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 PRESSAFRIQUE 17.05.07
Bernard Kouchner au Quai d'Orsay ? continuation et concordance françafricaines   

 La longue carrière de Bernard Kouchner comme "french doctor" dont l'apothéose fut sa consécration comme ministre de la santé et de l'action humanitaire sous François Mitterrand II (février 1992 - mars 1993) puis comme haut représentant de l'ONU pour le Kosovo (juillet 1999 à janvier 2001) pourrait rebondir avec sa nomination à la tête du ministère des affaires étrangères sous Sarkozy Ier. Plébiscité par les Français pour ses engagements humanitaires, le socialiste Kouchner pourrait virer sa cutie et entrer sans se dédire dans un gouvernement de droite dure où la part belle a été faite aux idées du Front national avec la création d'un ministère de l'identité nationale et de l'immigration rappelant les heures sombres de la France Vichyste.

Pourtant malgré ses engagements humanitaires, l'homme Kouchner a toujours jusqu'ici marché dans les pas de la Françafrique : du Biafra au Rwanda, son engagement, son action politique ou ses activités se sont adaptés aux réseaux de la Françafrique. Comme Nicolas Sarkozy, il est très proche des milieux atlantistes et a soutenu lui aussi l'invasion coloniale de l'Irak au nom du droit d'ingérence humanitaire. Comme Nicolas Sarkozy, il est familier des néogouverneurs françafricains tels que Sassou Nguesso ou bien Omar Bongo. Nous retraçons son parcours françafricain du Biafra au Rwanda.

L'expérience de la sécession biafraise (1967-1970)
Sa carrière en Afrique a débuté comme "french doctor" pour la Croix rouge française lors de la guerre du Biafra. Il servit malgré lui de colporteur de la propagande des services français. Il s'agissait lors de la
politique de guerre secrète menée dans la province sécessionniste du Biafra par le duo foccarto-gaulliste de faire croire à l'opinion publique que les Nigérians étaient en train de réaliser un génocide à l'encontre des sécessionistes biafrais. Bernard Kouchner ira avec d'autres "french doctors" en tant que membres de la Croix rouge au Biafra et relayera au traver d'articles publiés dans les journaux comme Le Monde ou Le Nouvel Observateur la thèse du génocide au Biafra afin de mobiliser l'opinion publique française en faveur de la sécession biafraise. Il ira jusqu'à créer "le comité de lutte contre le génocide au Biafra" où figurera de nombreux intellectuels de gauche. Sans le savoir, Kouchner, se verra faciliter l'accès aux médias grâce à l'action des services secrets et notamment de Jacques Foccart selon Joël Calmettes (Histoire secrète de la guerre du Biafra : Focart s'en va-ten guerre). Le Colonel Maurice Robert, chef du SDECE Afrique révèlera dans le reportage de Joël Calmettes (Histoire secrète de la guerre du Biafra : Focart s'en va-ten guerre) et dans son livre Ministre de l'Afrique (p.180) que  "Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi." Dans un article du Washington Post (11.07.1969) la situation fut présentée différemment de celle présentée par les humanitaires de la Croix-rouge  :  "Le Biafra prive son propre peuple de ce qui est nécessaire à sa subsistance, dans l'espoir évidemment que le spectacle de ses souffrances va inciter les étrangers à imposer des restrictions politiques au Nigéria...La famine ne saurait devenir une arme de guerre acceptable du simple fait qu'elle est utilisée par un leadership aux abois contre sa propre population réduite à l'impuissance." La version qui fut donnée par Kouchner dans ses article du Monde (Deux médecins français au Biafra témoignent) ou du Nouvel Observateur fut diamétralement opposée (19.01.1970 Un médecin accuse...par Bernard Kouchner). Kouchner évoquera son expérience de médecin humanitaire de la Croix-rouge française au Biafra en prise avec les médias de l'époque dans le documentaire de Joël Calmettes Histoire secrète du Biafra : Foccart s'en va-t-en guerre : "Ne fermez pas le bouton avait dit Sabbag. Attention ne fermez pas le bouton on va vous montrer en spectacle. Difficile à soutenir mais nous avons besoin de vous. Moi J'étais médecin, la France demandait des médecins j'étais disponible un peu en mal d'aventure c'est vrai en tout cas en appétit d'ouverture pour moi mai 68 venait très tard. "

Il s'agissait selon l'ancien responsable Maurice Robert du SDECE de mobiliser l'opinion publique française au travers du drame humanitaire du Biafra pour avaliser l'action française en faveur des sécessionnistes et pour favoriser la légitimation de la reconnaissance de la sécession Biafraise. De Gaulle fut à l'origine de l'envoi des humanitaires au Biafra en mai 1968 pour sensibiliser l'opinion publique au travers des médias qui vont considérablement médiatiser les actions humanitaires des "french doctors" de la Croix-rouge française. Pour De Gaulle, il s'agissait d'éviter que les Nigérians bombardent la province sécessionniste du Biafra en envoyant les humanitaires de la Croix-rouge. Mais l'arrivée des humanitaires dans la province du Biafra n'empêchera pas les bombardements nigérians. En clair les humanitaires furent instrumentalisés par les services dans leur action en faveur de la sécession biafraise. Une guerre qui fera 1 à 2 millions de morts et durera 4 ans à cause du soutien français qui prolongera inutilement cette guerre de sécession alimentée par la politique foccarto-gaulliste. La Croix-rouge française transportera dans ses soutes des vivres et des munitions.

"Tous les moyens sont bons dans cette affaire. La Croix-Rouge  et les Chevaliers de Malte, qui canalisent et acheminent officiellement vivres et médicaments au Biafra, ne regardent pas de trop près les lourdes caisses qui, manifestement, ne sont pas remplies de lait en poudre. Pour simplifier les choses, le colonel Merle, conseiller militaire de l'ambassade de France au Gabon, est aussi responsable de la Croix-Rouge" (Pierre Péan, Affaires Africaines).

 

L'ingérance humanitaire (l'après Biafra), les positions pro-atlantistes
Après la période du Biafra, les "french doctors" dont Bernard Kouchner vont créér médecins sans frontières (MSF) pour venir en aide aux populations victimes de guerre et de catastrophe. Un débat idéologique va agiter MSF au milieu des années soixante-dix concernant les rapports entre le politique et l'humanitaire. Minoritaire, Bernard Kouchner qui préconisait l'ingérence humanitaire et des liens renforcés avec le politique, préfigurant ainsi sa carrière et ses engagements futurs, quittera MSF en 1979 et crééra Médecins du monde. Bernard Kouchner sera dès lors toujours fidèle à sa devise d'ingérence humanitaire au côté du politique. Il met ses pas dans ceux des grands reporters à l'instar d'un BHL, et s'affiche de plus en plus dans les médias, notamment aux journaux télévisés, ce qui lui vaut de nombreuses critiques, notamment après ses interventions humanitaires en Somalie (décembre 1992) où il posera avec des sacs de riz devant les photographes. Photo spontanée qui a nécessité trois poses selon
Bakchich. Il passera un cran dans la logique de l'ingérence humanitaire en soutenant l'invasion US en Irak se désolidarisant ainsi de bon nombre de ses collègues. En 2004, il est cité par le magazine américain Time comme l'une des "100 personnalités les plus puissantes et influentes du monde" pour avoir « au nom des droits de l'homme, approuvé l'intervention américaine en Irak ». Selon
le Réseau Voltaire, Bernard Kouchner aurait participé à quelques colloques de la French American Foundation, organisation non-lucrative, "qui a depuis trente ans pour fonction de recruter les jeunes leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les former au soutien de la politique atlantiste. On y trouve des membres de l'UMP, du PS aussi bien que de l'équipe de campagne de José Bové". Pour bon nombre d'observateurs, Kouchner est un excellent candidat, pour donner des gages à Washington, et pour  infléchir la politique française vers plus d'atlantisme. Mais en même temps ses positions politiques n'ont jamais vraiment divergé des politiques françafricaines.

Les réseaux françafricains
Du Biafra au Rwanda, Kouchner n'a jamais été très critique vis à vis de la Françafrique. Il a été amené à faire de nombreuses missions auprès de Sassou Nguesso ou d'Omar Bongo,
deux dictateurs françafricains soutenus et mis en place par Paris.


 BAKCHICH 14.05.07
Kouchner au Kärcher

L'émir d'Afrique centrale, l'éminent président du Gabon Omar Bongo, a fait depuis longtemps appel à ses services. Histoire de mettre du beurre dans les épinards, l'ancien ministre de la Santé a accepté une petite mission à Libreville : une étude pour y créer une sécurité sociale à la Française.

Dans l'Afrique pétrolière et démocrate, où Total est tout à son aise, un autre fan a fait appel à son auguste personne, Denis Sassou Nguesso. Lors d'une des innombrables visites à Paris du Président congolais, Kouchner a eu l'inestimable chance d'être reçu en audience, fin février 2006. À la clé, une demande présidentielle de « réflexion sur les problèmes de Santé au Congo ». En gros, une réforme de la sécurité sociale congolaise, et, en passant, songer à prémunir l'Afrique contre la grippe aviaire. Bernard a eu l'air ravi de son entretien avec un chef d'État dont la générosité n'est pas la moindre des qualités... « Quand on s'adresse à M. Sassou Nguesso, on s'adresse à la fois au président du Congo et au Président de l'Union africaine (NDLR, poste qu'occupait Sassou à l'époque)  », a-t-il alors déclaré.

Ménagère des leaders françafricains, blanchisseuse des méthodes des grandes entreprises françaises, ségoliste assez tiède, Kouchner ne dépareillerait pas dans la galaxie Sarkozy...

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 Dernièrement en octobre 2006, il fut avec l'ancien ministre des affaires étrangères Douste Blazy et Hélène Carrère d'Encausse auprès de Sassou Nguesso lors  de l'inauguration du mémorial en hommage au colonisateur Pierre Sarvognan de Brazza (Lettre du Continent 12.10.06 cité dans 
Billets d'Afrique Novembre 2006).  Kouchner est aussi un familier des grandes multinationales françafricaines. Ainsi il fut mandaté par Total en 2003 pour pondre un rapport de 19 pages rémunéré 25.000 euros sur les conditions de travail en Birmanie dans la concession birmane de Total. Il avait affirmé en 2003 dans ce rapport que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits "mal informés" ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé en Birmanie. La Fédération internationale des droits de l'homme sera très critique envers le rapport de Bernard Kouchner et écrira : "Sur le travail forcé et les violations de droits de l'Homme occasionnées par le chantier Bernard Kouchner ignore délibérément les véritables accusations portées contre le groupe pour répondre à d'autres, qui n'ont jamais été formulées." Finalement Total, malgré le rapport de Bernard Kouchner, n'a pas voulu risquer de condamnation pour travail forcé en Birmanie et a accepté  d'indemniser en novembre 2006 sept Birmans qui l'accusaient de les avoir contraints de travailler gratuitement pour elle sous la supervision de l'armée birmane.
Lors d'une action d'urgence au Niger en coordination avec le Programme alimentaire mondial, Kouchner a réussi à collecter pour son
Association Réunir des fonds d'entreprises telles qu'Areva, Total, Bolloré et des entreprises de la grande distribution. Selon le Canard Enchaîné (03.08.05) "Areva fortement implanté au Niger a financé l'association de Bernard Kouchner de manière conséquente : 130 000 euros en juin et 120 000 euros en juillet, soit 0,05 % des 428 millions de bénéfice annuel d'Areva".

L'expérience Rwandaise (1994)
L'aventure rwandaise de Kouchner demeure avec le recul encore plus ambigüe que son aventure biafraise. Au Nigeria lors de la sécession du Biafra, il était médecin humanitaire pour la Croix-rouge, au Rwanda il a des responsabilités politiques. Son action a été fort critiquée par des associations et des ONGs françaises. Certains y ont vu
des concordances humanitaires et génocidaires.
Pour
des membres de la Commission d'Enquête et Citoyenne (CEC), "l'action humanitaire chez Kouchner est devenue au Rwanda le faux nez de l'armée et de dirigeants français" qui ont soutenu le régime génocidaire rwandais. Roméo Dallaire dressera un bilan plutôt mitigé de l'action de Kouchner au Rwanda.

J'ai serré la main du diable. La faillite de l'humanité au Rwanda. Roméo Dallaire
"La réunion s'est terminée sur Bagosora (présumé cerveau du génocide, ndlr) et ses chefs promettant d'aider l'évacuation des orphelins, alors que Kouchner était à la tête de sa pléthore de journalistes. J'ai détesté l'argument de Kouchner qui estimait que ce genre d'action serait une excellente publicité pour le gouvernement intérimaire (qui organisait le génocide, ndlr). Je n'aimais déja pas l'idée de faire sortir du pays des enfants rwandais, mais se servir de ce geste pour montrer une meilleure image des extrémistes me donnait la nausée....Selon Yaache, Bagosora semblait désespéré et voulait que le transfert ait lieu sur-le-champ. En perdant l'occasion d'utiliser Kouchner, il perdait l'occasion majeure de montrer aux yeux des autorités françaises, de la population et du monde entier que les extrémistes tentaient vraiment d'arranger la situation." p.464-467. 

"Je dis à Kouchner que je n'arrivais pas à croire l'effronterie des Français. D'après moi, ils se servaient du prétexte humanitaire pour intervenir au Rwanda, permettant à l'AGR (armée gouvernementale rwandaise-les FAR) de maintenir une bande de territoire du pays et un peu de légitimité face à une défaite certaine. Si la France et ses alliés avaient vraiment voulu faire cesser le génocide, éviter que mes observateurs militaires se fassent tuer et appuyer les objectifs de la mission des Nations unies - comme la France l'avait voté à deux reprises au Conseil de sécurité - ils auraient plutôt renforcé la MINUAR". (p.530)  


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BAKCHICH 14.05.07
Kouchner au Kärcher

ISOMETRIC
Bernard Kouchner au Rwanda (PDF)
Concordances humanitaires et génocidaires