Alors que le TPIR vient de
revenir sur sa décision et a admis en preuve le rapport
Bruguière
, un témoin de premier ordre entendu par Bruguière
vient de récuser l'enquête. Le témoin après avoir pris connaissance de
l'enquête affirme que ses propos ont été déformés, qu'il n'a jamais
appartenu à un quelconque "network commando" et que parlant très mal le Français il ne voit
pas comment il aurait pu avoir fait de si belles
déclarations retranscrites dans le rapport bruguière. Ce témoin a donc envoyé
une lettre ouverte au juge Bruguière fin novembre où il déclare que le
juge a fait des allégations mensongères le concernant : notamment son
appartenance au "network commando" ce qu'il n'aurait jamais déclaré et
les propos retranscrits dans le rapport du juge selon lesquels il était au
courant des personnes qui ont tiré sur l'avion (p.24-25), ce que
le témoin aurait toujours nié.
Libération a contacté le témoin et a obtenu sa
version des faits. Un article publié hier dans Libé
.
|
LIBERATION 04.12.06 Un témoin rwandais récuse le juge
Bruguière
...Contacté par Libération en Norvège, Emmanuel Ruzigana,
35 ans, donne un certain nombre de détails troublants. Premier
problème, Ruzigana parle à peine le français, encore moins bien
l'anglais. Or le procès-verbal d'audition, daté du 29 mars 2004 à 15
h 40, dont Libération a pu lire une copie, ne mentionne que trois
personnes présentes : le juge, la greffière Sandrine Mounes et le
témoin. Pas de traducteur en kinyarwanda ! Pourtant, les réponses du
témoin, dans un excellent français, fourmillent de
détails. Aujourd'hui, Ruzigana explique que la greffière lisait
un texte, lui demandant de confirmer ou d'infirmer. «Parfois, je ne
comprenais pas la question, il fallait s'y reprendre à plusieurs
fois. Le juge n'aimait pas mes réponses. A la fin, il m'a dit,
énervé : "C'est fini, sortez, il n'y aura pas d'asile !"». Avant
de partir, la greffière lit à toute vitesse le procès-verbal et lui
demande de signer. Il s'exécute sans comprendre. Deuxième
problème : Ruzigana explique qu'il se trouvait dans le Mutara
(nord-est du Rwanda), le 6 avril 1994, lorsqu' «on a tué (sic)
l'avion». Ce n'est qu'après la fin du génocide qu'il est retourné à
Kigali. Or le juge le présente comme un «infiltré» opérant à Kigali
sous une couverture de chauffeur de taxi et assure qu'il aurait été
mis au courant du projet d'attentat deux semaines avant. Selon la
même ordonnance, l'attentat a été décidé le 31 mars... Vérification
faite au Rwanda auprès de soldats du FPR présents à l'époque à
Kigali, Ruzigana n'était pas dans la capitale rwandaise. «Je ne
pouvais pas être incognito à Kigali, ajoute-t-il. J'y suis né, tout
le monde me connaît.»
Instrumentalisé. Troisième détail
troublant : Ruzigana assure que, le jour de son audition, Abdul
Ruzibiza ( Libération du 28 novembre), autre témoin clé du juge
Bruguière, était présent dans un bureau attenant. Ruzibiza et
Ruzigana se sont rencontrés à Kigali à la fin des années 90. Le
premier semble avoir joué un rôle central dans l'exfiltration du
second hors du Rwanda. C'est Ruzibiza qui l'incite à se rendre à
l'ambassade de France en Tanzanie, où un certain «Pierre» lui
remettra un visa pour la France, qu'il obtient en effet sans
difficulté. A son arrivée à Paris le 29 mars 2004, des policiers
l'attendent pour le conduire chez le juge... Lire la suite sur
Libération | Pour Ruzibiza son ancien ami
ex-filtré lui aussi du Rwanda par les services français (selon Colette Braeckman
), le témoin craindrait pour sa vie et serait revenu sur ses
propos.
Quant au TPIR il vient d'accepter le rapport
Bruguière dans son intégralité à la demande des avocats du présumé
responsable du génocide Théoneste Bagosora.
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AFP
04.12.06 Rwanda: le rapport Bruguière admis en preuve dans le
plus grand procès du TPIR
...Nous avons décidé d'admettre le rapport
intégralement", a déclaré lundi à l'audience le juge norvégien, Erik
Mose, président de la chambre saisie du procès de l'ex-directeur de
cabinet au ministère de la Défense, le colonel Théoneste Bagosora,
accusé par le procureur d'être "le cerveau" du génocide de 1994 au
Rwanda.
Le rapport, qui ne disculpe pas les accusés du
TPIR des crimes portés contre eux, pourra être "utile" pour
l'appréciation du "contexte" des massacres de 1994 au Rwanda, a
estimé M. Mose.
La pièce a été admise à la demande de Me
Raphaël Constant, l'avocat français de M. Bagosora, qui a interrogé
lundi l'ancien numéro deux de la force de l'ONU au Rwanda en 1994,
le colonel belge Luc Marchal, un des témoins interrogés par le juge
Bruguière.
Au premier jour de sa déposition jeudi devant
le TPIR, M. Marchal a accusé l'ancienne rébellion du Front
patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir) d'être
responsable de l'assassinat de M. Habyarimana. M. Kagame dirigeait
la rébellion essentiellement tutsie du FPR en
1994... | On
attend donc que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Pourquoi
Bruguière a-t-il attendu si longtemps pour faire publier son enquête ? Et
pourquoi n'a-t-il pas exploré la piste des extrémistes Hutus dans
cette enquête puisque le présumé planificateur du génocide Bagosora a
reconnu devant le TPIR avoir eu en sa possession les factures proforma
mentionant les numéros de série de la batterie de missiles Sam 16
retrouvée à Masaka par l'armée rwandaise et française après
l'attentat contre l'avion du Falcon d'Habyarimana (Source TPIR :
Agence Hirondelle) ? S'agit-il d'une enquête à charge ou une "tentative de
désinformation" comme le sous-entend le Figaro
en s'appuyant
sur la mission d'information parlementaire française ?
|
LE FIGARO 25.11.06 Enquête sur la mission du juge
Bruguière
En réalité, le tour de l'instruction menée par le juge Bruguière
était écrit dès le départ. En témoignent la chronologie des
auditions et l'identité des personnes entendues. La première, le 29
septembre 1999, fut le sulfureux Paul Barril. Acteur du dossier
rwandais - où, tour à tour, il endossa d'innombrables casquettes -,
l'ancien gendarme de l'Elysée hante de 1990 à 1994 les couloirs de
l'Elysée comme ceux de l'ancien régime de Kiglai. Dès juin 1994, il
assènera de pseudos-révélations- démenties ultérieurement - qui lui
permettent de pointer du doigt les Tutsis et le FPR.
A sa suite, le
magistrat entend d'anciens responsables des forces armées rwandaises
(FAR), dont plusieurs sont aujourd'hui inculpés par le Tribunal
pénal international d'Arusha (TPIR) en charge de juger le génocide.
Les accusations des officiers des FAR sont connues. Elles ont été
examinées par la mission parlementaire d'information constituée à
Paris en 1998 qui a conclu, dans son rapport final, à une "tentative
de désinformation".
| On
attend de voir les contradictoires pouvoir s'exposer
au TPIR afin d'évaluer les éléments à charge et à décharge et de
connaître qui sont les responsables de l'attentat du Falcon d'Habyarimana qui a
servi de prétexte au déclenchement du génocide. Deux pistes vont
être explorées à priori : la première celle du FPR, la deuxième
celle des extrémistes rwandais soutenus par des mercenaires français. En
faveur de la première les déclarations de témoins dont un vient de se
rétracter (sous la menace ? ) ; en faveur de la seconde les déclarations
de Bagosora au TPIR reconnaissant avoir eu en sa possession la facture
avec les numéros de série de la rampe de missiles retrouvés à Masaka
juste après l'attentat. On suivra donc l'épisode de près au TPIR à présent
! |