel Ruzigana, 35 ans, donne un certain nombre de détails troublants. Premier problème, Ruzigana parle à peine le français, encore moins bien l'anglais. Or le procès-verbal d'audition, daté du 29 mars 2004 à 15 h 40, dont Libération a pu lire une copie, ne mentionne que trois personnes présentes : le juge, la greffière Sandrine Mounes et le témoin. Pas de traducteur en kinyarwanda ! Pourtant, les réponses du témoin, dans un excellent français, fourmillent de détails.
Aujourd'hui, Ruzigana explique que la greffière lisait un texte, lui demandant de confirmer ou d'infirmer. «Parfois, je ne comprenais pas la question, il fallait s'y reprendre à plusieurs fois. Le juge n'aimait pas mes réponses. A la fin, il m'a dit, énervé : "C'est fini, sortez, il n'y aura pas d'asile !"».
Avant de partir, la greffière lit à toute vitesse le procès-verbal et lui demande de signer. Il s'exécute sans comprendre.
Deuxième problème : Ruzigana explique qu'il se trouvait dans le Mutara (nord-est du Rwanda), le 6 avril 1994, lorsqu' «on a tué (sic) l'avion». Ce n'est qu'après la fin du génocide qu'il est retourné à Kigali. Or le juge le présente comme un «infiltré» opérant à Kigali sous une couverture de chauffeur de taxi et assure qu'il aurait été mis au courant du projet d'attentat deux semaines avant.
Selon la même ordonnance, l'attentat a été décidé le 31 mars... Vérification faite au Rwanda auprès de soldats du FPR présents à l'époque à Kigali, Ruzigana n'était pas dans la capitale rwandaise. «Je ne pouvais pas être incognito à Kigali, ajoute-t-il. J'y suis né, tout le monde me connaît.»

Instrumentalisé. Troisième détail troublant : Ruzigana assure que, le jour de son audition, Abdul Ruzibiza ( Libération du 28 novembre), autre témoin clé du juge Bruguière, était présent dans un bureau attenant. Ruzibiza et Ruzigana se sont rencontrés à Kigali à la fin des années 90. Le premier semble avoir joué un rôle central dans l'exfiltration du second hors du Rwanda. C'est Ruzibiza qui l'incite à se rendre à l'ambassade de France en Tanzanie, où un certain «Pierre» lui remettra un visa pour la France, qu'il obtient en effet sans difficulté. A son arrivée à Paris le 29 mars 2004, des policiers l'attendent pour le conduire chez le juge... Lire la suite sur
Libération 


 Pour Ruzibiza son ancien ami ex-filtré lui aussi du Rwanda par les services français (selon Colette Braeckman ), le témoin craindrait pour sa vie et serait revenu sur ses propos.

Quant au TPIR il vient d'accepter le rapport Bruguière dans son intégralité à la demande des avocats du présumé responsable du génocide Théoneste Bagosora.

AFP 04.12.06
Rwanda: le rapport Bruguière admis en preuve dans le plus grand procès du TPIR

...Nous avons décidé d'admettre le rapport intégralement", a déclaré lundi à l'audience le juge norvégien, Erik Mose, président de la chambre saisie du procès de l'ex-directeur de cabinet au ministère de la Défense, le colonel Théoneste Bagosora, accusé par le procureur d'être "le cerveau" du génocide de 1994 au Rwanda.

Le rapport, qui ne disculpe pas les accusés du TPIR des crimes portés contre eux, pourra être "utile" pour l'appréciation du "contexte" des massacres de 1994 au Rwanda, a estimé M. Mose.

La pièce a été admise à la demande de Me Raphaël Constant, l'avocat français de M. Bagosora, qui a interrogé lundi l'ancien numéro deux de la force de l'ONU au Rwanda en 1994, le colonel belge Luc Marchal, un des témoins interrogés par le juge Bruguière.

Au premier jour de sa déposition jeudi devant le TPIR, M. Marchal a accusé l'ancienne rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir) d'être responsable de l'assassinat de M. Habyarimana. M. Kagame dirigeait la rébellion essentiellement tutsie du FPR en 1994...


On attend donc que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Pourquoi Bruguière a-t-il attendu si longtemps pour faire publier son enquête ? Et pourquoi n'a-t-il pas exploré la piste des extrémistes Hutus dans cette enquête puisque le présumé planificateur du génocide Bagosora a reconnu devant le TPIR avoir eu en sa possession les factures proforma mentionant les numéros de série de la batterie de missiles Sam 16 retrouvée à Masaka par l'armée rwandaise et française après l'attentat contre l'avion du Falcon d'Habyarimana (Source TPIR : Agence Hirondelle) ? S'agit-il d'une enquête à charge ou une "tentative de désinformation" comme le sous-entend le Figaro en s'appuyant sur la mission d'information parlementaire française ?  

LE FIGARO 25.11.06
Enquête sur la mission du juge Bruguière

En réalité, le tour de l'instruction menée par le juge Bruguière était écrit dès le départ. En témoignent la chronologie des auditions et l'identité des personnes entendues. La première, le 29 septembre 1999, fut le sulfureux Paul Barril. Acteur du dossier rwandais - où, tour à tour, il endossa d'innombrables casquettes -, l'ancien gendarme de l'Elysée hante de 1990 à 1994 les couloirs de l'Elysée comme ceux de l'ancien régime de Kiglai. Dès juin 1994, il assènera de pseudos-révélations- démenties ultérieurement - qui lui permettent de pointer du doigt les Tutsis et le FPR.

A sa suite, le magistrat entend d'anciens responsables des forces armées rwandaises (FAR), dont plusieurs sont aujourd'hui inculpés par le Tribunal pénal international d'Arusha (TPIR) en charge de juger le génocide. Les accusations des officiers des FAR sont connues. Elles ont été examinées par la mission parlementaire d'information constituée à Paris en 1998 qui a conclu, dans son rapport final, à une "tentative de désinformation".  


 On attend de voir les contradictoires pouvoir s'exposer au TPIR afin d'évaluer les éléments à charge et à décharge et de connaître qui sont les responsables de l'attentat du Falcon d'Habyarimana qui a servi de prétexte au déclenchement du génocide. Deux pistes vont être explorées à priori : la première celle du FPR, la deuxième celle des extrémistes rwandais soutenus par des mercenaires français. En faveur de la première les déclarations de témoins dont un vient de se rétracter (sous la menace ? ) ; en faveur de la seconde les déclarations de Bagosora au TPIR reconnaissant avoir eu en sa possession la facture avec les numéros de série de la rampe de missiles retrouvés à Masaka juste après l'attentat. On suivra donc l'épisode de près au TPIR à présent !