|
"Cette exécution devait avoir lieu, et sans
procès, aucune des infamies perpétrées par Lumumba ne pouvant, faute de
preuve, et surtout faute de base juridique, fournir de prétexte à une
condamnation régulière, Lumumba devait disparaître (...) Lumumba vivant,
même prisonnier, représentait un danger trop grave. Il gardait l'oreille
des masses congolaises, sauf celles du Haut-Katanga, et aurait continué à
s'appuyer, au Parlement, sur une majorité réelle." Déclaration de
Frans Verscheure, commissaire belge de la police katangaise cité par
Ludo De Witte, L'Assassinat de Lumumba, p.252.
Dans la
nuit du 16
au 17 janvier 1961, Nendaka, bras droit de Mobutu, avec son escorte militaire quitte
Léopoldville pour aller chercher Lumumba au Camp de Thysville. Les
soldats qui l'accompagnent sont tous originaires du sud-Kasaï et proche
du sécessionniste Kalonji fortement hostile à Lumumba. Ils sont dirigés par
le lieutenant Zuzu décrit par Brassine comme
une "brute sanguinaire" (Enquête sur la mort de Patrice Lumumba, Thèse de
dotorat en sciences politiques (ULB)). Sur leur chemin vers le camp
Hardy, ils ont déja récupéré deux prisonniers Joseph Okito, ancien vice-président
du Sénat et Maurice Mpolo ancien ministre et ancien
chef d'état-major des armées durant le gouvernement de
Lumumba.
|
Une mort de style
colonial, l'assassinat de Patrice Lumumba Documentaire de
Michel Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin,
WDR/ histoire |
|
"Maintenant chacun son rôle.
Mon rôle était d'aller à Thysville prendre les prisonniers et
de là les acheminer à Moanda. C'est dans l'avion que
Lumumba s'est rendu compte des réalités ...Moi comme
je suis pas intéressé, moi je m'en lave les
mains."
Interview de Victor Nendaka |
A 04h30 Nendaka et son escorte arrive au camp Hardy à
Thysville. Avec l'aide du colonel Bobozo qui lui fournit un contingent de
soldats pro-Mobutu, il enlève Lumumba contre son gré de la prison de
Thysville. Lumumba sait dès lors le sort qui va lui être réservé. Selon
Ludo De Witte, Lumumba fut brutalisé par le passé par
Nendaka après son arrestation en décembre
1960
.
A 05h30.
En catimini pour ne pas réveiller les soldats favorables à Lumumba,
Nendaka part très tôt. Bobozo envoie un message-radio à Léopoldville : "le
colis est parti" (Ludo De Witte, L'Assassinat de Lumumba , p.225).
A 07h00,
arrivée du convoi dans la plaine de Kimbala Zolele près de Lukala. Des
témoins congolais (selon Ludo De Witte, ibid, p. 226) voient Lumumba, "le
visage ensanglanté", être sorti de la voiture et emmené dans un petit
avion, un Dragon, de la compagnie Air Brousse de Raymond Linard. C'est un
pilote français qui est au commande et qui emmènera les trois prisonniers
vers Moanda.
A 08h15, l'avion décolle avec à son bord les
prisonniers Lumumba, Okito et Mpolo ainsi que Nendaka, les trois
soldats et leur chef Zuzu. Le pilote est obligé d'arrêter le passage à
tabac des prisonniers car le petit avion est
instable durant le vol.
A 09h30, le Dragon
atterrit à Moanda. Les prisonniers sont à nouveau battus. Nendaka a
accompli sa mission et rentre à Léopoldville. Lumumba, Okito et Mpolo
seront convoyés par avion vers Elisabethville dans un DC-4 douglas
beaucoup plus spatieux et solide.
A 10h00 L'avion décolle. A son bord les prisonniers, les trois soldats et leur
chef zuzu, le commissaire Kazadi et Mukamba. L'équipage est constitué du
pilote belge Piet Van der Meerch, le co-pilote australien
Jack Dixon, le radio de bord belge Jean-Louis Drugmand et le
mécanicien français Robert Frau (ibid, p.227-228). Dans l'avion Lumumba,
Okito et Mpolo subissent de graves sévices au point qu'à
plusieurs reprises l'équipage est obligé d'intervenir pour tenter en
vain de les arrêter. Durant le vol, les trois prisonniers
sont passés à tabac avec de rares interruptions. Des cheveux et la
barbiche de Lumumba sont arrachés par les soldats puis ils l'obligent
à l'avaler. Un soldat tombe malade et un membre de l'équipage se met à
vomir. Selon Ludo De Witte,(ibid, p.231) "même pendant ces
moments-là, Lumumba a conservé toute sa combativité. A un moment donné,
lors d'une de ces pauses que les bourreaux se sont permis, il a reconnu la
voix de Jonas Mukamba. L'ex-Premier ministre commence alors à lui parler.
Mukamba prétendra plus tard que Lumumba avait presque réussi à le
convaincre de ne pas le livrer à Tshombe..."
Jack dixon aurait filmé certaines scènes
du passage à tabac et l'arrivée sur le tarmac à Elisabethville. Le
film aurait été perdu en Afrique du sud (ibid, p.231). Finalement devant
l'absence d'effets concernant leur remontrance aux commissaires qui
accompagnent les soldats, l'équipage s'enferme dans le cockpit
pour n'en sortir qu'à l'atterrissage. Après 6 heures de trajet, l'avion survole
l'espace aérien d'Elisabethville et le pilote prévient la tour de
contrôle. Cet après-midi là, d'abondantes pluies tropicales s'abattent
sur le Katanga.
A 16h00,
le DC-4 demande l'atterrissage à Luano, l'aéroport d'Elisabethville.
Visiblement les autorités du Katanga et les conseillers belges qui en fait
chapitrent Tshombe sont relativement surpris de l'arrivée du "colis". Le
transfert malgré l'accord de Tshombe et de ses conseillers européens s'est
fait dans le plus grand secret pour ne pas être repéré par les forces de
l'ONU. Dès lors la logistique du lobby belgo-katangais va s'activer pour
préparer la réception des prisonniers sur le tarmac. Les conseillers
belges demandent au pilote de l'avion de tourner en rond dans le ciel le
temps que la logistique s'organise. Contrairement à ce que laisse entendre
la commission parlementaire belge qui a eu lieu en
Belgique en novembre 2001 suite aux révélations retentissantes du livre de
Ludo De Witte et contrairement à ce que sous-entendent les historiens
belges mandatés comme experts auprès de la commission belge, les
conseillers belges ont un rôle de premier ordre dans la chaîne
de commandement et dans les décisions qui ont été prises
au Katanga. Selon Ludo De Witte, citant Brassine : "Dans le cadre des
officiers subalternes, des Africains sont nommés officiellement chefs,
mais ce sont les officiers belges qui, selon le lieutenant Grandelet,
exercent "sans problème le commandement effectif pour tout ce qui
sort de la routine". Toute la logistique pour recevoir Lumumba
et pour fournir le cadre qui va servir au lynchage des prisonniers sera
dès lors mis en place par les officiers belges soit-disant au service de
Tshombe. C'est donc le capitaine Gat qui va prendre le commandement
effectif des opérations selon Brassine (ibid,p.234). La première compagnie
de la Police Militaire est commandée par les lieutenants Michels et
Grandelet ; la deuxième compagnie par le capitaine Gat et le
sous-lieutenant Léva. (ibid, p.234). "Au camp Massart, le capitaine
Gat réquisitionne tous les officiers européens et sous-officiers
disponibles ainsi que les deux pelotons qui sont toujours de garde pour
les interventions urgentes. Les cinquante hommes sont transportés au moyen
de trois jeeps, de deux camions et d'un blindé..." (ibid,
p.235). Toujours selon Ludo De Witte, le major Perrad fait
bloquer l'aéroport. Verdikt et d'anciens colons belges se ruent vers
l'aéroport. Au total une centaine d'hommes armés sont dépêchés sur le
tarmac de l'aéroport de Luano selon Luc De Vos et coll.,(Les secrets de l'Affaire Lumumba
p.432).
A 16h20, le
ministre de l'intérieur du Katanga, Munango, est prévenu de
l'arrivée de Lumumba. Tshombe ne sera prévenu
qu'après 17h00.
A 16h50 Atterrissage de
l'avion.
A 16h55 Arrêt des moteurs.
A 17h00 Descente des
prisonniers. Sur le tarmac sont présents de nombreux officiers et
sous-officiers belges ainsi que des soldats katangais dont bon
nombre (issus du sud-kasaï) ont été choisis par le capitaine Gat pour
leur animosité envers Lumumba. Sont présents sur le tarmac
d'après Ludo De Witte (L'Assassinat de Lumumba p.237-238) : "une
cinquantaine de policiers militaires et leurs chefs Michels, Léva, Son et
Gat ; deux pelotons de policiers et leur chef Seger ; Mumba, inspecteur de
police, et Sapwe, commissaire de police ; les ministres katangais Munongo,
Kibwe et Kitenge ; les officiers supérieurs belges Weber, Vandewalle
et Crève-coeur ; les commandants Smal et Verdikt ; le capitaine Protin et
enfin les civils Carlo Huyghé, Lindekens, Tignée et Betty Jacquemain"
(p.238). C'est l'officier Zuzu qui sort le premier de l'avion puis il est
suivi par les prisonniers sérieusement amochés. Ils sont attachés les
uns aux autres mais sont suffisament vaillants pour se déplacer
eux-mêmes et tiennent encore sur leurs deux jambes.
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Une mort de style colonial, l'assassinat de Patrice
Lumumba Documentaire de Michel
Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin, WDR/
histoire |
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"On lui avait enlevé sa
barbiche, il était ligoté. Il était un autre homme "
Interview de Roger Léva, sous-officier belge de la police katangaise.
"Je les ai trouvé, en tous les cas Lumumba très digne.
En tous les cas ils avaient l'air
fatalistes" Interview de Claude Grandelet,
officier belge des troupes katangaises dans le documentaire
Lumumba, une mort
coloniale. |
Devant les officiers supérieurs
européens, les prisonniers sont tabassés à coup de crosse. Selon
Verdikt certains sous-officiers belges participent aux exactions, il
décrit "un sous-officier européen, en tenue de la Gendarmerie
katangaise, qui frappe Lumumba, lequel ne semble plus guère réagir aux
coups". Toujours selon Verdikt (cité par Ludo De Witte, L'Assassinat de Lumumba , p.239-240) un lieutenant belge
s'écrie : "Ils ne peuvent pas souiller le sol katangais...portez les!
portez les!" (ibidem, p.240). De fait la situation au Katanga n'a
guère changé depuis la "colonisation", les éminences grises sont les
anciens colons qui manoeuvrent des hommes de paille pour donner une
apparence de légitimité à la sécession du Katanga. Selon Grandelet, depuis
le débarquement Lumumba n'a pas ouvert la bouche et s'est comporté avec
dignité (ibid, p.240). Un contingent réduit de l'ONU observe les faits de
l'autre côté du tarmac sans intervenir. Il s'agit de 7 soldats suédois
face à une centaine d'hommes armés qui protègent l'accès à l'avion.
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Une mort de style
colonial, l'assassinat de Patrice Lumumba Documentaire de
Michel Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin,
WDR/ histoire |
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"Nous avons reçu un rapport
de son arrivée et nous avons immédiatement donné des
instructions pour qu'il soit protégé et qu'aucun mal ne lui
soit fait". Interview de Lindgren, sergent de
l'ONU. |
L'ONU est au courant dès le
débarquement des prisonniers de leur présence sur le sol katangais
comme l'attestent les observations du sous-officier Lindgren qui observe la
scène aux jumelles : "Les militaires (...) les ont frappés, [leur ont]
donné des coups de crosse de fusil et les ont jetés dans la jeep. Quatre
gendarmes ont alors sauté dans la jeep et se sont assis. A ce moment-là,
un des trois prisonniers a poussé des cris perçants. La jeep est alors
partie en tête du convoi motorisé qui est allé jusqu'à l'extrémité de
l'aéroport et s'est éloignée par une brèche faite dans le grillage"
(ibid, p.241).
C'est le capitaine Gat qui arrêtera le
passage à tabac. Les prisonniers sont alors jetés dans une jeep
au sol et conduit dans la propriété d'un ancien colon : la
maison Brouwez. Cette maison a été réquisitionnée par les officiers
supérieurs européens qui vont fournir aux soldats katangais le cadre pour
assurer le lynchage de Lumumba, d'Okito et de Mpolo.
A 17h20 Arrivée des prisonniers
à la maison Brouwez. A l'arrivée, six soldats de la Police
Militaire katangaise sont commandés par six Belges : Gat,
Verscheure, Grandelet, Son, Tignée et Huyghé (ibid, p.244). Grandelet
reçoit l'ordre ainsi que ses hommes de surveiller les alentours de la
maison et de tirer sur les forces de l'ONU au cas où elles
interviendraient tandis que la police katangaise surveille toutes les
routes aux alentours.
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Une mort de style
colonial, l'assassinat de Patrice Lumumba Documentaire de
Michel Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin,
WDR/ histoire |
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"Après la visite du ministre de
l'intérieur M. Munongo, là on nous a donné l'ordre de tirer sur les
Onusiens, les casques bleus s'ils arrivaient et au cas de ne pas
réussir de tuer Lumumba... - Ca vous a touché ? - Touché
euh ouai mort d'homme ne me laisse pas indifférent. Mais enfin il
est certain que euh non " Interview de
Claude Grandelet, officier belge des troupes
katangaises
"Moi, j'ai vu le Lumumba là-bas...je lui ai
rappellé une chose il me disait Petit-jean quand j'arriverai au
Katanga nous allons écraser votre parti politique. Moi je lui disais
non c'est toi que nous allons écraser. C'est ça ce qu'il m'a
rappellé. Il dit voilà moi j'arrive ici chez vous, je suis chez
vous, vous m'avez écrasé effectivement" Interview de Kibwe,
ministre des finances du Katanga.
" - Qu'est-ce qui s'est
passé pendant tout le temps que vous étiez là? - Euh j'ai vu plusieurs membres
du gouvernement katangais dont le ministre de
l'intérieur M. Munongo qui a regardé Lumumba de bas en haut puis de
haut en bas puis qui a craché par terre. Quand j'ai vu ça je me suis
dit Lumumba il est comme mort(? inaudible
sous-entendu un geste qui signifie probablement l'arrêt de mort de
Lumumba
)... - Vous n'aviez pas de pitié envers lui -
Pourquoi j'ai pas pu avoir de pitié pour ce type là. C'est lui qui a
insulté mon roi." Interview de Roger
Léva, sous-officier belge de la police
katangaise. |
Dans la maison le capitaine Gat
organise la coordination et l'accès aux prisonniers selon Brassine cité
par Ludo De Witte (ibid, p.245).
A 18h00 visite de plusieurs
ministres katangais. Les soldats et les ministres frappent les
prisonniers. Même certains sous-officiers et officiers belges
s'y mettent. C'est un défouloir collectif où Lumumba, Okito et Mpolo
subissent des sévices graves. Un sous-officier belge témoigne qu'alors
qu'il essayait de déserrer la corde entre Okito et Mpolo
"ancrée dans leur chair. J'ai délié les deux prisonniers et à ce
moment, un des deux m'a injurié et traîté de "sale blanc"! Je lui ai
aussitôt mis mon poing dans la figure." (cité par Ludo De Witte,
ibid, p. 244). Selon Luc De Vos et coll.,(Les
secrets de l'Affaire Lumumba , p. 426) d'après
les témoignages d'un officier belge de la gendarmerie katangaise,
un sous-officier et un officier belge auraient battu les
prisonniers très fortement au point que l'un des deux aurait eu
"la main blessée à force de frapper les prisonniers". Selon le
rapport de Verscheure et de Huygué (Ludo De Witte, ibid, p.247-8), le
ministre des finances katangais aurait annoncé à Lumumba sa mort
imminente et celui-ci aurait répondu "pas de problème!".
Grandelet dit "être frappé par la dignité" de Lumumba"
(ibid, p.247).
A 18h30 jusqu'à 20h Réunion du gouvernement katangais
qui délibère dans la fièvre et l'alcool et finit par entériner la mise à
mort des prisonniers. Cette réunion se serait déroulée d'après Brassine
sans conseillers européens. Y était présent Tshombe, Munongo, Kibwe,
Samalenge, Kitenge. Voilà ce qu'en écrit Brassine : "La décision de
s'en débarasser fut prise...A quels mobiles les ministres katangais
obéirent-ils? Peut-être à l'esprit de vengeance, à la haine tribale, au
souci d'effacer les traces de violences infligées...Ils ne mesurèrent pas
les conséquences politiques de leur comportement collégial".
(Ludo De Witte, ibid, p. 249).
Selon Ludo De Witte (ibid,
p.249) cette réunion a été précédée et suivie en parallèle par une
réunion des conseillers belges du Katanga après 17 heures comprenant
Wandewalle, Smal, Weber, Perrad au quartier général de la Gendarmerie.
Cette réunion se serait poursuivie vers 19h00 toujours selon Brassine dans
l'appartement du Professeur Clemens dans l'immeuble Immokat en présence de
Brassine lui-même (ibid, p.249). Brassine déclare que "personne ne se
faisait beaucoup d'illusions sur le sort qui allait être réservé aux
prisonniers", Weber aurait commencé la réunion par la phrase :
"On le voulait, on l'a... et maintenant on est bien
emmerdé!"
Selon la version belge les
Katangais sont les seuls responsables de la décision de
mise à mort des prisonniers tandis que les Katangais (en fait un
régime néocolonial belge) n'avaient guère d'autres choix compte tenu de
leur engagement. Kibwe, ministre des finances, déclarera dans une interview filmée
(Lumumba, une mort de style colonial) que Tshombe était tenu par
des "engagements" et "qu'il n'était plus en mesure de se soustraire de
cet engagement". On ne sait pas si cet engagement concerne les
engagements avec Léopoldvile ou bien les liens quasi-organiques avec
l'ancienne puissance coloniale tutélaire. Selon Ludo De Witte (ibid,
p.252), le 17 janvier au soir, "Wandewalle et compagnie refusent
d'accorder grâce à Lumumba et donnent ainsi le feu vert à sa liquidation
en espérant que la tempête se couchera bien vite après."
A
20h (version Luc De Vos, Les secrets de l'Affaire
Lumumba , commission d'enquête) ou 21h ?(version Luc De Witte,
L'Assassinat de Lumumba et
Brassine). Visite de Tshombe. Lumumba serait "à moitié hébété par les
coups" selon le rapport de Versheure de février 1961. Sont présents
Tshombe et ses ministres Munongo, Kibwe, Kimba, Samalenge, Kitenge
ainsi que les officiers et sous-officiers belges qui assurent
l'encadrement des soldats et de la Police Militaire katangais : Gat, Son,
Léva, Rougefort et Versheure. (Ludo de Witte, ibid, p. 265). D'après les
déclarations de Bartelous "tous les ministres ont battus
Lumumba". Tshombe
serait revenu à sa résidence très tard dans la nuit avec sa chemise couverte de sang selon
son maître d'hotel (ibid, p. 265).
A 20h30 (version Luc De Vos
Les secrets de l'Affaire Lumumba ,
commission d'enquête) ou 22h00? (version Luc De Witte et
Brassine) Départ des prisonniers de la maison Brouwez. Ils
sont emmenés dans la brousse par les soldats katangais sous direction
des officiers belges et en présence des ministres katangais et de
Tshombe. Trois officiers et un sous-officier belges, huit soldats,
Tshombé et quelques ministres emmènent les trois prisonniers dans
quatre voitures américaines et une jeep.
A
21h15 (version Luc De Vos, Les secrets de l'Affaire
Lumumba , commission d'enquête) ou 22h45 ?(version Luc De Witte,
L'Assassinat de Lumumba). Arrivée
du cortège en plein milieu de la savane boisée après 50 km de course
selon Brassine. Verscheure, selon Gérard Soete aurait proposé aux
prisonniers de faire leurs prières, Okito et Mpolo se seraient
exécutés tandis que Lumumba aurait refusé. Le capitaine Gat (Ludo De
Witte, ibid, p. 273) aurait donné l'ordre aux soldats katangais de tirer
sur les prisonniers pendant que Tshombe et ses ministres regardaient.
Adossés à un arbre, Okito puis Mpolo et enfin Lumumba seront
exécutés par balles puis enterrés dans une fosse creusée à cette
effet.
21h43 ou 23h00 Lumumba, Okito et Mpolo sont
morts.
Une mort de style colonial, l'assassinat de Patrice
Lumumba Documentaire de Michel
Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin, WDR/
histoire |
|
"Le matin après l'exécution,
l'homme qui était chargé de ça, le Belge, m'a appelé dans son bureau
et m'a dit voilà vous allez vous occuper de tout ça. Je lui dit je
veux bien mais qu'est-ce qu'il faut faire? Cet homme la qui
m'expliquait ça avait lui même participé à tout ça pendant la nuit.
Il avait proposé à Lumumba de faire ses prières avant de mourir
Lumumba avait refusé donc cet homme était complètement euh...".
Interview de Gérard Soete, commandant belge de la gendarmerie du
Katanga. |
Brassine, Ludo De Witte et les
experts de la commission d'enquête parlementaire semblent converger sur le
scénario de mise à mort de Lumumba. Néanmoins d'après la commission
d'enquête parlementaire et ses experts (Luc De Vos et coll.,VosLes secrets de l'Affaire Lumumba ) Lumumba serait
décédé à 21h43 et non à 23h00. Les experts s'appuient sur l'agenda de
Versheure qui révèle qu'au mardi 17 janvier 1961 à 21h43 Lumumba était
mort. Dès lors ils esquissent une autre version selon laquelle Lumumba,
Okito et Mpolo auraient été achevés par un officier belge à la maison
Brouwez. La version de Brassine n'aurait été qu"Un scénario qui doit
conférer un caractère "civilisé" à ce qui a été, en réalité, un massacre
barbare perpétré dans la maison Brouwez. Au lieu d'être exécutés, les
prisonniers auraient été torturés à mort, battus à mort ou abattus
brutalement dans la maison Brouwez". Très vite les experts de la commission renoncent à
cette version devant son caractère incongru selon
certains témoignages. Reste que le timing est particulièrement serré pour
Tshombe censé finir la réunion collégiale à 10 km de
la maison Brouwez vers 20h00 et être présent à cette maison moins de 30
minutes plus tard, pour mollester Lumumba et partir avec les prisonniers vers 20h30...Néanmoins,
des impacts de balles sont encore visibles sur l'écorce
de l'arbre sur lequel les suppliciés ont été adossés avant leur exécution.
Un élément qui semble plaider en faveur de l'exécution des
prisonniers dans la savane
boisée.
|
Témoignage dactylographié de
Versheure publié dans Luc De Vos et coll., Les secrets de l'Affaire Lumumba,
p.409-410 |
|
"C'est sous les pieds des
policiers d'escorte qu'il accomplit, avec ses deux codétenus, le
voyage de l'aérogare à une ferme isolée, momentanément inoccupée par
son propriétaire européen, où les trois détenus furent enfermés
séparément, sous la garde d'une vingtaine de policiers commandés par
un officier européen de la Gendarmerie katangaise...
Outre l'escorte,
asistaient à la scène : l'officier européen de la Gendarmerie
commandant l'escorte ; un fonctionnaire européen attaché
à l'inspection générale de la police ; le président Moïse Tshombe,
les ministres Jean-Baptiste Kibwe ; Godefroid Munongo et
Gabriel Kitenge...
Poyo (Mpolo,ndlr) est conduit le
premier près de la fosse ouverte ; sur un ordre de l'officier
européen, un gradé indigène lui tire à bout portant une rafale de
mitraillette dans le corps, qui s'écroule et est poussé dans la
fosse...
Okito entendant la rafale dit aux
ministres présents : "Vous allez me tuer?" A quoi le fonctionnaire
européen de la police répond : "Si vous avez une croyance,
priez"...
Le fonctionnaire s'approche ensuite de
Lumumba, dont tout le corps est agité d'un tremblement
convulsif...
Dans la journée du lendemain, le
fonctionnaire européen retourna sur les lieux de l'exécution pour
s'assurer que toutes traces avaient disparu...".
|
Contrairement à
la version donnée par la commission d'enquête parlementaire belge et celle
donnée par les experts mandatés (Luc De Vos et coll.,VosLes secrets de l'Affaire Lumumba ) le
lobby belgo-katangais avait pris une décision commune de
liquider Lumumba. De plus la lettre du ministre belge des Affaires
africaines en date du 16.01.1961 demandant à titre personnel son
transport vers Elisabethville place le ce lobby néocolonial dans la
nécessité de répondre à une demande implicite d'élimination. Les
responsabilités sont politiques et directes et pas simplement
"morales"
comme les conclusions de la commission d'enquête le
laissent entendre. Comme si le gouvernement néocolonial du
Katanga avait eu une véritable autonomie de décision et une
marge de manoeuvre indépendante des anciens colons et de leur autorité
de tutelle. Les attendus de la commission relèvent plus de la
lâcheté et de l'hypocrise morales au regard des faits.
______________________________________________________________________ La semaine prochaine : Epilogue ______________________________________________________________________ Dernière modification le 17.01.06 à
18h30
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