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La
longue carrière de Bernard Kouchner comme "french doctor" dont l'apothéose
fut sa consécration comme ministre de la santé et de l'action humanitaire
sous François Mitterrand II (février 1992 - mars 1993) puis comme haut
représentant de l'ONU pour le Kosovo (juillet 1999 à janvier
2001) pourrait rebondir avec sa nomination à la tête du
ministère des affaires étrangères sous Sarkozy Ier. Plébiscité par les
Français pour ses engagements humanitaires, le socialiste Kouchner
pourrait virer sa cutie et entrer sans se dédire dans un gouvernement de
droite dure où la part belle a été faite aux idées du Front national avec
la création d'un ministère de l'identité nationale et de l'immigration
rappelant les heures sombres de la France Vichyste.
Pourtant
malgré ses engagements humanitaires, l'homme Kouchner a toujours jusqu'ici
marché dans les pas de la Françafrique : du Biafra au Rwanda, son
engagement, son action politique ou ses activités se sont adaptés aux
réseaux de la Françafrique. Comme Nicolas Sarkozy, il est très proche
des milieux atlantistes et a soutenu lui aussi l'invasion coloniale de
l'Irak au nom du droit d'ingérence humanitaire. Comme Nicolas Sarkozy,
il est familier des néogouverneurs françafricains tels que Sassou Nguesso ou bien Omar
Bongo. Nous retraçons son parcours françafricain du Biafra au Rwanda.
L'expérience de la sécession biafraise
(1967-1970) Sa carrière en Afrique a débuté comme "french
doctor" pour la Croix rouge française lors de la guerre du Biafra. Il
servit malgré lui de colporteur de la propagande des services
français. Il s'agissait lors de la politique de guerre secrète menée dans la
province sécessionniste du Biafra par le duo foccarto-gaulliste
de faire croire à l'opinion publique
que les Nigérians étaient en train de réaliser un génocide à
l'encontre des sécessionistes biafrais. Bernard Kouchner ira
avec d'autres "french doctors" en tant que membres de la Croix rouge au
Biafra et relayera au traver d'articles publiés dans les journaux comme
Le Monde ou Le Nouvel Observateur la thèse du
génocide au Biafra afin de mobiliser l'opinion publique
française en faveur de la sécession biafraise. Il ira jusqu'à
créer "le comité de lutte contre le génocide au Biafra" où
figurera de nombreux intellectuels de gauche. Sans le savoir, Kouchner, se
verra faciliter l'accès aux médias grâce à l'action des services secrets
et notamment de Jacques Foccart selon Joël Calmettes (Histoire secrète de la guerre du Biafra : Focart s'en
va-ten guerre). Le Colonel Maurice Robert, chef du SDECE
Afrique révèlera dans le reportage de Joël Calmettes (Histoire secrète de la guerre du Biafra : Focart s'en
va-ten guerre) et dans son livre
Ministre de
l'Afrique (p.180)
que "Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme
de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les
services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous
aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous
a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des
renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte
qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le
premier, les autres ont suivi." Dans un article
du Washington Post (11.07.1969) la situation fut présentée
différemment de celle présentée par les humanitaires de la Croix-rouge
: "Le Biafra prive son propre peuple de ce qui est
nécessaire à sa subsistance, dans l'espoir évidemment que le spectacle de
ses souffrances va inciter les étrangers à imposer des restrictions
politiques au Nigéria...La famine ne saurait devenir une arme de guerre
acceptable du simple fait qu'elle est utilisée par un leadership aux abois
contre sa propre population réduite à l'impuissance." La version qui
fut donnée par Kouchner dans ses article du Monde (Deux médecins
français au Biafra témoignent) ou du Nouvel Observateur fut
diamétralement opposée (19.01.1970 Un médecin
accuse...par Bernard Kouchner).
Kouchner évoquera son expérience de médecin humanitaire de la Croix-rouge
française au Biafra en prise avec les médias de l'époque dans le
documentaire de Joël Calmettes Histoire secrète
du Biafra : Foccart s'en va-t-en guerre : "Ne fermez pas le
bouton avait dit Sabbag. Attention ne fermez pas le bouton on va vous
montrer en spectacle. Difficile à soutenir mais nous avons besoin de vous.
Moi J'étais médecin, la France demandait des médecins j'étais disponible
un peu en mal d'aventure c'est vrai en tout cas en appétit d'ouverture
pour moi mai 68 venait très tard. "
Il
s'agissait selon l'ancien responsable Maurice Robert du SDECE de mobiliser
l'opinion publique française au travers du drame humanitaire du Biafra
pour avaliser l'action française en faveur des sécessionnistes et pour
favoriser la légitimation de la reconnaissance de la sécession
Biafraise. De Gaulle fut à l'origine de l'envoi des humanitaires au Biafra
en mai 1968 pour sensibiliser l'opinion publique au travers des médias qui
vont considérablement médiatiser les actions humanitaires des "french
doctors" de la Croix-rouge française. Pour De Gaulle, il s'agissait
d'éviter que les Nigérians bombardent la province sécessionniste
du Biafra en envoyant les humanitaires de la Croix-rouge. Mais
l'arrivée des humanitaires dans la province du Biafra n'empêchera pas les
bombardements nigérians. En clair les humanitaires furent
instrumentalisés par les services dans leur action en faveur de la
sécession biafraise. Une guerre qui fera 1 à 2 millions de morts et durera
4 ans à cause du soutien français qui prolongera inutilement cette guerre
de sécession alimentée par la politique foccarto-gaulliste. La Croix-rouge
française transportera dans ses soutes des vivres et des munitions.
"Tous les moyens sont bons dans cette affaire. La
Croix-Rouge et les Chevaliers de Malte, qui canalisent et acheminent
officiellement vivres et médicaments au Biafra, ne regardent pas de trop
près les lourdes caisses qui, manifestement, ne sont pas remplies de lait
en poudre. Pour simplifier les choses, le colonel Merle, conseiller
militaire de l'ambassade de France au Gabon, est aussi responsable de la
Croix-Rouge" (Pierre Péan, Affaires
Africaines).
L'ingérance humanitaire (l'après Biafra), les
positions pro-atlantistes Après la période du Biafra, les
"french doctors" dont Bernard Kouchner vont créér médecins sans frontières
(MSF) pour venir en aide aux populations victimes de guerre et de
catastrophe. Un débat idéologique va agiter MSF au milieu des
années soixante-dix concernant les rapports entre le politique et
l'humanitaire. Minoritaire, Bernard Kouchner qui préconisait l'ingérence
humanitaire et des liens renforcés avec le politique, préfigurant ainsi sa
carrière et ses engagements futurs, quittera MSF en 1979 et crééra
Médecins du monde. Bernard Kouchner sera dès lors toujours fidèle à sa
devise d'ingérence humanitaire au côté du politique. Il met ses pas dans
ceux des grands reporters à l'instar d'un BHL, et s'affiche de plus en
plus dans les médias, notamment aux journaux télévisés, ce qui lui vaut de
nombreuses critiques, notamment après ses interventions humanitaires en
Somalie (décembre 1992) où il posera avec des sacs de riz devant les
photographes. Photo spontanée qui a nécessité trois poses selon
Bakchich. Il
passera un cran dans la logique de l'ingérence humanitaire en soutenant
l'invasion US en Irak se désolidarisant ainsi de bon nombre de ses
collègues. En 2004, il est cité par le magazine américain Time comme l'une
des "100 personnalités les plus puissantes et influentes du monde" pour
avoir « au nom des droits de l'homme, approuvé l'intervention
américaine en Irak ». Selon le Réseau Voltaire, Bernard Kouchner aurait participé à quelques
colloques de la French American Foundation, organisation
non-lucrative, "qui a depuis trente ans pour fonction de recruter
les jeunes leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les
former au soutien de la politique atlantiste. On y trouve des membres de
l'UMP, du PS aussi bien que de l'équipe de campagne de José Bové".
Pour bon nombre d'observateurs, Kouchner est un excellent candidat, pour donner
des gages à Washington, et pour infléchir la politique
française vers plus d'atlantisme. Mais en même temps ses positions
politiques n'ont jamais vraiment divergé des politiques
françafricaines.
Les réseaux
françafricains Du Biafra au Rwanda, Kouchner n'a jamais été
très critique vis à vis de la Françafrique. Il a été amené à faire de
nombreuses missions auprès de Sassou Nguesso ou d'Omar Bongo, deux dictateurs françafricains
soutenus et mis en place par Paris.
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BAKCHICH 14.05.07 Kouchner au Kärcher
L'émir d'Afrique centrale,
l'éminent président du Gabon Omar Bongo, a fait depuis longtemps
appel à ses services. Histoire de mettre du beurre dans les
épinards, l'ancien ministre de la Santé a accepté une petite mission
à Libreville : une étude pour y créer une sécurité sociale à la
Française.
Dans l'Afrique pétrolière et
démocrate, où Total est tout à son aise, un autre fan a fait appel à
son auguste personne, Denis Sassou Nguesso. Lors d'une des
innombrables visites à Paris du Président congolais, Kouchner a eu
l'inestimable chance d'être reçu en audience, fin février 2006. À la
clé, une demande présidentielle de « réflexion
sur les problèmes de Santé au Congo ». En gros, une réforme
de la sécurité sociale congolaise, et, en passant, songer à prémunir
l'Afrique contre la grippe aviaire. Bernard a eu l'air ravi de son
entretien avec un chef d'État dont la générosité n'est pas la
moindre des qualités... « Quand on s'adresse à
M. Sassou Nguesso, on s'adresse à la fois au président du Congo
et au Président de l'Union africaine (NDLR, poste qu'occupait
Sassou à l'époque) », a-t-il alors
déclaré.
Ménagère des leaders
françafricains, blanchisseuse des méthodes des grandes entreprises
françaises, ségoliste assez tiède, Kouchner ne dépareillerait pas
dans la galaxie Sarkozy...
Lire
la suite sur Bakchich | Dernièrement en octobre 2006, il fut avec l'ancien
ministre des affaires étrangères Douste Blazy et Hélène Carrère d'Encausse
auprès de Sassou
Nguesso lors de l'inauguration du
mémorial en hommage au colonisateur Pierre Sarvognan de Brazza
(Lettre du Continent 12.10.06 cité dans Billets d'Afrique Novembre
2006). Kouchner est aussi
un familier des grandes multinationales françafricaines. Ainsi il fut
mandaté par Total en 2003 pour pondre un rapport de 19 pages rémunéré
25.000 euros sur les conditions de travail en Birmanie dans la
concession birmane de Total. Il avait affirmé en 2003 dans ce rapport que
la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits "mal
informés" ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé
en Birmanie. La Fédération internationale des droits de l'homme
sera très critique envers le rapport de
Bernard Kouchner et écrira : "Sur le travail
forcé et les violations de droits de l'Homme occasionnées par le chantier
Bernard Kouchner ignore délibérément les véritables accusations portées
contre le groupe pour répondre à d'autres, qui n'ont jamais été
formulées." Finalement Total, malgré le rapport de
Bernard Kouchner, n'a pas voulu risquer de condamnation pour travail
forcé en Birmanie et a accepté d'indemniser en novembre 2006 sept
Birmans qui l'accusaient de les avoir contraints de travailler
gratuitement pour elle sous la supervision de l'armée birmane. Lors
d'une action d'urgence au Niger en coordination avec le Programme
alimentaire mondial, Kouchner a réussi à collecter pour son Association Réunir des fonds d'entreprises telles qu'Areva, Total, Bolloré et
des entreprises de la grande distribution. Selon le Canard Enchaîné
(03.08.05) "Areva fortement implanté au
Niger a financé l'association de Bernard Kouchner de manière conséquente :
130 000 euros en juin et 120 000 euros en juillet, soit 0,05 % des
428 millions de bénéfice annuel d'Areva".
L'expérience Rwandaise (1994) L'aventure
rwandaise de Kouchner demeure avec le recul encore plus ambigüe que son
aventure biafraise. Au Nigeria lors de la sécession du Biafra, il
était médecin humanitaire pour la Croix-rouge, au Rwanda il a des
responsabilités politiques. Son action a été fort critiquée par des
associations et des ONGs françaises. Certains y ont vu des concordances humanitaires et
génocidaires. Pour des membres de la Commission d'Enquête et
Citoyenne (CEC), "l'action humanitaire
chez Kouchner est devenue au Rwanda le faux nez de l'armée et de
dirigeants français" qui ont soutenu le régime génocidaire rwandais.
Roméo Dallaire dressera un bilan plutôt mitigé de l'action de Kouchner au
Rwanda.
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J'ai serré la main du diable. La
faillite de l'humanité au Rwanda. Roméo Dallaire "La réunion s'est
terminée sur Bagosora (présumé cerveau du génocide, ndlr) et ses
chefs promettant d'aider l'évacuation des orphelins, alors que
Kouchner était à la tête de sa pléthore de journalistes. J'ai
détesté l'argument de Kouchner qui estimait que ce genre d'action
serait une excellente publicité pour le gouvernement intérimaire
(qui organisait le génocide, ndlr). Je n'aimais déja pas
l'idée de faire sortir du pays des enfants rwandais, mais se servir
de ce geste pour montrer une meilleure image des extrémistes me
donnait la nausée....Selon Yaache, Bagosora semblait désespéré
et voulait que le transfert ait lieu sur-le-champ. En perdant
l'occasion d'utiliser Kouchner, il perdait l'occasion majeure de
montrer aux yeux des autorités françaises, de la population et du
monde entier que les extrémistes tentaient vraiment d'arranger la
situation."
p.464-467.
"Je dis à Kouchner que je n'arrivais pas
à croire l'effronterie des Français. D'après moi, ils se servaient
du prétexte humanitaire pour intervenir au Rwanda, permettant à
l'AGR (armée gouvernementale rwandaise-les FAR) de maintenir une
bande de territoire du pays et un peu de légitimité face à une
défaite certaine. Si la France et ses alliés avaient
vraiment voulu faire cesser le génocide, éviter que mes observateurs
militaires se fassent tuer et appuyer les objectifs de la mission
des Nations unies - comme la France l'avait voté à deux
reprises au Conseil de sécurité - ils auraient plutôt renforcé la
MINUAR". (p.530) | Lire :
BAKCHICH 14.05.07 Kouchner au
Kärcher
ISOMETRIC Bernard Kouchner au Rwanda (PDF) Concordances humanitaires et
génocidaires
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