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 PRESSAFRIQUE 17.07.06
Où va la RDC ?

 

A la veille des élections présidentielles qui doivent avoir lieu en RDC le 30 juillet, l'ONU semble avoir activé le mouvement pour pacifier le pays au pas de charge dans certaines régions. Cet empressement de l'ONU est légitime car la tenue des élections risque de créer certaines turbulences. Mais ce qui est beaucoup plus criticable ce sont les abus aux droits humains cautionnés par l'ONU pour réaliser cette pacification et l'empressement des médias à ne pas trop répertorier les exactions des forces loyalistes. On a l'impression qu'il y a un consensus pour aller aux élections le plus tôt possible et soutenir le candidat de l'Occident et de ses multinationales à savoir Joseph Kabila. Car il n'est un secret pour personne que Kabila roule pour les intérêts des multinationales sans aucun scrupule. Il avait déja essayé de réhabiliter la mémoire de Léopold II devant un sénat belge sidéré et de restaurer sa statue à Kinshasa contre l'avis de la population kinoise. Un discours et un acte posé à Kinshasa qui avait valeur de garantie sur sa capacité à brader la mémoire et l'histoire du pays. A l'heure où des journalistes dérangeants sont assassinés à Kinshasa, où la corruption va croissant dans tout le pays, la question se pose de savoir quel est le projet fédérateur du président Kabila pour son pays. Le moins que l'on puisse dire c'est que les entreprises minières du pays sont pillées avec l'aval du pouvoir central. Ainsi le rapport Luntundula suivi des rapports d'ONGs ont montré comment des joints-ventures favorables aux entreprises internationales (voire la liste des joints-ventures publiées sur Congolite) au détriment de celles de la RDC ont été avalisées par le régime Kabila. Le pouvoir a dépouillé la Gécamines avec le regard bienveillant de la Banque mondiale qui semble rester de marbre face à une corruption endémique soutenue par des puissances internationales et régionales. Des profits faramineux sont réalisés par des entreprises internationales dont certaines sont basées dans des paradis fiscaux. C'est dans une parfaite économie de guerre que les gisements de la Gecamines et une partie de la concession minière de Bakwanga (Kasaï Oriental) ont été livrés aux entreprises internationales, avec la complicité de certains dignitaires du régime quelque soit la tendance politique d'ailleurs. Le MLC, l'UPC (et ses multiples branches), l'UDPS, le PPRD,... ont tous leur part de responsabilité dans cette situation de prédation généralisée des entreprises du pays. Sengamines, Entreprise Générale Malta Forrest, Anvil Mining, Comisa, Congo Cobalt Corporation, Kababankola mining Company, Boss Mining, Mukondo Mining, Congo Minerals, Groupe Bazano, Somika, Société Chemaf, Société Fondaf, Groupe Mad, Swanepoel et Alphametal sont des entreprises citées dans le rapport Lutundula dont la plupart sont aux mains des capitaux extérieurs au pays.  En somme on pourrait penser que l'ONU, un peu comme au temps du renversement de Lumumba, même si le contexte n'est pas du tout le même, est en train de protéger les intérêts économiques et géopolitiques des membres transatlantiques du conseil de sécurité et de sa kyrielle d'acteurs en fournissant la force militaire qui va pacifier le pays et que certains Congolais vont jusqu'à considérer comme une force d'occupation. On ne peut néanmoins nier le rôle salutaire de ces troupes dans la restauration de la paix dans certaines régions du Congo.

L'ONU aurait pu cependant montrer une objectivité dans sa campagne de pacification et un désintérêt total par rapport à ses bailleurs de fonds mais cela relève malheureusement de l'utopie. Car ce qui attend le Congo est loin de lui assurer une paix retrouvée et une pérennité dans ses frontières.   Quant à l'ONU, elle a décidé de ne pas se confronter aux forces supplétives du Rwanda en RDC montrant s'il en était besoin le deux poids deux mesures de sa campagne de pacification.

Selon l'ONG congolaise La Voix des sans voix (VSV) le général congolais dissident, Laurent Nkunda accusé de crimes de guerre par Human Rights Watch et retranché dans l'est de la RDC avec le soutien logistique militaire du Rwanda aurait renforcé ses effectifs militaires et serait approvisionné en armes "par des moyens de transport privés qui traversent la frontière avec le Rwanda". Cet officier congolais "issu d'une ex-rébellion soutenue par le Rwanda, Laurent Nkunda est visé depuis septembre 2005 par un mandat d'arrêt international pour des "crimes de guerre" commis par ses hommes lors de la brève occupation de la ville de Bukavu (Sud-Kivu, est) en juin 2004" (AFP 09.07.06. RDCongo : une ONG inquiète de la capacité de nuisance d'un général dissident). Selon la Monuc, ce général criminel, aurait à sa disposition 2000 hommes armés avec du matériel très sophistiqué. Selon AFP (09.07.06 ibid), "certaines sources militaires onusiennes et diplomatiques à Kinshasa estiment que Nkunda pourrait avoir encouragé, voire appuyé, des milicens d'Ituri (nord-est) qui ont lancé ces dernières semaines des attaques contre les positions de l'armée régulière.". La VSV dénonce quant à elle "le profil bas" des autorités militaires du Nord-Kivu et de la Monuc et craint une nouvelle attaque du général dissident soutenu par le Rwanda qui pourrait plonger à nouveau la région dans le chaos. La VSV appelle les forces de la MONUC à équiper les militaires des nouvelles brigades de l'armée régulière dans la région de Rutshuru (proche de Masisi). Si certains officiers de la MONUC en conviennent et considèrent qu'il "n'y a pas de signe précurseur d'un mouvement des hommes de Nkunda, mais si en face de lui il n'y a pas de troupes prêtes à se battre, on risque d'avoir un problème".(AFP, ibid), un observateur de l'ONU au Nord-Kivu considère que Nkunda pratique une "politique d'intimidation" mais n'aurait pas l'intention de "tenter quelque chose avant les élections" (source AFP, ibid). Peut-être après alors ?

La question reste de savoir si la RDC est en train d'être mise sous coupe néocoloniale et si des tractations se jouent en coulisse entre les différents parties en conflit en RDC pour obtenir une configuration plus favorable à leurs intérêts. C'est dans ce contexte que s'intensifie le discours délétère sur la congolité repris par une vague populiste de candidats se présentant aux élections présidentielles fixées au 30 juillet 2006. Allons nous vers la privatisation de la RDC comme le suggèrent certains bailleurs de fonds et diplomates occidentaux ? Et qui va se partager le gateau néocolonial sur le dos de la population ?