PRESSAFRIQUE 31.05.04

 QUAND XAVIER DARCOS AU NOM DU GOUVERNEMENT FRANCAIS LEGITIME LE REGIME CRIMINEL DU DICTATEUR IDRISS DEBY

« La banalisation de la torture au Tchad, et notamment le recours à l'arbatachar - méthode qui consiste à lier les bras et les jambes de la victime dans le dos, provoquant des douleurs extrêmes, des blessures ouvertes, et parfois la gangrène - est telle que cette méthode est considérée comme un acte tout à fait normal » (Amnesty International, rapport du 10.10.1996 sur le Tchad).

« Le choix de N'Djamena comme base aérienne française a pour objectif l'efficacité militaire d'abord et ensuite le soutien au président Déby dans ses efforts dans la consolidation de la paix civile, le développement démocratique et le renforcement économique du pays ». Alain Richard, Ministre de la Défense,30.07.1997, cité par François-Xavier Verschave dans Noir Silence, p.167.

30 Octobre 1997, Déby envoie ses troupes massacrer les FARF ralliées dans leur coordination de Moundou. Laokein Bardé est seul, ou presque, à pouvoir s'échapper. On assassine des personnalités locales, on moleste l'évèque, on enlève des enfants, on tue les parents. Interdits d'inhumation, des corps sont livrés aux cochons. (Agence Reuters, 01.11.1997 cités dans Noir Silence).
                    

      Les députés tchadiens ont adopté vers la mi-mai un projet de révision constitutionnelle qui supprime notamment la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. Le projet de révision, qui porte sur huit articles de la Constitution, a été intégralement adopté, à main levée, par 123 voix pour, 0 contre et une abstention. Alors que le groupe parlementaire MPS (Mouvement patriotique du salut), parti au pouvoir du président Idriss Deby, qui avait déposé la proposition de révision, a fait le plein de ses 113 députés, l'ensemble des députés de l'opposition ont quitté l'hémicycle et n'ont pas pris part au vote.
Cela n'a pas empêché Xavier Darcos en visite au Tchad, de célébrer cette nouvelle initiative démocratique du régime Tchadien en constatant qu'Idriss Déby avait obtenu largement la majorité. Le Front national du Tchad rénové (FNTR) a qualifié cette déclaration du ministre français d'irresponsable.
Cette révision constitutionnelle prévoit la levée de la limitation des mandats du président de la République, la suppression du Sénat et l'allègement des procédures de révision constitutionnelle, selon le rapport de la commission parlementaire qui l'a préparé. Ce projet de réforme s'il était ratifié par référendum permettrait au président Idriss Déby de se représenter pour autant de mandats qu'il le souhaitera et ainsi de prolonger sa dictature à vie. Une réforme qui si elle était appliquée en France permettrait de supprimer le Sénat français, et d'autoriser la présentation à vie de Jacques Chirac aux élections présidentielles de la République Française.
Au pouvoir depuis 1990 après un coup d'état, Idris Déby a été réélu à deux reprises suite aux trucages des élections en 1996 et 2001. Il s'était engagé publiquement, jusqu'à présent, à abandonner le pouvoir en 2006 : « Je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle en 2006. Je ne modifierai pas la Constitution quand bien même j'aurais une majorité de 100 % ! Je le dis haut et fort : ce qui me reste à faire au cours de mon  dernier mandat, c'est de préparer le Tchad à l'alternance au pouvoir, une alternance démocratique, pacifique, sans rupture ».

     Idriss Déby, âgé de 52 ans, pourra donc se présenter à l'élection présidentielle de 2006 et avec la bénédiction de l'autorité politique française tandis que l'ensemble de l'opposition politique dénonce le caractère dictatorial du régime Déby. Récemment l'UFC (Union des forces du changement), une coalition de mouvements de l'opposition armée tchadienne, a qualifié jeudi de "putsch constitutionnel du général Deby" la révision de la Constitution approuvée par les députés tchadiens. Et Xavier Darcos, ministre de la Coopération au Développement et à la Francophonie, au nom du gouvernement français ne trouve rien de mieux que de légitimer le pouvoir usurpé du président Idriss Déby:

«
La France soutient la position du président Deby qui a été élu démocratiquement et par deux fois, elle salue le fait que l'Assemblée nationale, à une majorité supérieure à celle qui d'habitude soutient le gouvernement, a approuvé la révision de la Constitution », ( visite au Tchad le vendredi 28.05.04).

Ces propos sont méprisants à l'égard du peuple tchadien et constituent une falsification de la réalité au regard des pratiques politiques du régime totalitaire de Déby. Rappelons simplement que la FIDH avait constaté après les élections de 2001 une répression sanglante ayant fait plusieurs morts avec « un état d'urgence de fait » suite à la dénonciation par les forces d'opposition de la fraude massive organisée par le régime Déby. Les associations Agir Ici et Survie avaient constaté la fraude électorale en partie mise en place en 1996 par la France. « La torture et les arrestations arbitraires sont monnaies courantes au Tchad, et l'impunité est la règle. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty Internationale évoquait, par exemple, l'arrestation et la détention de cent personnes, dont des enfants, en mars dernier à N'djamena ». (L'Humanité, Camille Bauer, Paris bénit Déby, 20.09.2003).

Enfin la majorité absolue est à discuter lorsque l'on sait que l'opposition a refusé de voter et que le régime Déby a installé par la fraude une majorité de fait à l'assemblée nationale (113 députés ; il faut 115 députés pour que cette réforme soit votée). Voici ce qu'en disait François-Xavier Verschave dans son livre, Noir Silence, p.166 : « Grâce à la coopération Paris-N'Djamena, la multiplication des bulletins et le bidouillage informatique ont permis au seigneur de la guerre de s'habiller en président, puis disposer d'une majorité à l'Assemblée. » Sans doute cette qualification « d'élections démocratiques » se fait à l'aune de l'expérience démocratique néo-gaulliste au sein de la mairie de Paris ?

 C'est en grande pompe et avec tous les honneurs dus à un fidèle allié que la France a reçu le président tchadien. L'ancienne puissance coloniale a offert un dîner et un entretien avec le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, ainsi qu'un déjeuner en tête-à-tête avec le président Chirac à l'ancien élève de l'école de guerre de Paris. Elle a toujours soutenu Déby, qui a pris le pouvoir en renversant, en 1990, le dictateur Hissène Habré, son ancien patron, et maintient au Tchad les 950 soldats français du dispositif Épervier. Mais l'entrée du pays au club des pays producteurs de pétrole a encore accru son importance stratégique..Dans son dernier rapport annuel, Amnesty Internationale évoquait, par exemple, l'arrestation et la détention de cent personnes, dont des enfants, en mars dernier à N'djamena.C'est justement pour assurer le maintien au pouvoir de ses alliés que le président aurait rendu visite à ses amis français. Venu cet été en France pour se soigner, Déby est, de notoriété publique, très malade. C'est donc pour " solliciter le soutien de la France à son plan de succession " que le président tchadien aurait effectué le déplacement, estime Sharon Courtoux, de l'association Survie. Dans un pays qui, depuis 1965, a vu naître des dizaines de rébellions armées, et où le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) est encore actif, au point d'avoir annoncé récemment la prise de contrôle du deuxième aéroport du pays, la bénédiction du parrain français reste un élément important pour garantir la pérennité du pouvoir. Tchad La visite à Paris d'Idriss Déby Paris bénit Déby. L'Humanité par Camille Bauer. 20.09.2003.


 

De plus Xavier Darcos s'est dit porteur d'un message ''d'amitié, de confiance, de gratitude" du président français Jacques Chirac au président tchadien. La France soutient le président Deby (Darcos) (AFP)

Encore une fois, au nom des intérêts du lobby militaro-industriel français le gouvernement français soutient, sans aucun état d'âme, un criminel contre l'humanité. Xavier Darcos, ministre de la coopération, Jacques Chirac, président de la république exprimant leur « gratitude » envers le président Déby.

Dans le Petit Larousse à « gratitude », on peut lire : « reconnaissance d'un bienfait reçu ».
Mais de quel bienfait peut-il s'agir ?

- Des largesses du président-général Déby aux entreprises françaises (Bouygues, Bolloré, Vivendi, Alcatel-Alstom, Spie-Trindel) accordant, sur le dos de son peuple, de nombreux chantiers de construction sur l'oléoduc rejoignant le Cameroun ou bien le fait que Déby aurait accepté que Total négocie avec Khartoum pour obtenir une concession pétrolière dans le Darfour?
- Celui de se maintenir au pouvoir de manière dictatoriale pour garantir les intérêts français dans la région contre son peuple ?
- Celui d'instrumentaliser l'ethnisme ?
- Celui d'avoir mené de nombreuses exactions et crimes contre l'humanité au TCHAD qui auraient fait selon Alwihda plus de 25.000 victimes?
     
     Selon Alwihda, il y aurait eu un marchandage sur les dos des soudanais et tchadiens entre la France et le Tchad. La France se montrant garant d'un régime honni et à terme de mandats, et reçoit en échange l'appui de Déby dans la gestion de la crise face au Soudan. Peut -on concevoir la reconnaissance de la Chiraquie comme une bénédiction visant à réparer l'effet désastreux du retrait d'Elf, en 1999, du projet pétrolier tchadien, et de profiter des nouvelles opportunités économiques du pays, comme l'indique la rencontre qui a eu lieu entre Idriss Déby et le MEDEF en septembre 2003? «
Par ailleurs, Déby est en train de devenir le nouvel homme fort de l'Afrique centrale, où son pays a multiplié les interventions : en République centrafricaine, où ses troupes ont participé au coup d'État contre le général Bozzizé, en République démocratique du Congo, ou encore au Soudan, où il aurait joué un rôle dans la création de la rébellion du Darfour. » (Humanité, 20.09.2003, Ibid).

     Cette ''gratitude'' envers un dictateur françafricain illustre bien le mépris que nos politiques accordent aux peuples africains sacrifiés sur l'autel des intérêts mercantiles néo-coloniaux. Ces peuples qui « ne sont pas mûrs pour la démocratie » sont par contre prêts pour la dictature, « les génocides », les massacres et l'instrumentalisation de l'ethnisme? Et on en a déjà constaté les effets pervers avec l'affaire Ndengué où des criminels contre l'humanité de l'envergure de Sassou III prennent en otage le président de la république française pour que certaines affaires afro-françaises ne soient plus traitées par la justice française.

Au pays de la Françafrique, il semble que les valeurs régnantes soient celles du commerce mercantile, du pillage des peuples d'Afrique centrale et du cautionnement des kleptocraties, ces nouvelles "démocratures". Les droits de l'homme n'ayant à l'évidence pas le droit de citer dans la réalité des pratiques géopolitiques de la France en Afrique si ce n'est comme instrument de propagande à usage interne?

Retour sur un pouvoir néocolonial françafricain sans pitié au Tchad. (cliquez ici )